Histoire des accessoires

Histoire des accessoires et des situations de séduction.

Comme nous l'avons vu précédemment les principaux accessoires des pin-up sont des accessoires de séduction usuels. Leur utilisation systématique les banalise en même temps qu'elle les fait accéder au rang de fétiches. Ces accessoires sont devenus des attributs emblématiques de la séduction féminine. Ils symbolisent dans notre société la femme érotique et sont, de ce fait, associés à la sexualité en raison de leur histoire et d'une certaine construction culturelle.

Le rôle des talons hauts.

Les hauts talons étaient portés par les prostituées au XIXe siècle tout comme les collants résilles. La femme perchée sur ces chaussures est à la fois fragile puis que ces mouvements et notamment ses pas sont modifiés, entravés mais elle est aussi autoritaire puisque ces mêmes chaussures peuvent devenir des symboles de domination et de pouvoir.

La chaussure érotique se définit tout d'abord par un talon haut, étroit et contourné. Ainsi le pied paraît plus petit, la cambrure plus prononcée, la jambe plus longue, le mollet plus galbé, les hanches et les fesses ont des mouvements plus balancés. Certains matériaux peuvent accentuer la sensualité : le suggestif vinyl ou encore les peaux d'animaux : chevreau, cuir, serpent. Ces dernières matières renvoient, là aussi, par leur provenance, à une sexualité plus pulsionnelle, plus instinctive. La coupe doit coller à la forme du pied et à son mouvement sinueux. Ces chaussures sexy peuvent être aussi découvertes comme l'escarpin. Dans l'univers de la mode, on parle de chaussures décolletées comme d'une robe décolletée. La forme pointue du bout de la chaussure amincit et sexualise le pied. A l'inverse les chaussures pour fillettes ou jeunes filles ont plus souvent un bout carré.

C'est grâce à la photographie érotique voire pornographique que les chaussures ou les bottes à talons vont véritablement devenir des accessoires sexuels, des fétiches. Les nombreuses photographies réalisées par le couple Yva Richard montre bien ce processus. Nativa, en plus de réaliser des photographies ou de poser, est aussi une créatrice de lingerie, dès 1913. Elle se sert des photographies comme support pour vendre ses produits : bottines vernies, dessous affriolants. Dans une photographie de 1930, Nativa porte déjà des chaussures à talon de 10 cm. Les photographies réalisées à partir de 1934 par ce couple, proposent des scènes de plus en plus fétichistes. Dans la série, Elle a des bottes, Nativa porte des bottes à talons de 19 cm.

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Ces chaussures à talons vertigineux se retrouvent avec les pin-up réalisées par Peter Driben.

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Mais le père du fétichisme moderne est évidemment John Willie (1902-1952), créateur de la bande dessinée Sweet Gwendoline et de la revue Bizarre, revues qui comportent de très nombreuses photographies, dessins fétichistes et même des scènes sadomasochistes.

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Bizarre, créé en 1946, influence notamment le photographe Eric Kroll, adepte des talons vertigineux et Léonard Burtmann, créateur d'une autre revue fétichiste, Exotique (1951).

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Betty Page, née en 1923 dans le Tennesse, considérée comme « the queen of pin-up », marque les années quarante, en posant dans des attitudes burlesques de très nombreuses fois pour Robert Harrison, dès 1950, dans les pages de Beauty Parade. Elle est certes connue pour avoir posée pour le poster central de Playboy en 1955, pour ses photographies de bondage ou celles à caractère sadomasochiste réalisées par Irving Klaw (1911-1970) mais aussi pour sa collection impressionnante de chaussures à talons. En effet elle met un point d'honneur à ne jamais porter deux fois les mêmes chaussures pour les photographies.

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Jayne Mansfield (1933-1967), symbole sexuel des années soixante, qui possède elle aussi une collection de plus de deux cents paires de chaussures, n'a qu'une idée en tête lorsqu'elle choisit une nouvelle paire, la valeur de leur sex-appeal : « je choisis mes souliers avec le même soin que mes produits de beauté parce que mes souliers attirent l'attention sur mes pieds.

