Histoire de 1999 à 2004

Le quartier entier les avait entendus, des jours durant, piler du verre, la mitraille de leurs bombes, sans que leurs parents se formalisent. Chez Eric, les policiers apercevront sans mal, en perquisitionnant, du bas de l'escalier, par la porte de sa chambre entrebâillée, le canon d'un fusil. Ils trouveront aussi un journal intime détaillant minutieusement les préparatifs du carnage, dont la première mention remonte à un an. Un an durant lequel les deux jeunes psychotiques n'ont pu échapper à leur délire à huis clos. Un an pendant lequel ils n'ont à aucun moment été confrontés à la curiosité, sinon au bon sens, d'un adulte. Un syndrome national et, dans leur cas, fatal. On disait la génération X - la masse des marmots nés entre 1965 et 1978 - angoissée et blessée par la vie morose de leurs parents, divorcés ou mal payés. Au moins connaissaient-ils leur famille. La génération Y, éclose plus tard, dans l'opulence de la croissance des années 90, est celle de l'isolement - au mieux, de la coexistence indifférente. Le double salaire, l'emploi assuré de papa et maman garantissent à ces jeunes un train de vie de nabab, contribuant à un marché de 122 milliards de dollars annuels claqués en joujoux technos qui n'appartiennent qu'à cette génération : jeux vidéo, ordinateurs et connections Internet, fringues, voyages et presse spécialisée. Une caverne d'Ali Baba techno ludique muée en identité culturelle, totalement distincte de celle de leurs vieux. Si fous fussent-ils, Eric et Dylan paraissaient vivre la vie normale de leur génération. Une existence quasi indépendante, totalement parallèle à celle de leurs parents, rebutés par cette culture inconnue. Des filles auraient, certes, parlé chiffons avec leur mère. Dylan discutait-il de sa BMW noire avec son père? Il préférait l'ordinateur, le jeu sanglant Doom, une boucherie qu'il répétait des nuits durant, dans le sanctuaire de sa chambre, ou Internet, ce monde sans friction avec le monde adulte, ce réseau de teen-agers qui depuis un an, sans broncher, observent les détails d'un meurtre annoncé. Dylan, par ce biais, aurait publié sa lettre de suicide. La police enquête encore. Est-ce vraiment la lettre de Dylan - ou celle d'un émule?

L'homme aux semelles légères est mort dans la nuit de Noël. Il habitait Fossil, dans l'Oregon. Il avait 88 ans et s'appelait Bill Bowerman. C'était le cofondateur de la firme Nike. Et le héros d'une de ces success stories que les Américains affectionnent particulièrement : celle qui commence dans un garage ou dans un coin de salon. La légende démarre cette fois-ci dans la cuisine de l'épouse Bowerman: c'est là que Bill, armé d'un moule à gaufres, d'un peu de latex, de cuir et de colle, aurait créé sa première semelle avant de la fabriquer en plus grande série dans son" garage. Ni cuisinier ni cordonnier, mais coach : Bill Bowerman est obsédé par la lourdeur des chaussures des coureurs à pied qu'il entraîne; et son «pupille» Phil Knight est d'accord avec lui sur l'urgente nécessité d'alléger le pied de l'athlète.


Ensemble ils créent en 1964 une entreprise qui ne s'appellera réellement Nike qu'en 1968, en hommage à la déesse grecque Athéna Niké, qui siège dans l'Olympe à côté de Zeus. On passe sur la suite de la légende qui veut que les deux créateurs soient allés vendre eux-mêmes, dans les compétitions sportives, leurs produits avant que la firme devienne l'empire que l'on connaît et" la multinationale qui sous-traite dans le monde entier.


L'effet Jordan. On dit aussi que les amateurs de jogging devraient élever à Bill Bowerman un temple pour avoir popularisé cette activité sportive dans un livre écrit en 1967. Comme le père des McDo, autre héros «typically» américain, il avait, ainsi que son compère Knight, un sens aigu du marketing. Bien avant d'utiliser les services du champion de basket Michael Jordan, ils sauront capitaliser sur la victoire des athlètes. La première grande opération de communication de ce genre remonte à 1972, quand, sur sept premiers du marathon des Jeux olympiques de Munich, Nike s'est attribué les pieds de quatre d'entre eux. En omettant bien sûr de crier sur tous les toits que les trois autres portaient des chaussures du concurrent Adidas. Bill Bowerman venait juste se retirer du comité exécutif de Nike. Son camarade des premiers jours, Phil Knight, qui est encore aux commandes, a pleuré hier son «héros». Hommage posthume : la silhouette de Bill coiffée de son éternel chapeau devrait bientôt apparaître (discrètement) sur de prochains modèles de chaussures de sport.

