Paul Blaisdell

Paul Blaisdell est né le 21 juillet 1927. Il est mort le 10 juillet 1983. Malgré une courte filmographie, cet homme est une légende.

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Il va largement apporter sa contribution et sa touche bien particulière au cinéma Bis, et donc à quelques films de science fiction des années 50.

Concepteur des effets spéciaux, certains réalisateurs (notamment Roger Corman ou encore Edward L. Cahn) feront appel à lui pour créer des monstres terrifiants.

C'est ainsi que Paul Blaisdell proposera quelques créatures absolument risibles et ridicules.

D'ailleurs, une rumeur dira que Paul Blaisdell était capable de vous sculpter un monstre ou de fabriquer un costume en une nuit.

On n'en doute absolument pas ! En effet, cet artisan du cinéma bis faisait preuve d'une imagination débordante dès qu'il s'agissait de proposer un extraterrestre moisi.

Paul Blaisdell, le roi du caoutchouc mousse, fabricant en chef de monstres et roi des effets spéciaux bon marché de l'American International Pictures (AIP) est surtout connu pour avoir crée quelques-unes des créatures et des effets spéciaux les moins coûteux de la série Z (le concombre géant d' «It conquered the world», les costumes de nains-martiens  d'«Invasion of the saucer-men», ou encore l'alien en mousse d'«It ! The terror from beyond space»). Faire toujours plus avec le moins possible semble avoir été sa devise.

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Après une enfance passée à dessiner des monstres extra terrestres et à construire des modèles réduits d'avion, il entame une brève carrière de réparateur de machine à écrire, passe par la case armée et enfin fréquente la New England School of Art and Design ou il rencontre celle qui deviendra sa femme Jackie Boyle. Une fois diplômé il entre chez Douglas Aircraft comme illustrateur technique. Dans le même temps il soumet à des éditeurs ses illustrations de SF, qui sont bientôt publiés dans des magazines populaires comme "Spaceways" ou  "Otherworlds".

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En 1955 les gens de l'American Releasing Corporation (qui deviendra l'American International Picture) en visionnant le film "The Beast with a Million Eyes" avant sa commercialisation s'aperçoivent avec consternation que le film ne recèle pas l'ombre d'un monstre pour cause de budget dépassé et que le vaisseau spatial extra terrestre ressemble à une cafetière (la légende veut que Roger Corman, co-réalisateur du film et producteur exécutif ait quelque peu pioché dans les finances du film pour finir deux de ses westerns en cours : "Five Gun Wes"t (Cinq fusils à l'Ouest) et "Apache Woman"  (La femme Apache). Les dirigeants d'ARC Jim Nicholson et Sam Arkoff ouvrent alors généreusement un crédit de 200 $ à Corman avec l'ordre de se procurer un monstre au plus vite. Les spécialistes des effets spéciaux ayant décliné l'offre pour cause de budget ridicule, Paul Blaisdell hérite du mirifique projet et il se met au travail et crée une nouvelle soucoupe volante et une marionnette a l'allure féroce, qu'il surnomme "Little Hercules",  pour le monstre.

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Blaisdell se retrouve du coup embauché sur le film suivant de Corman "The Day the World Ended" (neuf jours de tournage à Los Angeles !!) ou il construit le costume du mutant aux trois yeux. Poussant le dévouement (et l'économie)  jusqu'au bout c'est lui qui le porte dans le film, il faillit s'y asphyxier et en perdit divers morceaux au cours du tournage.

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Ayant survécu à l'épreuve Blaisdell est embauché en 1956 sur le somptueux navet suivant de Corman "It Conquered the World". Muni des instructions de Corman, Blaisdell construit dans son atelier une structure en bois, en forme de tepee sur laquelle il colle de la mousse qu'il peint en rouge sang et agrémente de protubérances noires. C'est alors qu'il réalisa qu'il avait vu trop grand et qu'il devrait démonter la chose pour pouvoir la sortir de son atelier. Démontée et remontée, c'est encore lui qui se colle à la manipulation de la bête, cette fois pas d'asphyxie mais il manque se faire embrocher par un coup de baïonnette porté au monstre par l'acteur Jonathan Haze. Lequel monstre, quelque chose comme un navet ou un concombre  géant avec un air fâché,  n'était d'ailleurs pas la création la plus convaincante de Blaisdell.

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Pour "The she creature" (Edward L. Cahn sorti 1956) il construit en six semaines, ce qui est sans doute son chef d'oeuvre dans la catégorie monstres fauchés. La créature bénéficie d'une opulente poitrine, d'un abdomen muni de dents capable selon Blaisdell de décapiter ses victimes, effet que se refusa malheureusement à employer le trop timoré réalisateur. Des morceaux du costume  de la créature furent réutilisés dans d'autres productions encore plus fauchées d'AIP ("Voodoo Woman" et "The Ghost of Dragstrip Hollow").

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L'une des créations les plus réussies et la plus troublante sera le petit alien tueur  de "Not of this Earth" (1957 Roger Corman) ressemblant à une pieuvre volante, construit sur une structure de parapluie. Il a aussi contribué aux films de Bert I. Gordon "The Amazing Colossal Man" (il a inventé et a construit l'aiguille hypodermique géante), "Attack of the Puppet People", et "Earth vs. the Spider".

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On retrouve ensuite Blaisdell, en 1957, sur le nouveau film de Cahn "Invasion of the Saucer Men" ou il conçoit les costumes de martien et la soucoupe volante ("habilement fabriquée avec une louche aplatie et une capsule de Coca" écrit le critique François Forrestier).

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Contrairement à son habitude il dut sur ce film laisser la manipulation de ses maquettes à des opérateurs syndiqués, il juge le résultat peu convaincant.

En 1958 une grande partie de ses créations est détruite lors d'un incendie sur le tournage de "How to Make a Monster". A partir de la Blaisdell est quelque peu désabusé, les promesses non tenues, la ladrerie de Nicholson et d'Arkoff, le carcan de nouvelles règles le lassent, et il refuse d'intervenir sur les productions suivantes de AIP pour lesquelles il est sollicité, leur suggérant de trouver un autre pigeon.

Il ne consentira a se remettre à la tache que pour un dernier film celui de son vieil ami Eddie Cahn  "IT! The Terror from Beyond Space"; Ray Crash Corrigan, l'acteur qui incarne It ayant refusé d'essayer le costume, il arriva ce qui devait arriver la tête du monstre était trop petite pour celle de l'acteur, pressé par le metteur en scène, Blaisdell arrangea la chose comme il put, notamment en peignant le menton de Corrigan qui avait tendance à dépasser en rouge pour en faire une langue, mais les ouvertures ne permettaient plus une vision convenable et Corrigan dût tourner sans bien y voir ce qui ne facilita pas les choses pour celui ci, habituellement ivre sur le tournage.

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Dans les années 60 Blaisdell crée avec Bob Burns un fanzine "Fantastic Monsters of the Films". Après un début prometteur, ils furent victime de l'indélicatesse de l'imprimeur qui leur fit tout perdre.

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Blaisdell meurt en 1983 à 55 ans. Sa carrière cinématographique a duré à peine quatre ans.


SUPERVISEUR DES EFFETS SPÉCIAUX

L'invasion martienne [1959]

Une équipe de savants extraterrestres et une sorte de homard géant débarquent sur la terre. Dotés d'un menaçant rayon, désintégrateur de chair, ces extraterrestres entament l'exploration de la planète afin de la coloniser. Mais l'un d'eux se rend compte qu'il existe une véritable notion d'unité familiale sur Terre : une valeur qui fait cruellement défaut sur sa planète d'origine. L'extraterrestre va alors faire tout son possible pour arrêter le massacre.

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Quelque part entre l'amateurisme passionné d'un Ed Wood et la maîtrise budgétaire d’un Roger Corman, voici Tom Graeff. Cet authentique artiste maudit est l'auteur du long-métrage qui nous intéresse ici, devenu au fil du temps objet d'un petit culte aux États-Unis. Né en 1929, Thomas Lockyear Graeff réalise ses premiers films au début des années 1950, d'abord dans le cadre de ses études de cinéma à l'UCLA (Université de Los Angeles), puis en total indépendant. Il s'agit de courts-métrages à la distribution plus que confidentielle, qu'il écrit, réalise, interprète, photographie et monte pratiquement tout seul ou avec quelques copains (voire petits copains). Il se fait embaucher en 1956 par Roger Corman, faisant office à la fois d'assistant et de figurant sur le plateau de « Not of this Earth », un film amusant mais d'une cheaperie innommable qui traite d'invasion extraterrestre. Inspiré par cette expérience, Graeff va aussitôt fonder sa propre société de production, Topaz films, et mettre en chantier ce qui en sera l'unique production, sous le titre de travail « Killers from outer space ».

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Il en rédige le script, y investit sa maigre fortune et lance des appels à souscriptions dans la presse professionnelle, offrant aux investisseurs qui le désirent un rôle et le crédit de producteurs associés. Le héros du film sera incarné par son amant d'alors, David Love (de son vrai nom Chuck Roberts) tandis que lui-même endosse la défroque d'un journaliste, apparaissant au générique sous le nom de Tom Lockyear. On notera également la présence de Harvey B. Dunn dans le rôle du grand-père, un acteur déjà vu chez Ed Wood (« La Fiancée du Monstre », « La Nuit des Revenants »). Graeff réduira encore les frais en cumulant une nouvelle fois les postes de chef-opérateur, de superviseur des effets spéciaux, de monteur, et en recourant à des musiques libres de droit, piochant dans le même catalogue que celui qu'exploitera douze ans plus tard George Romero pour sa « Nuit des morts-vivants ». Pour s'épargner les frais d'un ingénieur du son, le film sera entièrement post-synchronisé.

31-17.jpgTom Lockyear Graeff, artiste complet.

32-18.jpgIci en compagnie du bien nommé David Love lors d'une scène équivoque.