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Plus que les Américains, les Européens considèrent que les pieds de la femme font partie de son attrait sexuel. Peut-être parce que les Américains oublient que leurs pieds sont un de leurs charmes les plus puissants27(*) ». Pour elle, les chaussures à talons doivent être sexy mais non provocantes. Comme toute parure, les chaussures, déclare-t-elle, « doivent suggérer la sexualité mais pas la hurler28(*) ».

Rita Lydig, qui occupe une place importante dans la « haute société » du premier quart du XXe siècle et connue pour l'extravagance de ses toilettes, a des centaines de paires de chaussures, presque toutes sexy et dont certains modèles ont été créés pour elle. Collection si extraordinaire qu'en 1970 le New York Metropolitan Museum en présente une exposition. Dans le catalogue de l'exposition, Mme Lydig pose ce principe : « A mon sens, la sexualité commence avec le pied. C'est par là qu'une femme commence à se parer. Une chaussure qui n'a pas de sex-appeal est comme un arbre sans feuille29(*) ».

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* 27 ROSSI William, Erotisme du pied et de la chaussure, Paris, Payot, 1976, p.129.

* 28 Idem, p.125.

* 29 Idem, p.126

Le cas particulier des bas.

Mais l'accessoire de séduction qui revient systématiquement dans les dessins de pin-up est la paire de bas. Ces bas sont une sorte de leitmotiv dans les représentations féminines sensuelles. A partir de la fin du XIXe siècle, ils vont devenir l'accessoire presque conventionnel de l'imagerie érotique.

L'origine du mot bas est une abréviation du mot du XVIIe siècle : « bas de chausses » qui désigne la partie d'un élément masculin collant et allant du pied au genou30(*).

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Les bas ordinaires étaient en laine et les bas de luxe en soie (depuis 1572, date de l'apparition en Angleterre, des premières machines à tricoter). Le bas de coton est en vogue dans le dernier tiers du XVIIIe siècle et le fil d'écosse est à l'honneur sous Louis Philippe. Différentes modes se succèdent du XVIIIe siècle à nos jours. On peut cependant dégager quelques étapes décisives. Dès la fin du XIXe siècle, la soie s'impose pour le bas comme pour les autres pièces de lingerie. Après 1924, la mode des jupes légèrement plus courtes répand l'usage du bas de soie de couleur chair. A la fin des années vingt, on commence à utiliser en bonneterie la rayonne ou la soie synthétique. C'est en 1938 que naît le bas nylon (le nylon est mis au point par Wallace Carothers).

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Durant la Seconde Guerre Mondiale, les restrictions imposent aux femmes un étonnant subterfuge : elles teintent leurs jambes nues et dessinent le long du mollet un trait brun figurant la couture du bas. C'est en 1955 qu'une découverte dans les métiers à tisser permet de supprimer la couture. Dans les années soixante, l'industrie des bas est révolutionnée par l'apparition du collant qui apporte une amélioration considérable, surtout en ce qui concerne la finesse de la maille. Le retour de la lingerie de charme, dans les années quatre-vingt, réhabilite le bas. Quant au collant, suivant la même tendance, qu'il soit à couture, en dentelle fine, semé de strass, imprimé, brodé ou mêlé de soie, il se sophistique.

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Le regard s'arrête sur l'endroit magique où le bas s'arrête et où va apparaître la culotte. L'érotisme se fixe alors sur ce petit intervalle de chair délicate et tentatrice (entre le bas et la culotte).