2000 : en décembre, George W.Bush devient le 43ème président des Etats-Unis.

 

Les Américains devraient se frotter les yeux, en se réveillant ce matin. Cette fois, il semble bien qu'ils aient un nouveau président. Après plus d'un mois de controverses et de tergiversations juridiques, la cour suprême des Etats-Unis a donné le dernier mot au candidat républicain George W. Bush, en arrêtant définitivement le décompte manuel des votes en Floride, sur lequel Al Gore comptait pour rattraper un retard de quelques centaines de voix. Toutefois, sans doute échaudé par les revirements qu'a connu l'après élections, George W. Bush s'est gardé de crier victoire, en faisant simplement savoir qu'il était «satisfait par la décision. De son côté, le vice-président devait examiner en détail la décision confuse des honorables juges, avant de se prononcer».En un temps record, l'arrêt des neufs juges a été rédigé «au nom de la cour» et comprend 13 pages. «Parce qu'il est évident que tout nouveau décompte cherchant à respecter la date du 12 décembre serait inconstitutionnel, nous infirmons le jugement de la Cour suprême de Floride, ordonnant que soit procédé à un décompte» ont écrit les juges.

«L'identité du perdant est parfaitement claire»

Mais sur 65 pages, quatre des juges expriment des opinions dissidentes : «Même si l'on ne connaîtra peut-être jamais avec une certitude absolue l'identité du vainqueur de cette élection présidentielle, l'identité du perdant est parfaitement claire : c'est la confiance du pays dans ses juges en tant que gardiens impartiaux du règne du droit». En dépit de cette décision controversée, des poids lourds du parti démocrate ont déjà lâché Al Gore. «Gore doit maintenant agir et admettre sa défaite», a estimé le secrétaire général du parti démocrate Ed Rendell. Pour le sénateur démocrate du New Jersey, Robert Torricelli, George W. Bush va «devenir le prochain président des Etats-Unis». Ils étaient bien loin des mots utilisés par le chef de campagne du vice-président, pour qui «Al Gore et Joe Lieberman examinent maintenant le jugement» publié dans la soirée par la Cour suprême des Etats-Unis.

La décision est complexe et longue. Il faudra du temps pour analyser cet avis. Il semble désormais difficile à Al Gore de persister dans une stratégie de contestation des résultats qui le feraient passer un peu plus pour un mauvais perdant, risquerait de lui retirer le soutien de ses amis politiques et compromettre sa carrière à long terme. Toutefois, la décision des juges promet d'être vivement critiquée, et d'entamer la confiance des citoyens dans une institution qui s'était gardée jusque-là d'intervenir dans des questions politiques en étalant ses divisions aux grand jour. «On se souviendra longtemps de cette élection comme ayant été décidée par une cour suprême conservatrice, en faveur d'un candidat conservateur, alors que les bulletins de vote qui auraient pu changer le résultat n'ont pas été comptés en Floride» estime le New York Times dans son éditorial. Un échantillon de ce qui attend George W. Bush. s'il devient le 43ème président des Etats-Unis.

 

Choisi par une courte majorité de juges partisans, battu nationalement dans les urnes de 300 000 voix par Al Gore, confronté à un Congrès divisé à l'extrême, le gouverneur du Texas aura fort à faire pour recoller les morceaux d'une nation en proie au doute quant à la légitimité de son président. Il semble l'avoir compris, en n'adoptant pas la position arrogante qui l'avait conduit à proclamer sa victoire quand la bataille n'était pas terminée. Reste à voir si Al Gore compte l'aider dans cette voix, en reconnaissant sa défaite.

2001 : le 11 septembre, les Etats-Unis sont victimes de la plus grave attaque terroriste de l'histoire mondiale (3.000 morts).