Tourné en décors naturels dans la campagne californienne pour un budget estimé à 20 000 dollars, « Killers from outer space », achevé en 1956, devra attendre trois ans avant de trouver un distributeur. Heureusement la Warner est alors en quête d'un bouche-trou pour compléter un de ses doubles-programmes et Graeff parvient à vendre son bébé, qu'il a rebaptisé « The Boy from out of this world ». Pour profiter du succès de certains films fantastiques pour adolescents apparus entre-temps (« I was a Teenage werewolf », « I was a Teenage Frankenstein », « Teenage cave man »), le studio imposera cependant un nouveau titre, jugé plus vendeur : « Teenagers from Outer Space ». Couplé avec « Gigantis the fire monster » — la suite du « Godzilla » original — le film fait tranquillement la tournée des drive-in avant de poursuivre sa carrière à la télévision. À peine Graeff voit-il arriver les premiers bénéfices de son travail que déjà ses créanciers se rappellent à son bon souvenir (créanciers qui furent aussi ses acteurs, rappelons-le). Coïncidence ou non, il entre au même moment dans une profonde crise mystique : persuadé que Dieu lui a parlé, il prétend être le Christ ressuscité porteur d'un message de paix et d'amour. Il donne des conférences, lance une pétition pour que l'état-civil l'autorise à changer son nom en Jésus Christ II, provoque des incidents dans des églises. Arrêté à plusieurs reprises, il sera incarcéré puis interné en hôpital psychiatrique où il subira un traitement aux électrochocs. Il trouve encore l'occasion de travailler pour le cinéma en 1965, en tant que monteur sur « The Wizard of Mars » alias « Horrors of the Red Planet », un nanar de SF avec John Carradine, puis se démène en vain pour lever 500 000 dollars (sic) dans l'espoir de financer son nouveau projet de film. Vivotant, échouant à capter l'attention d'Hollywood, il se suicide en 1970. Il avait 41 ans.

33-15.jpg Le film aura même droit à une exploitation au Mexique.


« L'Invasion martienne », alias « Teenagers from Outer Space », fait donc partie de ces productions de SF des années 1950, outrageusement fauchées et dont les ambitions sont clairement compromises par la faiblesse des moyens et des talents. Le fait qu'il s'agisse d'un authentique film d'auteur rend le résultat encore plus attachant, c'est pourquoi un préambule sur le pathétique destin de Tom Graeff nous semblait nécessaire.

34-16.jpg Un mode de déplacement très en vogue en 1956.


Tout le film va se dérouler en plein jour, malgré les dénégations suspectes de certains personnages qui parlent à l'occasion d'attendre que le soleil se lève alors qu'il est incontestablement haut dans le ciel. Le récit démarre avec l'atterrissage d'une splendide soucoupe volante dans un terrain vague. Un chien qui passait par là surprend la manœuvre et se fait instantanément désintégrer par un des teenagers from outer space, sans doute parce que ses aboiements ressemblaient trop à un bruitage mis en boucle.

Première surprise : fidèles à une certaine tradition cinématographique qui fait rimer économie et insolite, sous leur combinaison nanarde et leur casque récupéré dans un surplus de l'US Air force, les extraterrestres ont l'apparence de parfaits humains.

Seconde surprise : ce sont loin d'être tous des "teenagers" (Preuve d'un retitrage opportuniste, le film ne présente aucun des ingrédients qui composent les teenage movies de cette époque : pas de plans drague, pas de scènes de juke box, de blousons noirs ou de délinquance juvénile).

Troisième surprise : euh... ils projettent d'envahir la Terre. Plus précisément, ils comptent y faire pousser des "Gargons". Il s'agit de bestioles qui leur servent de nourriture mais dont la croissance est telle qu'elle en rend dangereuse l'exploitation sur leur propre planète. Le spectateur se réjouit d'apprendre qu'un craignos monster est au programme mais doit bien vite déchanter en découvrant que le Gargon en question n'est rien d'autre qu'un homarus vulgaris, autrement dit un vulgaire homard.

35.gif Sans doute l'acteur le plus cher du film.


Pour l'instant, l'animal est sous cloche. Il n'a pas entamé sa croissance et mesure une trentaine de centimètres. En cas de réaction positive à notre atmosphère, feu vert sera donné à l'implantation de millions d'autres spécimens. Nous avons donc affaire ici à des éclaireurs de l'espace, et parmi eux se trouve Derek. Graeff va faire de lui le héros du film et c'est assez osé de sa part d'avoir fait passer l'idée qu'il peut aussi y avoir des gentils chez les méchants. Derek, c'est en effet de la graine de rebelle. Il a appris à lire et n'a pas oublié qu'avant d'être une société collectiviste élevée dans des incubateurs, son peuple avait le sens de la famille et de l'amour. Il découvre parmi les restes du petit chien une médaille avec un nom et une adresse gravée. Il y voit la preuve d'une forme de vie intelligente sur cette planète et se désolidarise soudainement du plan de ses compatriotes, imbus de leur propre supériorité. Il leur fausse compagnie, espérant sans doute pouvoir alerter les autorités locales de la menace gargone. Thor, le méchant constipé du film, est sommé de le ramener, voire de l'éliminer en cas de résistance. Une folle poursuite s'engage.

36-14.jpg Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine !

37-15.jpg Une belle brochette de citoyens modèles.


Nous débarquons alors dans une de ces petites villes si typiques de la province américaine, avec sa station service, son cabinet médical, son diner's, son lycée. Ce qui est moins typique c'est que les habitants semblent tous avoir subi un lavage de cerveau tant leurs réactions aux différents événements du film s'avèrent aberrantes. Derek se fait prendre en stop et fait la connaissance de Betty, la propriétaire du chien atomisé, qui non seulement accueillera plutôt bien la nouvelle mais invitera tout de go l'extraterrestre à s'installer dans la chambre que loue son grand-père, absolument pas intriguée par son accoutrement ridicule. Et c'est l'entrée en scène d'un fascinant personnage à la serviabilité vraiment douteuse puisqu'il accueille Derek sans même demander à voir ses fiches de paye, lui fait visiter la maison et l'encourage même à aller fricoter avec sa petite fille. C'est donc ça l'Amérique ? La relation entre Betty et Derek n'ira pas vraiment plus loin qu'une timide romance dans les blés, mais on ne s'étonnera pas que l'alien songe à demander la naturalisation. Plus tard, toujours tout sourire, le grand-père renseignera Thor avant même que la moindre question ne lui soit posée, noyant son interlocuteur sous une profusion de détails qui n'était vraiment pas nécessaire et lui facilitant la localisation du pauvre Derek.

38-14.jpg — Vous habitez chez vos parents, beau brun ?

— Attendez, je vous annonce qu'on a désintégré votre chien et c'est tout ce que vous trouvez à me répondre ?

39-12.jpg Je peux vous offrir l'apéro aussi si vous voulez.


Cette gentillesse franchement louche, voire gluante, sera heureusement châtiée. Car Thor, suivant les traces de Derek, va commettre un véritable carnage en ville grâce à son pistolet désintégrateur. Attardons-nous un instant sur cette arme qui possède l'étrange particularité de changer d'apparence. Hors tension, l'objet se révèle être un jouet pour enfant fabriqué par Hubley Manufacturing Co., un modèle très populaire dans les années 1950 devenu aujourd'hui pièce de collection (près de 300 dollars sur Ebay).

40-11.jpg41-12.jpg L'arme du crime : le Hubley atomic disintegrator space ray gun™, disponible dans ton Toys'R'Us le plus proche.

42-12.jpg Te marre pas, c'est pour rire !


Une fois activé, on a plutôt l'impression d'avoir affaire à une lampe-torche, tenue par la main tremblotante de l'alien pour donner l'illusion d'un rayonnement. Son efficacité est quoi qu'il en soit redoutable puisqu'elle ne laisse de ses victimes qu'un squelette tout propre, aux articulations parfaitement jointes et sur la tête duquel on peut facilement distinguer le support qui permet de le suspendre dans le laboratoire d'anatomie où il a manifestement été emprunté. Je ne pense pas trop m'avancer en disant que la production ne devait disposer que d'un unique exemplaire, réutilisé d'une scène à l'autre, et ce festival de squelettes est un vrai régal. Parmi les victimes, l'une des plus mémorables est sans doute cette blondasse qui ne fait rien que barboter dans sa piscine en asticotant le moindre mâle qui vient à passer. La scène est jugée tellement saisissante qu'elle se retrouvera en argument de poids sur l'affiche du film (« Before - a beautiful girl. One moment later - a skeleton ! »). Quelques années plus tard, les Martiens de Tim Burton se souviendront de cette fascinante technologie.

43-10.jpg Patron ! Vous devriez venir voir, je crois qu'y a un os...

44-10.jpg Je lui avais bien dit que ses pauses déjeuner étaient trop longues !


Tom Graeff mène son récit sur un rythme assez soutenu, enchaînant ses scènes sans trop s'appesantir et faisant débiter à ses acteurs des répliques souvent tordantes par leur imperturbable sérieux. Il faut préciser ici que le scénariste ne connaît pas le second degré et qu'il a purgé son film de tout humour volontaire, pour un résultat à l'écran d'autant plus risible. Entre les crises de conscience niaiseuses de Derek et les humains qui n'entravent que couic à ce qui se passe, le réalisateur laisse une bonne place au suspense et aux scènes dites d'action, nous donnant ainsi droit à une molle fusillade en centre-ville avec des policiers manifestement aveugles ou bien tirant à blanc, suivie d'une poursuite en voiture s'achevant sur une belle série de tonneaux.

45-10.jpg Du mystère !
46-9.jpg Du suspense !
47-9.jpg Du sexe !


Arrivé à ce stade du film, le spectateur bien intentionné est prêt à reconnaître au réalisateur, malgré un manque de moyens édifiant, le louable souci de bien faire. Mais le spectateur déviant, lui, n'a pas oublié que dans l'ombre, un Gargon sous cloche attend de faire exploser le quotient d'irresponsabilité nanarde. Et c'est en effet un magnifique homard géant qui va surgir de sa grotte pour faire régner la terreur sur la dernière demi-heure. Graeff n'a peur de rien et son Gargon sera là encore un authentique crustacé vivant, approximativement placé en surimpression sur la pellicule. Je me demande même si sur certains plans le pauvre animal n'est pas tout simplement brandi et agité devant la caméra pour donner l'illusion de sa grandeur. Il se peut également qu'il s'agisse d'une ombre chinoise projetée sur un écran pendant que le film défile. Impossible d'avoir la moindre notion d'échelle par rapport au paysage ou aux personnages, et inutile de préciser que le Gargon donne régulièrement l'impression d'être transparent. Non crédité au générique — comme on le comprend ! — c'est Paul Blaisdell qui manipulerait le homard. Blaisdell est surtout connu pour avoir crée quelques-unes des créatures les plus mythiques et les moins coûteuses de la série Z (le concombre géant d'« It conquered the world », les costumes de nains d'« Invasion of the saucer-men », ou encore l'alien en mousse d'« It ! The terror from beyond space »). Il semble qu'il se soit ici surpassé. C'est à la fois grotesque et jubilatoire. Je ne peux pas non plus passer sous silence le cri de la bête : imaginez un perroquet tuberculeux à peine sorti de son sommeil, étranglé par un anorexique portant des moufles.