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Que se soit dans l'art ou dans la littérature les bas ont toujours fasciné et possèdent un pouvoir attractif qui relève du fantasme : « Je ne lui laissais que les bas parce qu'à mon avis c'est plus joli. D'ailleurs, sur les journaux, les femmes déshabillées ont toutes des bas31(*) ». On retrouve ce même pouvoir sexuel dans un passage de Jean Charles Gateau : « on se branlait à 15 ans sur Paris Hollywood et V Magazine. Ce dernier gonflait ses pages de pineupes pneumatiques aux pétards du tonnerre, aux nichons russeliens et aux ondulations hayworthienne ; l'autre en séquences immuables, déshabillait des gonzesses en couleur [...] Telles étaient nos madones de pensionnat. L'érotisme de grand papa, bottines et baleines, nous laissait de glace. La page des fatales d'avant-guerre (yeux charbonneux, culotte de soie incrustés de dentelles, bas luisants, seins de coulisse ou de douche) et même « la petite tralala » de Suzy Delair ne nous faisaient pas tourner la tête. Trop de fanfreluches rétro. La guerre n'avait pas encouragé l'excitation fétichiste : hideuses semelles compensées, culottes de viscoses ou de rayonne, bas de coton ravaudés ou teinture à la chicorée sur laquelle les habiles peignaient la couture. Notre génération vit s'imposer les textiles de synthèse et le roi nylon [...] Avec la prospérité venaient, dans une grande débauche de blanc nuptial, les jambes parfaitement gainées de nylon arachnéen par Chesterfield, les slips minuscules et affriolants, la gaine Scandale illustrée par Brenot, les décolletés pigeonnants, les porte-jarretelles légers comme une plume32(*) ».

Mais c'est réellement dans l'art que les bas exercent tout leur pouvoir de fascination. Nombreux sont les tableaux où les scènes représentées ne sont qu'un prétexte pour dévoiler les bas : on pense à l'oeuvre La levée de Fanchon33(*) de Nicolas Bernard Lépicié (1735-1784) où une jeune fille, non coiffée, en chemise, met ses bas.

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Le lit, sur lequel elle est assise, est défait. Un chat se frotte à sa jambe. Le titre du tableau sème le trouble : véritable réveil ou rhabillage après l'amour ? Le réajustement des bas apparaît aussi comme un thème prétexte pour représenter un geste, qui dans l'imaginaire érotique est on ne peut plus sensuel34(*). Les scènes de bain ou de toilette, comme nous l'avons vu, permettent de dévoiler le corps féminin mais aussi les parures de ce même corps : dans le tableau de François Boucher (1703-1770), La toilette intime, le jupon de la jeune fille est retroussé, dévoilant ainsi ses bas blancs35(*).

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Du côté de la photographie érotique ou pornographique, les bas aussi sont un thème récurrent : de nombreuses séries de photographies s'intitulent : les bas rayés (1900), les bas noirs (1910) ou alors Les émois dupantalon (1900).

Cette fascination pour les bas poussa Elmer Batters (1919-1997) à inventer le genre photographique du « leg art ». Ses magazines comme Legs That Dance To Elmer's Tune, Black Silk Stocking (1958), Sheer Delight (1958), Tip Top (1967), Nylon Double Take (1967) et Man's Favorite Pastime se composent principalement de photographies de jambes de femmes ornées de bas.

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Cette passion pour les jambes des femmes lui vaut au début des années soixante, une accusation pour obscénité : « c'était à cause des pieds dans les bas. Devant le tribunal, j'ai demandé ce que ça avait d'obscène et ils n'ont pas su me répondre, sauf pour me dire que c'était pervers36(*) ».

* 30 ST LAURENT Cécil, Histoire imprévu des dessous féminins, Paris, Ed.Hescher, 1986, p.270.

* 31 BOVE Emmanuel, Mes amis, Paris, Flammarion, 1977 (1ière édition 1924), p.32.

* 32 GATEAU Jean Charles, « Et la quatrième créa » in Chroniques des années froides (1947-1956), Grenoble, Pug, 1981, p.96.

* 33 LEPICIE Nicolas Bernard, La levée de Fanchon, 1773, huile sur toile, 74 x 193 cm, St Omer, Musée de l'hôtel Sandelin.

* 34 TOULOUSE-LAUTREC Henri de (1864-1901), Femme tirant sur son bas, 1894, huile et crayon sur toile, 58 x 46 cm, Paris, Musée d'Orsay.