 

La vague de terrorisme sans précédent a frappé mardi 11 septembre 2001 au matin les centres névralgiques du pouvoir économique et militaire des Etats-Unis. La journée noire a débuté quelques minutes avant 9h00 heure locale, tandis que des dizaines de milliers de personnes commencent leur journée dans l'île de Manhattan à New York.

 

Le film des événements

La journée noire a débuté quelque minutes avant 09h00 heure américaine (15 heures, heure de Paris), au moment où se remplissaient les bureaux lorsqu'un avion de ligne s'est encastré dans une des tours jumelles du World Trade Center (WTC), les deux tours hautes de 400 m, symbole de New York, au sud de Manhattan.

Dix-huit minutes plus tard, un second Boeing est venu s'écraser sur la tour numéro deux, sous les caméras de la télévision. L'attentat ne faisait plus de doute. On apprenait ensuite que les avions avaient été détournés.

Un peu plus tard un troisième avion est venu s'écraser sur le Pentagone, siège de l'armée américaine, à Washington.

Un quatrième appareil s'est écrasé dans une zone boisée près de Pittsburgh, en Pennsylvanie.

- 8H45 locales: Un avion de ligne frappe de plein fouet l'une des tours du World Trade Center à New York, ouvrant un trou béant dans la façade. Une épaisse fumée se dégage des étages supérieurs.

- 9H03: Un autre avion de ligne s'écrase contre la seconde tour du World Trade Center. Le choc provoque une violente explosion, suivie en direct par les télévisions.

- 9H30: Le président George W. Bush, en déplacement en Floride, déclare qu'il s'agit "apparemment d'une attaque terroriste".

- 9H40: Les autorités américaines de l'aviation civile (FAA) ordonnent l'annulation de tous les vols commerciaux aux Etats-Unis.

- 9H43: Un avion de ligne s'écrase sur le Pentagone, provoquant deux explosions.

- 9H45: A Washington, la Maison Blanche est évacuée, peu après le Pentagone (département de la Défense).

- 10H05: L'une des tours du World Trade Center s'effondre après avoir explosé, dans un immense nuage de poussière.

- 10H06: Un Boeing 757 de United Airlines assurant la liaison Newark-San Francisco s'écrase dans l'ouest de la Pennsylvanie, entre New York et Washington.

- 10H28: La seconde tour du World Trade Center s'écroule à son tour.

- 10H50: La compagnie aérienne United Airlines annonce à Paris qu'un des avions de la catastrophe du World Trade Center, un B737, lui appartient.

- 11H02: Le maire de New York, Rudolph Giuliani, demande aux New-Yorkais de quitter le sud de l'île de Manhattan.

- 11H38: La compagnie aérienne American Airlines annonce la perte de deux avions de ligne transportant au total 156 personnes.

- 11H53: Le trafic ferroviaire est suspendu dans le nord-est des Etats-Unis entre Washington et Boston.

- 13H04: Le président George W. Bush, qui s'est rendu en Louisiane après la Floride, déclare que les forces armées américaines sont en "état d'alerte maximale" et promet de "pourchasser et punir" les responsables des attentats.

- 16H54: L'explosion et l'effondrement des deux tours du World Trade Center ont fait un nombre "terrible" de victimes, déclare M. Giuliani sans toutefois donner de chiffres.

- 17H25: un troisième immeuble de 47 étages, voisin des tours du World Trade Center, s'effondre.

- 20H30 : dans une allocation télévisée aux Américains, George W. Bush fait état de "milliers de morts" et indique que Washington ne fera pas de différence entre les terroristes et ceux qui les abritent. Il précise que le gouvernement fédéral reprendra ses activités mercredi matin.

Texte du discours prononcé mardi soir par George W. Bush à la Maison Blanche

"Bonsoir,

Aujourd'hui nos concitoyens, notre mode de vie, notre liberté même, ont été agressés par une série d'actes terroristes délibérés et meurtriers. Les victimes étaient dans des avions ou dans des bureaux: secrétaires, hommes d'affaires, hommes et femmes, militaires et fonctionnaires fédéraux, mères et pères, amis et voisins. Des milliers de vie ont soudain été fauchées par des actes de terreur, maléfiques et méprisables.