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49-9.jpg Georges Méliès peut aller se rhabiller.


Après s'être dandiné dans la campagne environnante le temps d'augmenter raisonnablement le body count du film, notre sympathique Gargon va se prendre une rouste de la part de Derek. Un spectacle assez pénible car il faut avouer que nous avions fini par prendre le bestiau en affection. Cela dit, la technique employée vaut son pesant de crevettes : Derek utilise une ligne à haute tension pour recharger sa lampe de po... euh, son rayon désintégrateur et lui donner plus de puissance. Oui, une ligne à haute tension, dont il décroche les câbles consciencieusement tandis que Betty demande gentiment par téléphone si la compagnie d'électricité veut bien pousser le voltage au maximum, quitte à mettre la centrale qui alimente toute la région en surchauffe. À l'autre bout du fil, l'employé s'exécutera de bonne grâce sans demander aucune explication. L'incrédulité est suspendue dans la stratosphère.

50-9.jpg Le fil rouge avec le fil rouge, le bleu avec le... Meeeerde ! je suis dans un film en noir et blanc !
51-8.jpg Mais c'est que ça marche en plus ?!... Bon ben comme ça je sais ce qu'on bouffera ce soir.


Preuve qu'on tient un script ambitieux à défaut d'être solide, Graeff nous réserve encore un dernier rebondissement avec l'arrivée en masse de soucoupes volantes portant leur cargaison de Gargons. Cette invasion sera bien sûr reléguée hors champ mais, à voir les réactions horrifiées des personnages qui scrutent le ciel, on se dit que ce doit être assez impressionnant. Après avoir appris qui est son père, Derek parviendra à anéantir la flotte au prix d'un sacrifice un peu idiot qui laisse planer comme un doute sur la supposée intelligence supérieure des extraterrestres. La Terre l'a encore une fois échappé belle et nous pouvons dormir tranquille, mais watch the sky et remember Derek quand même, merci pour lui.

52-9.jpg Chérie ! Vite, rentrons le linge je crois qu'il va pleuvoir !


La morale du film laisse cependant perplexe. Ainsi, je ne pense pas que Graeff ait voulu nous alerter des risques que court notre peuple à se montrer trop accueillant. Nous inciter à la méfiance collective, ce serait en effet nous faire sombrer dans une société déshumanisée, celle-là même que rejetait Derek. Ne faut-il pas plutôt y voir le constat désespéré d'un homme qui voudrait n'être que paix et amour mais qui sait que ces valeurs ne pourront jamais trouver leur place dans notre monde moderne ? Certains exégètes estiment quant à eux que le réalisateur a surtout voulu pousser un cri d'alarme pour dénoncer les odieux traitements subis par certains crustacés, encourageant les spectateurs à se faire végétaliens et annonçant déjà la lutte contre les OGM.

Tom Graeff était un visionnaire et Teenagers from outer space est son testament.

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Si Graeff savait que son oeuvre donne aujourd'hui lieu à des goodies... Notez la pittoresque présence du squelette.

Merci à  Nanarland

MerNot of This Earth [1959]

Un agent extra-terrestre de la planète Davana a pour mission de trouver du sang humain pour sauver sa race menacée par les conséquences d'une guerre nucléaire dévastatrice. Epaulé dans son entreprise par une créature effrayante ressemblant à une pieuvre volante et aspirant le sang des humains, ce dernier terrorise la Californie du Sud...

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En 1957, Roger Corman est au début de sa carrière mais il a déjà au compteur une bonne dizaine de films. Le réalisateur-producteur tourne à l'époque des films de science-fiction et des "Teen movies" pour des budgets situés entre 50.000 et 80.000 dollars, la plupart du temps en extérieurs car il n'a pas les moyens de tourner en studio. Les films sans véritable vedette se vendent avant tout sur leur titre et leur affiche, pour un public de jeunes. Le réalisateur doit sans cesse trouver des astuces et idées afin de pallier au budget modeste qui lui est alloué, tout en tenant les promesses de l'histoire et de l'affiche. A ce titre, Not of this Earth est l'exemple parfait de la "méthode Corman" ; à la base, une histoire qui paraît alléchante mais pourrait vite tomber dans le ridicule ou l'ennui.


Mais Corman est un petit futé, il va utiliser à son avantage ce qui aurait put paraître comme des complications. A ce titre, le début du film est une petite merveille de concision narrative, qui permet au réalisateur non seulement de présenter les divers éléments de son histoire sans aucune explication mais, de plus, d'instaurer une ambiance de terreur dès les premières images. Une ambiance qui sera maintenue tout le long d'un générique atypique dans ce genre de production. En effet, Corman tourne le dos aux poncifs d'usage. Au lieu de commencer son film par un plan de l'espace et une voix solennelle nous exposant des faits, le réalisateur nous présente un couple de jeunes étudiants qui s‘embrassent. La jeune fille prend congé de son compagnon, mais sur le chemin elle sent une présence inquiétante qui va se matérialiser devant elle : un homme mystérieux portant une mallette et d'étranges lunettes noires ; lorsque celui-ci les enlève, la pauvre fille s'écroule sur le sol. L'homme s'approche, ouvre sa mallette et commence à lui ponctionner le sang. En quelques minutes Corman à tout dit, et presque sans le moindre dialogue. Il scotche le spectateur et, avant de lancer son générique, le gratifie d'une belle séquence choc avec un gros plan sur les yeux du tueur. Une astuce qui permet de capter l'attention de son public (qui, n'oublions pas, est composé en majorité de jeune gens plutôt versatiles) jusqu'à la prochaine scène choc ou légèrement érotique.

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Entre-temps, il peut exposer tout à loisir les tenants et aboutissants de l'histoire sans jamais tomber dans l'emphase. Après une telle mise en bouche, faut-il encore tenir la distance, même si le film ne dure que 71 minutes. Il faut constamment relancer l'intérêt. Corman, roublard comme pas deux, profite de chaque opportunité afin de garantir la durée recommandée. Si, pour son entrée en matière, il s'amuse à détourner les clichés du genre, par la suite il va les utiliser à bon escient en les mélangeant habillement. Ainsi, une longue scène de dialogue entre Beverly Garland (l'infirmière) et le majordome Jeremy se transforme en une scène de voyeurisme assumée, Miss Garland enfilant sensuellement une paire de bas tout en conversant. Le réalisateur remettra le couvert plus tard, en envoyant son actrice en maillot au bord de la piscine, prélude à une scène de suspense dans la cave où le réalisateur démontre son talent en faisant monter la tension, uniquement en utilisant la musique de Ronald Stein. Par la suite, Corman introduit une petite touche d'humour avec la visite de Dick Miller, qui nous gratifie d'une courte mais remarquable prestation à la Jerry Lewis.

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Le tournage, en décors naturels et dans une maison bourgeoise (pour les intérieurs), donne au film un petit côté réaliste "pris sur le vif" qui manquait aux autres productions tournées en studio. Dommage que le réalisateur soit obligé de répondre au cahier des charges imposé (voir l'affiche) et nous livrer un monstre avant le final ; initiative qui plombe un peu le film, le monstre ressemblant à une pizza mal cuite.

Conscient de la chose, Corman filme rapidement, mais professionnellement, l'attaque du monstre. Une fois la scène expédiée, il revient à son histoire et nous gratifie d'un final mémorable dans lequel la belle Beverly Garland, poursuivie par le méchant au volant de sa voiture, essaye de lui échapper en traversant un parc. La suite ne manquera pas de suspense, et la mort de l'extraterrestre ne marquera pas la fin de l'histoire, car Corman conclut son film comme il l'avait commencé, de manière originale avec un faux "happy end" légèrement décalé. Une fois de plus, Corman contourne les clichés, c'est-à-dire le discours moralisateur de fin. Si celui-ci est bien présent, peu de spectateurs l'auront sans doute écouté, trop occupés à se demander qui est cet inconnu qui arrive derrière le couple de héros.

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A l'époque, Corman s'est constitué une petite équipe de fidèles collaborateurs comme les techniciens Floyd Crosby (à la photo, remplacé sur ce film par le vétéran John J. Mescall), Daniel Haller (aux décors), Charles B.Griffith et Robert Towne (au scénario), Ronald Stein (à la musique). Idem pour les acteurs ; outre l'incontournable Dick Miller on trouve aussi Paul Birch, qui apparut dans "The Beast with a Million Eyes" (1955), "Day the World Ended" (1955), Not of this Earth (1957). Il participera aussi au mythique "Queen of Outer Space" (1958) aux côtés de Zsa Zsa Gabor.

Comme beaucoup de ses consœurs de l'époque, Beverly Garland (à ne pas confondre avec Judy, vedette du "Magicien d'Oz") est passée de la série B ("Quand la jungle s'éveille" (1956) de Curt Siodmak, "Le gang décapité" (1957) de Sidney Salkow et "The Alligator People" (1959) de Roy Del Ruth) à la télévision, avec des apparitions dans une flopée de séries, voire même quelques rôles récurrents comme la maman de Kate Jackson dans "Les deux font la paire". En 1960, elle se marie avec le promoteur immobilier Filmore Crank, qui par la suite fera construire un complexe hôtelier portant le nom de son épouse ("The Beverly Garland & Holiday Inn Conference Center», situé sur les collines d'Hollywood). Elle tournera cinq films pour Corman : "Gunslinger", It Conquered the World, "Naked Paradise", Not of this Earth et Swamp Women.

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Au delà de la simple sphère d'influence du cinéma, Roger Corman fait partie de la (contre) culture américaine et planétaire. En effet, le réalisateur, producteur et distributeur a influencé ou/et révélé une ribambelle de cinéastes, acteurs et techniciens aussi divers que variés. Il sortira la série B de son ghetto pour en faire, sous le couvert d'exploitation, une zone d'expérimentation dont il a lui-même édité les règles fondamentales : un budget très faible, un salaire de misère, un sujet avec de l'action et une assez grande liberté pourvu que le budget ne soit pas dépassé. A partir de là, tout un chacun (se montrant suffisamment convaincant) pouvait réaliser son film. Lui-même réalisera plus de cinquante films et en produira près de quatre cents, ce qui en fera incontestablement le roi de la série B, et une référence culturelle pour beaucoup, comme le prouvent ses apparitions (en caméo) dans diverses productions ("Le Parrain 2", "Le silence des agneaux", "Philadelphia", "Hurlements", "Gremlins", "Apollo13").