* 35 BOUCHER François, La toilette intime, 1741, peinture sur toile, 52,5 x 66,5 cm, Luguno, Fondation Thyssen Bornemiza.

* 36 HANSON Dian, The history of girly magazines, Paris, Taschen, 2006, p.545.

Le porte-jarretelles, au plus haut des bas.

Mais les bas fonctionnent aussi avec le porte-jarretelles ou jarretière dans une sorte de dispositif érotique optimal. La jarretière peut marquer la frontière entre le sensuel et le sexuel, lisière de la pudeur, elle pose un obstacle excitant puisque aisé à franchir mais aussi constitue une dernière et symbolique étape. Rabelais signale la passion grivoise des Dames de Thélème qui les pousse à assortir leurs jarretières à leurs bracelets37(*).

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L'ordre très noble de la Jarretière (The Most Noble of the Garter) est le plus important ordre anglais de la chevalerie38(*). Sa fondation remonte en 1348, par le roi Edouard III. Selon la légende, la comtesse de Salisbury, maîtresse de roi, laisse tomber sa jarretière lors d'un bal de la cour. Le roi la ramasse vivement et la rend à la comtesse. Devant les plaisanteries des courtisans, il s'écrit : « Honni soit qui mal y pense». Il promet alors à cette favorite de faire de ce ruban bleu un insigne si prestigieux que les courtisans les plus fiers s'estimeront trop heureux de le porter. La phrase « Honni soit qui mal y pense» devient ensuite la devise de l'ordre.

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L'artiste Peter Driben a une prédilection pour les jarretières au détriment des porte-jarretelles. Ses pin-up ont très souvent une jarretière ornée d'un petit cœur rouge.

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L'autre accessoire de lingerie, le porte-jarretelles est inventé en 1878 par Féreol Dedieu pour remplacer la jarretière.

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Son succès est peut-être du à un certain esthétisme, comme le souligne Marlène Dietrich : « le porte-jarretelles permettait au moins d'avoir une ligne nette des cuisses à l'entrejambe quand on bougeait au lieu de cette horrible ligne transversale à mi-cuisse39(*) ». Il deviendra vite le symbole des dessous et des accessoires érotiques par excellence, dans de nombreux tableaux mais aussi au cinéma.

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Les scènes érotiques aux femmes tout en bas et en porte-jarretelles se multiplient : dans l'Ange bleu (1930) de Joseph van Sternberg (1894-1969),

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dans Cabaret (1972) de Bob Fosse (1925-1987),

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dans Mariage de Maria Braum (1979) de Fassdinder (1945-1982).

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Dans la littérature aussi, la jarretière ou les porte-jarretelles sont synonymes de séduction : « cette femme feignant de se dérober dans l'ombre pour attacher sa jarretelle et qui, dans sa pose immuable, est la seule statue que je sache à avoir des yeux : ceux même de la provocation40(*) ». Même constat dans les écrits de Henry de Montherland : « j'aime voir, en rose, sur leurs jambes nues, la marque laissée par leurs jarretières41(*) ».

En 1974, un article du numéro 4 de Cosmopolitan suggère de pendre dans sa salle de bain, pour impressionner et émoustiller l'amant de passage, « une culotte, un soutien-gorge pigeonnant et surtout un porte-jarretelles, à acheter de préférence noir avec des incrustations de dentelles chair ou même rouge, avec plein de volants et de rubans, que vous porterez sûrement jamais mais que vous étendrez bien en évidence sur un cintre de velours rose ou violet une bonne fois pour toute [...] afin que monsieur puisse l'admirer en pensant à toutes sortes de choses pendant que vous naviguerez à l'aise dans vos dessous tout confort42(*) ».