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Un thriller de science-fiction, c'est peut-être le terme le plus adéquat qui pourrait résumer Not of this Earth. Le film est une petite merveille d'efficacité, le meilleur film de science- fiction que Corman réalisera à l'époque. Il parvient à rentabiliser au maximum son budget, et à contourner habilement les limites de la censure. Ainsi, il met en scène bien avant une célèbre série de science-fiction le principe de la téléportation, ce qui lui permet de faire l'économie de plans d'effets spéciaux en général ringards. En réalité, Corman réalise un vrai polar avec la blonde héroïne, le fringuant et phallocrate policier, le méchant et son bras droit, et la femme fatale ; tous les lieux communs déviants du genre sont donc présents et détournés pour intégrer des éléments de science-fiction. Le méchant n'est plus préoccupé par l'argent mais par le sang, il se déplace dans une luxueuse voiture noire et vit dans un certain luxe qui cache en fait un appareillage sophistiqué. L'héroïne est une infirmière, fantasme absolu qui remplace astucieusement l'habituelle danseuse. Il reste le policier limite insipide, et la femme fatale, une brune torride, dopée aux radiations puisqu'elle vient aussi de la planète Davanna, et qui fait une brève mais remarquée apparition sous les traits de Anna Lee Carroll, une spécialiste des rôles non crédités qui aurait mérité une belle carrière.

En conclusion, si Corman n'a pas signé que des chefs-d'œuvre à l'époque, Not of this Earth fait clairement partie des réussites du maître.

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IT! The Terror from Beyond Space [1958]

1973. Sans nouvelle d’un premier vol d’exploration dirigé par le capitaine Carruthers, la Terre envoie sur Mars une expédition de secours. Arrivés sur les lieux, les astronautes découvrent que le seul survivant est l’officier commandant la première fusée. Soupçonné de meurtre, Carruthers embarque sur le vaisseau, qui prend illico le chemin du retour. L’équipage est loin de se douter que le naufragé de Mars n’est pas le seul passager supplémentaire…

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Le regretté Dan Dan O'Bannon avait souvent déclaré à qui voulait bien l’entendre que sa principale inspiration lors de l’écriture du scénario d’Alien était La planète des vampires, ce petit bijou de SF kitch réalisée en 1965 par Mario Bava. Etrangement, je n’ai pas souvenir qu’il ait cité une seul fois ce It ! The Terror From  Beyond Space. Et j’en suis vraiment surpris, tant le récit mis en image par Edward L Cahn est riche en similitudes avec celui narrant les malheurs de l’équipage du Nostromo.

Il faut peut-être chercher la raison dans la mauvaise réputation du cinéaste. Réalisateur de série B rarement réussies, Edward L. Cahn est plus connu pour sa boulimie cinéphage (plus de cent long métrages produits en une trentaine d’années) et pour avoir offert aux amateurs de nanars quelques perles riches en jolies pin-up (Voodoo Woman, The She Creature, Invisible Invaders) que pour la qualité de ses œuvres. Cependant, ce n’est pas vraiment lui faire honneur, ni justice, de le passer au pilori sans autre jugement car c’est oublier qu’à travers une filmographie médiocre, Eward  L. Cahn a  parfois réussi à mettre en forme quelques œuvres intéressantes, notamment pour le compte de producteurs un peu plus exigeants, comme Robert E. Kent (La belle et la bête, Cage of Evil). Et c’est d’ailleurs sous la tutelle de ce célèbre scénariste-producteur qu’Edward L. Cahn a réalisé It ! The Terror From Beyond Space… un métrage qui est hélas à moitié raté.

Comme je le disais plus haut, le scénario de It ! The Terror From Beyond Space est assez similaire à celui d’Alien. Une expédition de secours ramène involontairement à bord de son vaisseau un organisme extra-terrestre belliqueux, lequel va éliminer, un à un, les membres de l’équipage. L’on a même droit à la séquence des conduits d’aération, de la lutte au lance-flamme (ici, il s’agit d’un fer à souder) et l’élimination de l’alien par une ouverture du sas extérieur de la fusée (le monstre n’est pas expulsé de l’astronef mais meurt asphyxié). Bref, on a un peu l’impression de se retrouver devant une version vintage et fauchée du chef d’œuvre absolu de la science fiction horrifique.

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Par contre, l’ambiance n’est pas vraiment identique à celle du film de Ridley Scott (contrairement à celui de Mario Bava, qui dégage la même atmosphère glauque). La faute à des décors et des éclairages qui n’évoquent à aucun moment le fait que l’histoire se déroule dans un vaisseau spatial en voyage intersidéral.  En effet, s’il n’y avait ces quelques plans de coupe montrant une fusée dessinée sur un fond étoilé et la brève sortie (en milieu de métrage) de deux astronautes sur le cockpit du vaisseau, on pourrait croire que le récit se déroule dans un bâtiment quelconque situé sur notre bonne vieille terre. Une impression appuyée par de grosses incohérences, comme l’emploi de grenades et de bazookas à l’intérieur d’un astronef.

Le début du film est également assez bavard, ce qui empêche la naissance d’un climat angoissant. Que cela soit la mise en situation délivrée par une ennuyeuse conférence de presse - se déroulant au centre spatial - ou l’expression des états d’âme des astronautes à travers des séquences dialoguées exposant leur quotidien (l’on se rend compte avec surprise que dans le futur, enfin, en 1973, les femmes auront retrouvées leur place, c'est-à-dire à la cuisine et au service), ces séquences n’ont guère d’intérêt à part meubler le métrage. Heureusement, cela va s’arranger par la suite, car quand le monstre va montrer le bout de son nez, cela va devenir assez drôle.

Oui, drôle, car s’il n’y a aucune chance que vous soyez effrayé par ce figurant revêtu d’une panoplie trop large pour lui, de bottes griffues en mousse et d’un masque privé d’expression, vous allez sans nul doute rire à de nombreuses occasions (à la condition, bien sûr, que vous soyez amateur de cet humour involontaire). L’effet cheap marche sans coup férir, à chaque apparition, et cela même si Edward L. Cahn, conscient du fait, essaye de masquer un peu les défauts via l’introduction de fumigènes ou en positionnant la créature dans l’ombre. Quelques scènes, désopilantes, valent leur pesant de cacahuètes, comme lorsque le monstre est repoussé sans cesse par un membre d’équipage armé d’un ridicule fer à souder ou lorsqu’il subit quelques décharges électriques en descendant des escaliers.

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Les effets spéciaux de It ! The Terror From Beyond Space sont l’œuvre de Paul Blaisdell. Malgré une assez courte filmographie, cet homme est une légende. D’ailleurs, il a offert au cinéma bis un nombre si important de créatures calamiteuses qu’il figure dans les places d’honneur au sein des Ze craignos monsters de Jean-Pierre Putters. Et si l’alien de It ! n’est pas le plus ridicule de la galerie de monstres créée par le sculpteur (il a fait bien « mieux », par exemple, avec It Conquered the World), force est d’admettre qu’il est tout de même sacrément moisi. On disait de Paul Blaisdell qu’il pouvait vous sculpter un monstre ou fabriquer un costume en une nuit. Sincèrement, je n’en doute pas.

En coté de cela, on a la présence d’un casting assez sympathique et expérimenté. Marshall Thompson, Paul Langton et Dabbs Greer sont des habitués de ce type de séries B et ils assument parfaitement leurs taches, aussi peu épanouissantes (leurs personnages sont, il faut l’avouer, assez transparents) soient-elles. Quand aux deux rôles féminins, ils sont interprétés par Shirley Patterson et Ann Doran. La première était une des starlettes de la Columbia, devenue célèbre dans les années 40 pour son rôle de Linda dans le serial Batman. A la fin de son contrat avec le studio, cette belle brune tenta sa chance dans le cinéma indépendant et la série télé avant de quitter définitivement le métier à 36 ans. It! The Terror from Beyond Space est d’ailleurs son dernier film. Egalement en contrat avec Columbia Pictures durant une grande partie de sa carrière, Ann Doran était une grande spécialiste des rôles de soutien (elle faisait partie de l’écurie de Frank Capra). Avec plus de 500 films à son actif, il n’est pas étonnant de trouver Ann Doran dans cette série B, la comédienne ayant touché tous les genres et tous les supports (cinéma, téléfilms et séries télé).

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The She Creature [1957]

Un escroc, propriétaire d'un cirque et en quête d'attractions inédites, découvre une sirène qu'il embarque sur son bateau. Direction : l'Amérique. Quelques morts brutales plus tard, l'équipage comprend que la sirène a un goût immodéré pour la chair humaine...

Voodoo Woman [1957]

Au cœur de la jungle, un savant fou utilise les pratiques vaudou des indigènes pour ses expériences. Il désire créer des êtres invincibles à son service. Quand une expédition de chercheurs d'or arrivent au village, le scientifique réalise que Marilyn Blanchard, le chef de l'expédition serait un sujet parfait pour ses expérimentations.

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It Conquered the World [1956]

Des Aliens suivent un satellite défaillant sur la terre. Un scientifique les aide à se cacher dans une caverne. Mais trop tardivement, il va découvrir que leurs intentions sont mauvaises.

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MAKE-UP / PUPPETEER

Teenage CaveMan [1958]

De tout temps les jeunes adultes défient l'autorité. Ici, Robert Vaughn est ce jeune des cavernes qui veut traverser la rivière pour avoir un meilleur territoire de chasse. Les plus vieux l'avertissent que c'est interdit par la présence d'un Dieu géant ! Teenagers will always fight authority, in the past or the future. Here, Robert Vaughn stars as a caveman who want to cross the river to reach a land where there will be plenty to hunt, but his elders fear an angry walking god !

Pour son troisième film de l'année 1958, qui par ailleurs en comptera cinq, Roger Corman et son scénariste Robert Wright Campbell (à qui l'on doit aussi le script du fabuleux Masque de la mort rouge) optent pour une approche apparemment 50's. Un film d'aventures, à base de gros monstres... Le tout emballé avec un titre surfant sur le succès du I was a teenage werewolf, sorti l'année précédente.

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L'histoire nous présente une tribu d'hommes et femmes préhistoriques, que la croyance en une loi divine réduit à la stagnation. C'est-à-dire qu'ils vivent en autarcie, dans une zone qui commence à manquer farouchement de nourriture, et qu'ils ne peuvent s'aventurer au-delà de la rivière, zone pourtant visiblement fertile, parce que ça leur est interdit. C'est qu'il y a soi-disant des monstres ainsi qu'un dieu tueur, là-bas... Pourtant, un jeune (qui n'est jamais nommé, comme c'est aussi le cas pour tous les personnages du film) va vouloir faire bouger les choses et va, au risque de se faire sévèrement punir, tenter d'aller voir au-delà de la rivière...

C'est que mine de rien, derrière ce script qui ne paye pas de mine, et derrière les effets spéciaux rudimentaires de l'époque (les lézards qui se battent en gros plan au milieu de maquettes), se cache un film infiniment plus profond que ce qui se faisait alors. La naïveté du discours anti-communiste ou anti-atomique disparaît, au profit d'une quête effectuée par le personnage principal. Une quête qui remet clairement en question l'idée que le jeune homme (Robert Vaughn, dans un de ses premiers films) se fait de la société. Une société engoncée dans ses principes et sa morale religieuse. Il n'hésitera pas à défier ses aînés, leur morale, et leurs principes religieux.

Pas forcément qu'il ne croit pas en eux, mais il veut juste voir sur quoi reposent les lois qui règlent cette micro-société. Sa quête prend même des proportions romantiques, lorsque le personnage évoque la possibilité de combattre le dieu censé régner par-delà la rivière. Quelques temps après une première tentative infructueuse, au cours de laquelle un de ses amis périra, il ne résistera pas à la tentation de retourner là-haut. Entre-temps, son âge l'a fait passer dans la catégorie des adultes de la tribu, et il s'est même marié. Bref, il aurait pu s'assagir et oublier son romantisme de jeunesse.

Mais non. En vrai progressiste, rien ne l'arrête : ni le danger, ni la réputation de sa famille... Il faut dire qu'en plus un homme mystérieux venu de l'autre côté s'était fait proprement lyncher par la tribu, qui a exposé là sa propre peur de l'étranger... Un étranger qui a eu le temps de prononcer un seul mot : "peace". De quoi attiser la remise en cause de la société dans laquelle notre héros vit. Surtout que les chefs de cette société sont soient âgés et totalement déconnectés de la réalité, soit des assoiffés de pouvoir. Le seul qui désire faire vraiment bouger les choses, un sorcier, sera démis de ses fonctions...

Corman, avec dix ans d'avance, prévoit ainsi le mouvement contestataire de la fin des 60's, et il anticipe même sur les bouleversements sociaux qui vont avoir lieu. Le twist final du film aboutira pourtant à la pessimiste conclusion que même si la société est formellement amenée à changer, le fond des hommes reste le même : autodestructeur...

En gros nous avons là un film qui ressemble beaucoup à un film des 50's, mais dont le message annonce clairement les idées sociales de la décennie à venir. On pourra cependant regretter que les aventures rencontrées au-delà de la rivière ne soient pas plus périlleuses que cela (deux lézards qui se battent entre eux, une meute de chiens sauvages qui coursent les personnages, un "dieu" très moche). Le film aurait gagné à durer un peu plus longtemps qu'une heure cinq...

Earth vs the spider : L'Araignée-vampire [1958]

Sur une route de campagne, de nuit, un conducteur est soudain agressé par une créature mystérieuse. Plus tard, sa fille et le petit ami de celle-ci partent à sa recherche. Non loin de la voiture abandonnée du père, ils arrivent devant une grotte dont l’accès est interdit. Là, ils tombent d’abord dans une toile d’araignée géante puis sur sa conceptrice, tapie dans l’ombre. Ils parviennent de justesse à s’échapper des lieux.

Prévenu par les deux jeunes, le shérif et un groupe d’homme, dont fait parti le professeur Kingman, parviennent à gazer le monstre au DTT. Il est ensuite décidé, afin de pouvoir l’étudier, d’entreposer l’araignée supposée morte dans une salle du lycée local.

Malheureusement lorsque le groupe de rock de l’établissement scolaire commence à répéter pour le bal du lendemain, la bête reprend goût à l’existence... Et part visiter la ville où elle sème la terreur…

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L’ensemble des années cinquante voit une véritable avalanche de films de monstres. Des insectes aux arachnides en passant par les scorpions ou serpents de mers divers et variés ! Ceci s’inscrivaient dans le contexte de la peur de l’arme atomique (rappel : la première bombe H explose sur l'atoll de Eniwetok dans l'Océan Pacifique, le 1er novembre 1952), mais aussi de la vague anti-communiste qui submergeait alors les Etats-Unis (concernant cette période du Maccarthisme et les films avec extraterrestres on rencontrera les mêmes insidieux mensonges : les Petits Hommes Verts, est-il affirmé en substance dans ces productions, sont en fait des Rouges…) Peur de l’avenir, peur de l’Autre, et de perdre son confort consumériste : les Américains du Nord, se calfeutraient dans un ultra conservatisme protecteur, en particulier grâce à leur meilleur arme de propagande : Hollywood. Il fallait des représentations formidables en usage de catharsis : ce fut ce déchaînement de monstres cinématographiques (dit giant monster movies) tels TARANTULA ou THEM, DES MONSTRES ATTAQUENT LA VILLE.

Bert I Gordon se lance dans le courant sur le tard (1958) avec cette L'ARAIGNEÉ VAMPIRE (notons que le titre français est encore plus mensonger que le titre US !). En 1954, le Japon à son tour –mais occupé alors par les Américains- accouchera lui aussi de sa créature monstrueuse ; celle-ci, à l’inverse de ses cousines américaines, perdurera avec sa progéniture jusqu’à aujourd’hui : c’est GODZILLA de Inoshiro Honda.

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Cantonné dans le film de genre, et particulièrement la SF, Bert I. Gordon (surnommé « monsieur BIG » par Forrest J Ackermann à cause de sa fascination pour les créatures géantes qui font la majorité de sa production) a été également producteur, responsable des effets spéciaux, chef opérateur et a contribué à l’écriture de plusieurs scénarii des films qu’il a tourné. Parmi ceux-ci, dans notre genre de prédilection, il a réalisé : KING DINOSAUR (1955), LE CYCLOPE (1957), LE FANTASTIQUE HOMME-COLOSSE (1957), LE RETOUR DE L'HOMME COLOSSE (1958), SOUDAIN LES MONSTRES (d’après H. G. Wells - 1975) et L'EMPIRE DES FOURMIS GÉANTES (1977) ; dans le domaine du fantastique son L'ÉPEE ENCHANTEE (1962) avait été remarqué. Clin d’œil du réalisateur à lui-même : le cinéma du père du jeune héros présente LE FANTASTIQUE HOMME-COLOSSE!

Le film, d’emblée par première place qu’occupent les deux jeunes gens et leurs camarades dans l’histoire, cible franchement le public adolescent. Il s’en suit des passages absolument inutiles, qui restent néanmoins valables pour les sociologues intéressés par les fifties. Comme souvent dans ce genre de film à budget ultra réduit, le scénario est simplissime et le spectateur attend avant tout la bête, donc les effets spéciaux. Ceux-ci sont calqués sur ceux de TARANTULA : l’utilisation de transparences avec une véritable mygale très crédible et donc efficace… Malheureusement Bert I. Gordon (ce qu’évitait le réalisateur de l’original, Jack Arnold) ajoute régulièrement des plans d’une marionnette absolument ridicule ; jusqu’au moment de la séquence finale ou le câble grossier qui la soutient est très visible ! Le décor des grottes impressionnantes (très réelles, c’est du tournage en extérieur… intérieur !) n’est vraiment, et c’est dommage, exploité que sur la fin.

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Tourné d’abord sous le titre THE SPIDER, le film est rebaptisé avant qu’il ne soit terminé, EARTH vs. THE SPIDER. Mais quand LA MOUCHE (David Cronenberg – 1985) fait un boom au box-office, l'Américain Internationale Pictures décide de refaire tout son matériel publicitaire sous l’appellation THE SPIDER et de le relancer. Pourtant, le titre principal sur le film lui-même n'a jamais été changé. Attention donc aux confusions…

En 2001 un remake, EARTH VS. THE SPIDER, est réalisé en téléfilm par Scott Ziehl avec Dan Aykroyd ; malgré une réalisation honnête et des effets spéciaux convaincants (surtout de maquillage) le résultat souffre d’un scénario minimaliste et s’avère très décevant (sortie américaine le 07 octobre 2001).

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Un film uniquement pour les fans inconditionnels ou les cafardeux du passé ; ou pour les historiens du genre. Pour les autres : à fuir ! Il est tant de merveilles à découvrir : inutile de perdre du temps dans la toile bricolée et poussiéreuse de cet arachnide !

How to Make a Monster [1958]

Pete Drummond est un maître dans l’art du maquillage et n’a pas son pareil pour transformer un jeune acteur en horrible créature. Tout va pour le mieux du monde jusqu’à ce que les pontes du studio qui l’emploie viennent le voir pour lui annoncer que la vague de films d’horreur est terminée ! Il est donc temps de fermer la section effets spéciaux de maquillage qui devient inutile sur les comédies musicales tendance rock’n’roll, ce qui sera la nouvelle ligne directrice du studio.

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HOW TO MAKE A MONSTER met devant les projecteurs le métier de maquilleur et dans le même temps dévoile à peine ce qui faisait hurler de terreur les spectateurs des années 50. C’est à dire la façon dont sont réalisées les horribles créatures du cinéma d’épouvante. HOW TO MAKE A MONSTER se rapproche ainsi de la réalité, ce qui aurait pu désamorcer tout intérêt et encore plus les éventuels frissons provoqués par le film. Roublard, Herman Cohen, producteur et scénariste, s’associe à Aben Kandel pour coller à la réalité et donner une dose de crédibilité à son histoire. Le studio où travaille Peter Drummond est donc bel et bien l’A.I.P. de Samuel Z. Arkoff et James H. Nicholson. Des spectateurs venus les visiter sont d’ailleurs accueillis par un guide qui leur annonce qu’ils vont pouvoir assister au tournage d’une scène clef de CRIMES AU MUSEE DES HORREURS, un film produit et écrit par Herman Cohen et qui fera sensation en sortant dans les salles de cinéma l’année d’après. Enfin, dernière idée (ou recyclage des maquillages ?), les deux films précédents sur lesquels Peter Drummond a travaillé ne sont autres que deux productions précédentes de Herman Cohen à savoir I WAS A TEENAGE FRANKENSTEIN et I WAS A TEENAGE WEREWOLF. L'acteur qui interprétait la créature dans I WAS A TEENAGE FRANKENSTEIN reprend même son rôle alors que Michael Landon, futur chef de famille dans LA PETITE MAISON DANS LA PRAIRIE, cède sa place sous le maquillage du loup-garou à Gary Clarke. Un pari plutôt osé pour un film destiné à être consommé du coin de l’oeil par le public des Drive-In américains.