Les changements de mode font qu'aujourd'hui, les bas et le porte-jarretelles sont moins utilisés par les femmes. Mais lorsqu'ils se portent, c'est avec la conscience de ce qu'ils symbolisent, la femme érotique et séductrice, comme le souligne Jacques Laurent : « Avant la femme portait innocemment et naturellement un porte-jarretelles, aujourd'hui elle est consciente que cette attitude délibérée a une signification pour elle et pour l'autre43(*) ». Le porte-jarretelles est alors le lien privilégié entre celle qui s'en pare et celui qui y a accès. Il devient alors un signe dans le langage codé de la séduction et de l'érotisme.

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Ce dispositif érotique optimal (talon, bas, jarretière) trouve son apogée avec le tableau de Félicien Rops (1833-1898), Pornockrates44(*).

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Dans ce tableau, comme dans d'autres, Rops pousse à son extrême l'utilisation de parures diverses mais chargées de nombreuses connotations érotiques (bas, escarpins, jarretières, gants noirs ou rubans noués autour de la poitrine, de cou) pour mettre l'accent sur les parties du corps féminins érotiques ou sexuelles. Les seins, les jambes sont « offerts » à notre œil, de suite attiré sur ces parties grâce aux accessoires, aux agréments (Rops a une prédilection dans ses œuvres pour les rubans noués). Comme le souligne Néret : « Rops a niché les sept péchés capitaux dans un pli d'étoffe, et non pas animé, mais animalisé la robe, ce qui est mieux ou pire comme on voudra. Peintre de la perversité, il va de soi qu'il excelle dans le déshabillé. Ses retroussis de manches, ses nœuds de cou sont une invention merveilleusement significative. Il est l'inventeur en art de ces longs gants et ces grands bas noirs, qui sans rien perdre du modelé donnent un accent extraordinaire et pervers45(*) ». Rops, utilise bel et bien l'accessoire érotique comme quelque chose d'annexe, de complémentaire, de subsidiaire, comme une extension de ce qui est présent, de ce qui est directement accessible. Le coté provocant des tableaux de Rops ne provient pas de la présence de corps nus mais du fait que les parties du corps les plus sexuelles sont marquées d'un signe. Car la nudité n'a rien de provocant à moins qu'elle ne soit partielle, c'est-à-dire qu'un fétiche justement cache une partie de cette nudité. Le fétiche sur le corps donne à ce corps une dimension « exhibitionniste », dans un processus de passage du signe au signifiant.

* 37 NERET Gilles, 1000 dessous Histoire de la lingerie, Paris, Taschen, 2003, p.7.

* 38 Les premiers membres sont Edouard III lui-même, le prince de Galles (Edouard, le prince Noir), ainsi que vingt-quatre compagnons. Ces « chevaliers fondateurs », dont certains n'ont pas plus de vingt ans, sont des hommes d'armes, entraînés aux batailles et aux tournois. L'admission au sein de cet ordre donne à ses membres le droit au titre de « Sir ». Les bannières et les armoiries des compagnons chevaliers sont suspendus dans la chapelle de l'ordre : la chapelle St. George à Windsor. Chaque stalle est munie d'une plaque montrant le nom et les armes de l'occupant. Les bannières et armoiries restent en permanence au dessus de la stalle du chevalier, et ne sont retirées qu'à sa mort. St. George, patron des croisés, connu pour son combat face au dragon, est aussi le patron de l'ordre. Durant le Moyen Age, des femmes sont associées à l'ordre, et, sans être membres à part entière, assistent aux différentes réunions et fêtes. Mais, après la mort en 1509 de la mère de Henry VII (Lady Margaret Beaufort), l'ordre devient exclusivement masculin, à l'exception de la reine Alexandra une « Lady » de l'ordre. A partir de ce moment, d'autres femmes sont admises dans l'ordre, et, en 1987, la reine Elisabeth décide que leur éligibilité soit la même que celles des hommes. L'ordre a pour grand maître le roi ou la reine, et comprend, en outre trois chevaliers royaux (le prince de Galles, le duc d'Edimbourg, le duc de Kent), trois dames, vingt-quatre chevaliers anciennement choisis dans la plus haute noblesse, sept « extra knights » (dont les rois de Belgique, de Suède, d'Espagne et le grand duc de Luxembourg). Il est parfois conféré à des personnalités étrangères. Pendant la majeure partie de son histoire, l'Ordre de la Jarretière est exclusivement réservé aux personnes de l'aristocratie, mais aujourd'hui, en cas de places disponibles, les membres recrutés peuvent être d'origines diverses.