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HOW TO MAKE A MONSTER a passé les années avec succès justement grâce à cette approche étonnante car, si le film ne risque pas de faire peur aux spectateurs d’aujourd’hui, cette petite histoire de vengeance d’un maquilleur contre ceux qui le privent de son travail, ou plutôt son oeuvre, garde tout son sel. La fin du film, qui passe d’ailleurs tout d’un coup du noir et blanc à de flamboyantes couleurs, modifie toutefois un peu la donne dans un dénouement qui retire le potentiel sympathique du maquilleur pour nous apporter une bien étrange et horrible révélation. Une dernière idée bougrement intelligente ! Car si HOW TO MAKE A MONSTER démonte le mythe des monstres à l’écran, leur retirant leur potentiel horrifique pour nous présenter une histoire criminelle, le final retombe dans l’horreur jusqu’à suggérer que les créations des maquilleurs vues dans les films sortis et à venir recèlent une part abominable purement réaliste ! Lors du final, on notera aussi que les masques accrochés sur les murs font eux aussi partie du bestiaire de l'A.I.P.

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(INVASION OF THE SAUCER MEN, THE SHE-CREATURE, DAY THE WORLD ENDED...).

Le film réalisé par Herbert L. Strock n’est pas pour autant un chef-d'œuvre. L’histoire se suit assez banalement jusqu’à la fin sans que le métrage ne soit vraiment traversé par un éclair de génie en ce qui concerne sa mise en boîte. Mais à vrai dire, est-ce si étonnant puisqu’il faut tout de même rappeler que ce type de film était à l’époque produit à la chaîne. HOW TO MAKE A MONSTER pourrait donc très bien faire l’objet de nos jours d’une nouvelle version qui serait à même de servir encore mieux les excellentes idées qui y sont véhiculées. Un remake a déjà été produit pour la télévision dans la collection des Creatures Features mais celui-ci, titré de la même façon HOW TO MAKE A MONSTER, s’écarte totalement du sujet original pour nous proposer une histoire assez banale de monstre en huis clos dans le milieu du jeu vidéo. Dommage !

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Première constatation, l’image de ce DVD nous présente un recadrage de HOW TO MAKE A MONSTER. Cela ne se ressent pas toujours mais certains plans ont tout de même quelques défauts notables dus à cette technique qui consiste à remplir intégralement le cadre de votre télévision, quitte à couper des morceaux de l’image. La définition est correcte mais l’encodage est en deçà des standards du DVD. Restent les petits défauts de pellicule souvent apparents mais qui ne devraient pas vous gêner plus que ça.

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La seule piste sonore est celle de la version originale anglaise qui est en mono d’origine. Honnête sans plus, cette piste sonore fait le strict minimum. Elle est épaulée par deux sous-titrages qui ne serviront qu’aux acheteurs allemands et néerlandais. L’éditeur aurait pu penser à y inclure des sous-titres anglais mais ce n’est pas le cas. En tout cas, il est impossible d'en vouloir à DVD UK Ltd. de ne pas avoir inclus de sous-titres en français puisque ce DVD n'est absolument par prévu pour être commercialisé dans les pays francophones.

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En guise de supplément, le DVD contient un florilège de bandes-annonces avec celles de WAR OF THE COLOSSAL BEAST, BLOOD OF DRACULA, DAY THE WORLD ENDED, THE BRAIN EATERS, THE SHE-CREATURE, THE SPIDER, VOODOO WOMAN REFORM SCHOOL GIRL et, bien sûr, celle de HOW TO MAKE A MONSTER. Et si vous appréciez les belles affiches, le boîtier DVD contient aussi neuf reproductions d’affiches au format carte postale pour les films dont vous pouvez trouver les bandes-annonces à l’exception de REFORM SCHOOL GIRL qui se voit remplacé par THE UNDEAD.

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Bien plus intéressante est la longue interview de Samuel Z. Arkoff. Toutefois, ce supplément bourré d’anecdotes et d’informations nécessitera un bon niveau d’anglais puisqu’il est présenté sans aucun sous-titrage. Enregistrée seulement en audio, cette interview ou plutôt allocution est égayée par seulement trois ou quatre photos qui tournent en boucle. Ceux qui ont la chance de comprendre l’anglais pourront ainsi apprendre comment Vincent Price réalisait des économies pour utiliser l’argent qui lui était alloué lors de ses déplacements en Angleterre pour faire l’acquisition d’oeuvre d’art. Ou alors recevoir un petit cours sur le pourquoi de certains flops (LE BUCHER DES VANITES...) ou succès (LES TORTUES NINJAS...) au cinéma selon Samuel Z. Arkoff ! Il est à noter que les suppléments de ce DVD sont exactement les mêmes que ceux des autres disques de la collection (WAR OF THE COLOSSAL BEAST, DAY THE WORLD ENDED et THE SPIDER).

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Dans son genre, HOW TO MAKE A MONSTER est une petite production horrifique des années 50 à découvrir essentiellement pour sa façon de jouer avec la réalité et sa présentation d’un maquilleur d’effets spéciaux habité par son oeuvre ! L’édition DVD n’est pas d’une grande qualité mais l’interview ainsi que son prix de vente assez bas lui donnent tout de même un côté fort attractif !

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Attack of the puppet people [1958]

Sacré Bert I. Gordon, qui après "The Amazing Colossal Man" s'amuse à réaliser l'exact opposé de cette histoire d'homme géant avec "Attack of the Puppet People", qui comme son titre l'indique tourne autour de quelques personnes miniaturisées. Conscient du décalage entre les deux, il se rend d'ailleurs lui-même hommage en emmenant ses héros encore à leur taille normale au drive-in du coin, où ils assistent à la projection du Colossal Man, avec certainement l'approbation de James Nicholson et Samuel Arkoff, pontes de la mythique American Internation Picture, certainement très satisfaits de voir un peu de pub gratuite pour un de leur film sorti l'année précédente.

Mais revenons à nos moutons : Le Dr. Franz, constructeur de poupées, s'amuse à réduire la taille des personnes qu'il apprécie pour les garder dans sa collection personnelle et pour ne pas être séparé d'eux. C'est que sa femme l'a quitté, et qu'il ne souhaite pas revivre ces durs moments de solitude. Ses dernières "acquisitions" : Sally Reynolds, sa secrétaire, ainsi que Bob Westley, un jeune collègue, qui s'en vont rejoindre quelques autres personnes appréciant leur miniaturisation à des degrés divers. Certains y voient l'occasion de passer la belle vie, mais les nouveaux arrivants ne veulent rien entendre et vont chercher à retrouver leur taille d'origine, rangeant à leur opinion leurs petits camarades...

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Voici donc pour cette histoire, qui a vrai dire a plutôt du mal à démarrer, puisque Gordon prend bien son temps pour présenter les héros. Bien que ne faisant pas de doute, les actes du Dr. Franz sont pourtant gardés officiellement secrets pendant une demi-heure : un secret de polichinelle, puisque le spectateur sait déjà que Sally et Bob vont à un moment où un autre passer à la miniaturisation et que Gordon lui-même place des indices gros comme un Colossal Man (comme par exemple l'emphase placée sur les poupées plus réalistes que les autres, qui ne sont en fait que les humains réduits en plein sommeil artificiel). Pourquoi diantre attendre donc autant de temps pour entrer dans le vif du sujet ? Et bien tout simplement parce que Gordon ne souhaite pas céder au spectaculaire, et qu'il cherche à jouer le jeu jusqu'au bout : il prend le temps de présenter ces personnages, de les faire apprécier des spectateurs, et parce qu'à cette époque un film racontait une histoire de A à Z.

Il ne faut pas non plus oublier que la raison d'être du cinéma fantastique était alors de créé l'émerveillement ou la peur par le biais d'un surnaturel venant directement embrayer sur une réalité concrète, cette même réalité que le réalisateur prend autant de temps à décrire, ce qui du coup rend d'autant plus dépaysant la situation des personnages une fois miniaturisés, et qui de plus permet à Gordon de placer tout un contexte autour de la miniaturisation : celle-ci n'est pas gratuite mais découle du choc vécu par le personnage du Dr. Franz, qui depuis le départ de sa femme ne peut plus supporter d'être abandonné par qui que ce soit. Autant qu'un film de science-fiction, Attack of the Puppet People est un drame de la solitude, en somme, et à l'instar du Colossal Man du précédant film de Gordon, Franz est davantage pathétique que méchant. Il reste persuadé que ses poupées humaines sont heureuses, il fait tout pour qu'elles le soient : il les nourrit bien, leur donne du champagne, leur propose des bains moussants et leur permet même de danser sur du rock'n'roll.

Il ne s'en rend pas compte de leurs vrais sentiments et tout en cherchant à se faire apprécier d'eux (et il est persuadé que c'est le cas, ce qui le rend d'autant plus pathétique), il déclarera à un moment à l'un de ses amis l'interrogeant sur la visite d'un policier qu'il ne supporterait pas de vivre constamment surveillé. Bref c'est un pauvre vieil homme paradoxal, et c'est tout juste si on ne ressentira pas de peine pour lui lorsque ses poupées vont se rebeller et lui saccager le spectacle de marionnettes qu'il préparait. Si on ne le plaint pas totalement, c'est à cause justement de la demi-heure passé en sa compagnie mais aussi en celle de Bob et Sally, joli couple qui souhaitait partir pour se marier, et donc quitter Franz. D'où leur miniaturisation. Les autres poupées humaines sont par contre bien moins intéressantes que ces deux là, et du reste Gordon s'en désintéressera vers la fin.

Maintenant, il ne faudrait pas croire non plus que le film ne recèle aucune trace d'action et qu'il passe totalement à côté de son sujet (disons qu'il passe à côté de l' "Attack" pour se concentrer sur les "Puppet People", lesquels n'attaquent rien ni personne si ce n'est les sentiments de Franz). Si nous ne sommes effectivement pas dans "L'Homme qui rétrécit" (Jack Arnold, 1957), il y a tout de même de nombreuses scènes dignes de ce que l'on attendait d'une production de ce type. C'est l'occasion de voir évoluer des personnages au milieu de décors géants, avec quelques obstacles par-ci par-là (un rat, un chien) et quelques scènes d'escalades sur du mobilier.

Les effets spéciaux sont très réussis, et la formation de Bert I Gordon dans le domaine des effets spéciaux se ressent. Sa mise en scène est souvent relative à ces effets : c'est ainsi que dans les scènes où il présentera les humains miniatures, il emploiera quasi systématiquement la contre-plongée, "écrasant" les personnages au milieu de meubles jamais intégralement montrés à l'écran. On ne verra ainsi jamais une table entière : juste l'une de ses pattes. Même chose pour les portes, les voitures, etc... Seul un seul plan est vu vraiment de face, celui avec un téléphone géant : c'est probablement le décor le plus élaboré du film. Bien sûr, parfois, les proportions ne sont pas fidèlement respectées ou encore des surimpressions sont décelables (quand par exemple Gordon doit placer Franz et une de ses poupées dans le même plan) mais dans l'ensemble, rien de honteux, bien au contraire.

Bert I. Gordon est décidément un réalisateur talentueux. Ses films contiennent non seulement tout ce qui fait le charme de ces années d'or de la science-fiction, ces choses qui sont aujourd'hui vu comme des clichés ou comme de la naïveté et que l'on peut aussi bien trouver barbantes que plaisantes, mais ils se révèlent néanmoins soignés, honnêtes, sans esbroufe tapageuse et faisant preuve d'une imagination débordante pour palier à une technique parfois déficiente. Attack of the Puppet People n'échappe pas à la règle.

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The Undead [1957]

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Après une séance d'hypnotisme, une prostituer se retrouve en plein moyen-âge dans la peau d'une sorcière condamnée à périr sur le bûcher...

Elle croisera d'autre sorcière, dont une jeune et sexy accompagné de son nain capable de se transformer en divers animaux du lézard à la chauve souris !

Le diable et sa fourche y fait aussi une apparition, et pour démontrer l'étendu de son pouvoir
il fera danser trois mortes vivantes !

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From Hell it came [1957]

Sur un plateau hollywoodien maquillé en île exotique, une poignée de figurants tente d'imiter avec peine quelques danses tribales. Vêtus de pagnes en tissu synthétiques et de caleçons à fleurs, ces peu convaincants indigènes, sous la direction de leur sorcier, semblent impliqués dans un cérémonial vaudou. En fait, ils sont en colère contre Kimo, leur prince, ce californien noirci au charbon allongé, ligoté sur le sol et torturé par une poule qui lui picore le cuir chevelu. Abusés par leur sorcier, un usurpateur et les propos de femmes intrigantes, ils l'accusent d'avoir pactisé avec le diable en personne, à savoir les colons américains établis dans l'île. Ils ont donc décidé de l'exécuter. Alors, le sorcier, après quelques étranges diatribes, plante avec sadisme une rapière miniature dans la poitrine d'une poupée... pendant que les sauvages l'imitent en fichant un couteau dans le cœur du supplicié! C'est sûr, la magie noire, pratiquée comme cela, se révèle infaillible. Puis ils enterrent son corps, enfermé dans un cercueil de bois.

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Parallèlement, on apprend que cette île a subi dernièrement les retombées d'essais atomiques un peu foireux. Une mission américaine est donc sur place, chargée d'évaluer les conséquences de ces tests sur l'environnement et la population de l'île. Ainsi, pendant que non loin de là un prince est assassiné, les scientifiques vaquent à leurs banales occupations, qui se résument à boire du café et supporter les bavardages incessants d'une compatriote tenant un comptoir commercial. On a à ce moment un très bon aperçu de la pauvreté affligeante des dialogues qui composent la totalité du film. Heureusement, l'arrivée en hélicoptère de la Navy (en fait, un appareil civil grossièrement maquillé) d'une jeune et jolie collègue (accompagnée d'une musique jazzy un peu sexy) va contribuer à mettre un peu de piment dans leur quotidien.

Par contre, ce qu'ont oublié les indigènes, et qu'ignorent les américains, c'est la légende du Tabenka, qui dit que les grands guerriers, pour assouvir une vengeance, peuvent revenir d'entre les morts sous la forme d'arbre vivants!.. Et oui, comme nous, ils auraient dû écouter la voix off au début du film...

Réalisé par Dan Milner (qui deux ans plus tôt, avait déjà régalé les amateurs de nanars avec un désopilant The Phantom from 10000 Leagues), From Hell It Came repose sur un scénario aussi peu abouti que linéaire, dont deux des principaux éléments resteront à peine exploités. En effet, le complot "politique" des indigènes se résume à l'exécution du prince et à un crêpage de chignon désopilant (car bourré de faux raccords et d'une absolue mollesse) entre deux rivales désirant s'attirer les faveurs du machiavélique sorcier (très sexy, d'ailleurs, avec sa coiffe faite de dents de tyrannosaures en plastique). Quand à l'élément atomique, il ne servira que deux fois avec la consultation d'une insulaire en paréo brulée au visage et, moins explicable, l'utilisation de produits radioactifs sur la créature lors de son examen par les scientifiques. Au final, le film se concentre donc sur les exactions du Tabenka, souche de bois animée par un esprit vengeur. Et quand l'on sait que le concepteur du monstre n'est nul autre que Paul Blaisdell, l'on prend conscience que, pour l'amateur de nanar, From Hell It Came est une œuvre incontournable.

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Car là encore, le créateur des extra-terrestres délirants de It Conquered the World fait très fort dans le domaine du ridicule. En effet, le Tabenka consiste en un figurant (un catcheur professionnel) revêtu d'une panoplie de latex représentant un tronc d'arbre humanoïde au look disneyen, dans lequel est fiché le couteau sacrificiel utilisé pour exécuter le prince (des fois que l'on n'ait pas pigé l'intrigue). Evidemment, le Tabenka est également un zombie, puisqu'il sort d'une tombe, qu'il est dépourvu d'émotion et qu'il est quasiment invulnérable (les indigènes tentent même d'y mettre le feu, en vain). Donc, sourcils froncés, regard cartoonesque, bras raides, il agresse ses cibles avec une rapidité proche de celle d'un escargot asthmatique, obligeant ses proies à oublier de décamper et adopter des attitudes débiles. De fait, soit elles restent figées et hurlent de terreur, les mains devant les yeux, soit elles reculent, terrifiées, pour trébucher et se retrouver au sol (à ce moment, leur attitude rejoint alors la première catégorie).  Sans oublier le sorcier armé d'une sagaie en plastique qui rate sa cible située à moins d'un mêtre (le projectile passe largement au dessus). Alors, se saisissant de ces victimes aussi paralysées qu'un chat pris dans les phares d'une voiture, le tabenka les étrangle ou les jette dans des sables mouvants. A une exception près: la jolie scientifique, qui est kidnappée par le monstre alors qu'elle s'était éloignée de ses amis pour réajuster l'un de ses escarpins de randonnée (si, si, ça existe, du moins dans les b movies des années 50). Comme quoi, l'on peut être fait de bois et avoir bon gout en matière de femme. 

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Pour ce qui est de l'interprétation, contentons-nous de jeter un voile pudique sur les ridicules performances des comédiens chargés d'interpréter les autochtones pour nous intéresser plutôt à ceux incarnant les américains. Les rôles principaux ont été confiés à Tod Andrews et Tina Carver. Le premier est déjà, en 1957, un comédien expérimenté ayant fait un bout de sa transparente carrière à la télévision et dans quelques films de guerre. Sorte de succédané de John Agar au jeu peu remarquable (on peut le vérifier dans ce film), il travailla sous le pseudo Michael Ames jusqu'en 1945 - c'est d'ailleurs sous celui-ci qu'il figure aux génériques de deux films fantastiques: Return of the Ape Man (Philip Rosen, 1944) et Voodoo Man (William Beaudine, 1944). La seconde, Tina Carver, est déjà âgée de 35 ans quand elle incarne le séduisant docteur Terry Manson et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle porte très bien son âge. Cette élégante brune manquait cependant de personnalité et elle connut une carrière assez brève. From Hell It Came est d'ailleurs son dernier film (avec Le pénitencier de la peur, un film de SF tournée la même année). A partir de 1957, elle ne fit plus que quelques apparitions dans quelques séries TV avant de quitter définitivement les plateaux en 1960. Le deuxième scientifique est interprété par John McNamara, un acteur spécialisé dans les rôles de soutien de séries B. Son unique "moment de gloire" est une modeste présence au casting de War of the Colossal Beast, un film (raté) de Bert I. Gordon. Enfin, s'il ne fallait retenir qu'une seule performance dans ce film, cela serait celle de Linda Watkins. Cette actrice de télévision, qui a très souvent versé dans la comédie, a en effet bien compris ici l'ineptie de l'ensemble et elle a apparemment choisi de jouer le jeu. Elle en fait donc des tonnes dans le rôle d'une sympathique commerçante volubile et un peu naïve, sa voix nasillarde appuyant le coté comique de son personnage, et apparait finalement comme la plus convaincante.

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Le fantastique Homme Colosse [1957]

Durant une opération militaire, le colonel Glen Manning est touché par les radiations émises par l'explosion d'une bombe au plutonium. Bien que son corps ait été brûlé à 90%, il parvient à survivre, puis commence à grandir de façon inquiétante. Manning perd progressivement sa santé mentale.

L'Homme qui rétrécit, le chef d'oeuvre de Jack Arnold, a évidemment marqué les esprits. Ce petit film fantastique influencera de nombreux ersatz, interrogeant la science et la nature humaine.

Bert I. Gordon poursuit les hostilités en 1957, avec le Fantastique Homme Colosse (en anglais, the Amazing Colossal Man), mais en proposant le phénomène inverse. Attention, SPOILERS !

Lors d'une mission de routine, le colonel Glen Manning est touché par l'explosion d'une bombe au plutonium.

Curieusement, son corps n'a pas subi de brûlures, mais très vite, le militaire grandit de façon exponentielle. Glen devient alors un sujet de curiosité scientifique.

Bientôt, son cas fait la sensation des journaux et Glen est exposé dans un cirque. L'ancien soldat est devenu un phénomène de foire, désormais exposé aux yeux du monde.

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En un sens, le début du Fantastique Homme Colosse n'est pas sans rappeler le chef d'oeuvre de Jack Arnold. La différence se joue dans cette ambiance de guerre froide et de menace nucléaire. Bert I. Gordon dénonce les grandes peurs du monde de demain, celui de la science et alerte sur les dangers de la radioactivité, le cas de Glen Manning échappant à toute explication logique.

Encore une fois, le film de Bert I. Gordon s'inscrit dans un climat de peur et de paranoïa, toute personne différente suscitant le rejet, l'exclusion voire l'élimination. Le cinéaste a également le mérite de se concentrer sur la psychologie du héros, évidemment dépassé par son propre cas, et sombrant peu à peu dans la solitude et la folie. Toutefois, Le Fantastique Homme Colosse a bien vieilli.