* 39 DIVA Maria, Marlène Dietrich par sa fille, vol.1, Paris, J'ai lu, pp.266-267.

* 40 BRETON André, Nadja, Paris, Gallimard, 1998 (1ière édition 1928), p.177.

* 41 DE MONTHERLAND Henry, La petite Infante de Castille, Paris, Gallimard, 1954 (1ière 1929), p.602.

* 42 CHENOUNE Farid, Les dessous de la féminité, un siècle de lingerie, Paris, Ed. Assouline, 1998, p.116.

* 43 NERET Gilles, «op. cit.», p.18.

* 44 ROPS Félicien, Pornockratès, 1878, aquarelle, pastel et gouache, 75 x 48 cm, Namur, Musée Félicien Rops.

* 45 NERET Gilles, L'érotisme en peinture, Paris, Nathan, 1990, p.104.

En fait, une mise en scène de la jambe.

Jusqu'aux années quarante, il semble qu'il n'est pas ou peu de nudité entière de corps féminin que ce soit dans les œuvres de l'art érotique officiel, dans la photographie érotique voire pornographique ou dans la presse masculine. Mais cette absence est largement compensée par les tenues fétichistes des modèles. C'est l'ère de la jambe, uniquement parce que c'est le seul endroit érotique des femmes que l'on peut dévoiler légalement (presse érotique). L'aspect sensuel des jambes féminines est renforcé par la présence de parures ou accessoires devenant des sortes de décors scéniques de l'anatomie féminine.

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Cette mise en scène, ce costume de la jambe trouve son apogée lorsque que sur les photographies ou dessins apparaissent en plus des talons, bas, jarretières ou porte-jarretelles, les dentelles de la culotte. Les jambes sont exagérées (démesurablement longues pour les pin-up) et glorifiées, enveloppées dans les bas, enserrées par la jarretière, juchées sur des talons vertigineux et se perdent dans les volants virginales des culottes.

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Il faudra attendre les années cinquante voir soixante pour que l'accent soit mis sur les seins notamment dans la photographie. L'année 1973 sera marquée par la première publication, dans la presse masculine, d'une photographie où les poils pubiens n'ont pas été censurés. A l'inverse, les fesses apparaissent très souvent dans la photographie érotique ou pornographique dès 1880, peut-être en raison de leur « situation géographique », au plus haut de la jambe.

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L'analyse de l'histoire de quelques accessoires érotiques, les plus conventionnels et les plus visibles dans l'art montre bien que l'accent est porté sur certaines parties du corps féminin. L'utilisation de ces accessoires agit comme un dispositif optimal de l'érotisation du corps féminin. La permanence de ces parures traditionnelles et leur banalisation permettent à celles-ci de se fixer dans la sphère mythique de l'imaginaire érotique. Ces accessoires déjà signes deviennent signifiants. Ils accèdent au statut d'accessoires de séduction. Les femmes se parent de manière à éveiller les désirs masculins. Mais ce désir est lui-même fixé et codifié dans un imaginaire érotique traditionnel, ce qui induit une certaine normalisation de la sexualité. Le désir masculin, alors standardisé et uniformisé dans la sphère du fantasme, introduit en retour une standardisation et uniformisation des corps féminins pour y répondre. Comme le remarque George Bataille : « par le soin qu'elle prête à sa parure, par le souci qu'elle a de sa beauté, que sa parure met en relief, une femme se tient elle-même pour un objet que sans cesse elle propose à l'attention des hommes46(*) ». La beauté et l'art de la séduction par cette utilisation d'objets, peuvent être alors qualifiés de valeurs symboliques.

* 46 BATAILLE George, L'érotisme, Paris, Les Editions de Minuit, 1957, p.145.

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