Certaines séquences prêtent évidemment à sourire. Inutile de le comparer à L'homme qui rétrécit, le film de Bert I. Gordon ne possédant jamais son lyrisme, sa poésie et sa philosophie.
Cependant, ça reste un bon film de genre, largement recommandable pour les fans du cinéma bis.

Invasion of the Saucer Men : Invasion extraterrestre [1957]

Un couple de jeunes gens assiste à l'atterrissage d'une soucoupe volante. Les aliens sont désormais parmi nous et sèment la terreur dans une petite ville américaine.

Suite du cycle sur les nanars de science fiction des années 50 dont le blog s'est fait une spécialité !

Vous ne serez donc pas surpris de retrouver Edward L. Cahn à la réalisation d'Invasion of The Saucer-Men.

Au niveau des effets spéciaux, Paul Blaisdell est évidemment de la partie ! Blaisdell est donc responsable de nos chers extraterrestres moisis.

D'ailleurs, Edward L. Cahn se garde bien de les montrer à visage découvert.
Et on comprend mieux pourquoi tant les aliens sont risibles et ridicules !

D'ailleurs, Paul Blaisdell avait la réputation d'être capable de confectionner quelques costumes d'extraterrestres ou de créatures monstrueuses en une seule nuit dans son grenier. On n'en doute pas une seconde !

En même temps, c'est aussi ce genre d'anecdote croustillante qui fait le charme de ce genre de nanar !

Invasion of the Saucer-Men s'inscrit donc dans la lignée de Plan 9 from Outer Space, réalisé par Ed Wood.

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On retrouve pleins de défauts et des non-sens typiques de ce genre de production fauchée: montage absolument mauvais passant d'une séquence à une autre sans établir de liens, acteurs perdus et consternés et mise en scène foireuse font partie du menu fretin.

Pour le reste, Invasion of The Saucer-Men se suit sans déplaisir. La durée de ce film de SF est courte, à peine une heure et 10 minutes de bobine.

A noter que les mains des extraterrestres peuvent se détacher. Elles sont munies d'aiguilles et injectent de l'alcool à leurs victimes. Ridicule !

Invasion of The Saucer-Men s'inscrit également dans la paranoïa qui existait aux Etats-Unis dans les années 50, à savoir cette peur de l'envahisseur et de l'existence probable d'une autre forme de vie quelque part dans l'univers.

Une peur qui sera largement exploitée par le cinéma de genre, pour le meilleur et surtout pour le pire...

The Day the World Ended [1956]

La Terre est ravagée par une guerre atomique... Heureusement, Jim Madison avait anticipé cette catastrophe et s'était bâti un refuge, largement pourvu en vivres, dans un site à l'abri des radiations. Il s'y installe avec sa fille Louise, bien décidé à attendre paisiblement que les radiations dispersées dans l'atmosphère se dissipent. Son plan subit pourtant un accroc de taille : cinq autres survivants viennent lui demander de les accueillir. Sous la pression de sa fille, Jim accepte, alors même que les quantités de nourriture et d'eau potable entreposées dans l'abri n'ont été calculées que pour trois personne maximum. Les nouveaux-venus sont un voyou, Tony, et sa compagne, Ruby ; le géologue Rick et un ami très gravement irradié ; et enfin un pittoresque vieillard venu chercher de l'or dans cette région montagneuse ! Dans le groupe, les tensions vont se multiplier, d'autant plus que l'enjeu de la situation n'est rien de moins que la survie de l'humanité.

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Peur de l'atome et mutants haut en couleurs : DAY THE WORLD ENDED semble s'inscrire très nettement dans le courant de la science-fiction angoissée de l'Amérique des années 1950. On y voyait alors souvent des expérimentations atomiques provoquer des mutations effroyables, aussi bien chez les animaux (les fourmis avec DES MONSTRES ATTAQUENT LA VILLE) que chez les humains (de L'HOMME QUI RÉTRÉCIT au FANTASTIQUE HOMME-COLOSSE). Mais ce film se penche avant tout sur l'angoisse provoquée par l'idée de la fin du monde et de l'humanité. Cette thématique est présente de longue date dans le cinéma fantastique, mais il s'agissait, jusqu'aux années 50, des conséquences de catastrophes naturelles (frôlement de la Terre par une comète, par exemple, envisagé, entre autres, par LA FIN DU MONDE d'Abel Gance) ou de guerres traditionnelles (la civilisation est jetée à bas par un tel conflit dans LA VIE FUTURE de William Cameron Menzies).

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Lorsque l'URSS annonce qu'elle détient le secret de la Bombe Atomique, en 1949, le cinéma américain, confronté à ce nouvel équilibre de la terreur, commence rapidement à envisager la destruction de l'humanité par un holocauste nucléaire absurde et incontrôlé. Cette situation est ainsi envisagée dans CINQ SURVIVANTS réalisé en 1951 par Arch Oboler, par exemple. Cela va s'amplifier à la fin des années 1950, avec des oeuvres comme LE MONDE, LA CHAIR ET LE DIABLE (avec Mel Ferrer et Harry Belafonte) et LE DERNIER RIVAGE (avec Ava Gardner et Gregory Peck), tous deux de 1959. Ce phénomène s'accentue encore avec le développement, dans les années 1960-1970, d'une science-fiction pessimiste et contestataire (citons DOCTEUR FOLAMOUR de Kubrick, LA BOMBE de Peter Watkins, LA PLANETE DES SINGES...), jusqu'à engendrer un véritable sous-genre : le cinéma post-apocalyptique (MAD MAX 2 de George Miller, LE DERNIER COMBAT de Luc Besson...).

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DAY THE WORLD ENDED a au moins une certaine valeur historique : il s'agit du premier film fantastique réalisé par Roger Corman, bien que ce célèbre producteur-réalisateur américain s'était déjà échauffé sur ce genre avec THE BEAST WITH A MILLION EYES de David Kramarsky, à la réalisation duquel il a activement participé sans être crédité. Néanmoins, auparavant, les films qu'il avait signés étaient un film policier (SWAMP WOMEN) et deux westerns (CINQ FUSILS A L'OUEST et LA FEMME APACHE). Ces deux dernières oeuvres étaient réalisées pour la jeune compagnie American Release Corporation, petite firme indépendante fondée par James H. Nicholson et Samuel Z. Arkoff, appelée à être rapidement rebaptisée American International Pictures (AIP).

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Toutefois, Nicholson et Arkoff étaient déçus par les recettes de ces deux westerns. Programmés dans le cadre de double-séances, ils étaient utilisés comme compléments de programmation pour des oeuvres plus importantes. Or, ces programmes complémentaires étaient achetés à bas prix et rapportaient très peu d'argent à leurs producteurs. Les deux fondateurs d'American Release Corporation ont alors l'idée de proposer des "package" aux exploitants, regroupant deux films : le film d'accompagnement ET le film principal.

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L'idée est brillante, et promet de juteuses retombées financières. Hélas ! ils n'ont pas assez d'argent pour produire deux films ! Ils achètent alors un petit film de S.F., THE PHANTOM FROM 10.000 LEAGUES de Dan Milner, pour accompagner leur nouvelle production maison : DAY THE WORLD ENDED, réalisé par Roger Corman. DAY THE WORLD ENDED - THE PHANTOM FROM 10.000 LEAGUES est le premier d'une longue série de double-programmes produits par les deux compères...

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Le sujet de THE DAY THE WORLD ENDED s'inspire en fait nettement de CINQ SURVIVANTS d'Arch Oboler : après un holocauste nucléaire, cinq survivants (quatre hommes et une femme) doivent envisager l'avenir. La situation est ici très semblable. Sept survivants sont coincés dans une petite vallée, et essaient d'organiser leur survie, voire la survie de l'humanité. En effet, il est possible qu'ils soient les derniers humains en vie sur Terre. Si certains se montrent responsables (le brave Rick), l'odieux Tony ne pense qu'à lui et à la satisfaction de ses désirs et besoins immédiats. Qui plus est, un horrible mutant semble tourner autour de la maison qui sert de refuge aux survivants.

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Les réalisations de Corman des années 1950 étaient aussi connues pour la rapidité de leur tournage (aux alentours de dix jours) et la modestie de leurs budgets (environ 50 à 100.000 dollars). Par conséquent, DAY THE WORLD ENDED n'est pas aussi spectaculaire que son titre et son affiche voudraient nous le faire penser. Le film se développe surtout autour des conflits humains entre les survivants, confinés dans une petite maison et quelques rares extérieurs. Fatalement, les palabres sont souvent envahissantes. Corman utilise alors quelques ficelles techniques auxquelles il aura ensuite souvent recours pour animer la réalisation de scripts trop bavards : pour la moindre scène de dialogue, il glisse quelques mouvements d'appareil, multiplie astucieusement les changements d'échelle et diversifie les angles de prises de vue, de façon à dynamiser une séquence en principe peu excitante. Qui plus est, l'interprétation est globalement très compétente, et ne donne pas l'impression d'avoir affaire à un casting au rabais. Hélas, des longueurs se font tout de même bien sentir. Alors que le script semble promettre des développements sur des mutations atomiques, ceux-ci n'interviennent réellement que dans les dix dernières minutes du film et l'essentiel du métrage se compose d'un huis-clos pas inintéressant, mais globalement bien lent.

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Tourné en Techniscope (ratio de présentation 2.0), DAY THE WORLD ENDED est ici présenté dans un recadrage en 1.33, ce qui provoque la perte franchement gênante d'un bon tiers de l'image. Très mauvais point pour ce DVD ! Sinon, la copie en noir et blanc est globalement correcte, même si l'on note, de loin en loin, quelques défauts (fixité aléatoire, rayures). Le transfert numérique est juste correct, avec notamment des problèmes de perte de définition dans les scènes sombres et/ou agitées.

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Le son est proposé en anglais et en mono seulement, avec une bande assez fatiguée (craquement, souffle, aigus un peu étouffés). Mais pour un tel film, on ne pouvait guère s'attendre à mieux. Des sous-titres néerlandais et allemands sont disponibles.

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The Beast with a Million Eyes [1956]

Quand un étranger « envahissant » atterrit dans une banlieue de la Californie, il commence son plan de la domination du monde en commandant les esprits des divers animaux, qui attaquent les pauvres citadins…

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ACTEUR

The Ghost of Dragstrip Hollow [1959]...Man sous le costume de monstre

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Voodoo Woman [1957]...Le Monstre

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The Day the World Ended [1956]...Mutant

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