Les images d'avions percutant en vol des immeubles, d'incendies, d'énormes structures s'effondrant nous ont rempli de stupéfaction, d'une tristesse terrible et d'une colère calme mais sans faille. Ces actes meurtriers à grande échelle étaient destinés à effrayer notre nation en la plongeant dans le chaos et le repli. Mais ils ont échoué. Notre pays est fort. Un grand peuple s'est levé pour défendre une grande nation. Les attentats terroristes peuvent secouer les fondations de nos immeubles les plus hauts, mais ils ne peuvent pas ébranler les fondations de l'Amérique. Ces attaques brisent l'acier, mais ne peuvent entamer l'acier de la détermination américaine.

L'Amérique a été prise pour cible parce qu'elle est le phare le plus brillant de la liberté et de la possibilité d'entreprendre dans le monde. Et personne n'empêchera cette lumière de briller. Aujourd'hui notre pays a vu le mal, ce qu'il y a de pire dans la nature humaine. Et nous avons réagi avec ce qu'il y a de mieux en Amérique, par l'audace de nos sauveteurs, les soins à autrui, les voisins qui sont venus donner leur sang et aider de toutes les manières.

Immédiatement après le premier attentat, j'ai déclenché nos plans d'urgence. Nos armées sont puissantes et sont prêtes. Nos équipes d'urgence sont à l'oeuvre à New York et Washington pour contribuer aux efforts locaux de sauvetage. Notre priorité première est d'aider les blessés et de prendre toutes les précautions pour protéger nos concitoyens chez eux et à travers le monde contre de nouvelles attaques.

Le fonctionnement de ce gouvernement continue sans interruption. Les agences fédérales à Washington qui avaient dû être évacuées aujourd'hui sont en train d'être rouvertes pour le personnel essentiel ce soir et seront ouvertes normalement demain. Nos institutions financières restent solides et l'économie américaine va tourner également normalement. Les recherches sont en cours pour retrouver ceux qui sont derrière ces actes funestes.

J'ai donné l'ordre pour que toutes nos ressources en matière de renseignement et de de police s'attèlent à retrouver les responsables et à les traduire en justice. Nous ne ferons aucune distinction entre les terroristes qui ont perpétré ces actions et ceux qui les protègent.

J'ai beaucoup apprécié que les membres du Congrès se joignent à moi pour condamner avec fermeté ces attentats. Et au nom du peuple américain, je remercie les nombreux dirigeants étrangers qui ont appelé pour offrir leurs condoléances et leur aide. L'Amérique, ses amis et alliés se joignent à tous ceux qui veulent la paix et la sécurité dans le monde et nous sommes unis pour gagner la guerre contre le terrorisme.

Ce soir, je vous demande de prier pour tous ceux qui sont dans la douleur, pour les enfants dont l'univers a été brisé, pour tous ceux dont la sécurité a été menacée. Et je prie pour qu'ils puissent être réconfortés par une puissance qui nous est supérieure dont les paroles ont été rapportées à travers les âges dans le Psaume 23: "quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi". C'est un jour où tous les Américains d'où qu'ils viennent s'unissent dans notre détermination à rechercher la justice et la paix. L'Amérique a fait front aux ennemis dans le passé et nous le referons encore".

Aucun d'entre nous n'oubliera jamais cette journée. Pourtant, nous continuons à défendre la liberté et tout ce qui est bon et juste dans ce monde.

Merci. Bonsoir et que Dieu bénisse l'Amérique"

 

2003 : en mars-avril, guerre en Irak, suivie par l'occupation militaire du pays par la coalition formée par les Etats-Unis. En septembre, les Etats-Unis rejoignent l'Unesco, après vingt ans de désertion. Le 7 octobre, Arnold Schwarzenegger est élu gouverneur de la Californie.

 

20 mars : Lancement de l’opération militaire américano-britannique « Liberté de l’Irak ». Des séries de raids et de bombardements frappent plusieurs sites dans la capitale irakienne une heure après l’expiration de l’ultimatum lancé par Washington à M. Saddam Hussein pour qu’il quitte l’Irak. Des missiles sont tirés à partir de navires stationnés dans le Golfe, en mer Rouge et en Méditerranée. Dans la soirée, les forces terrestres américaines et britanniques pénétrent en Irak depuis le Koweït, avec blindés et artillerie, en enserrant la ville irakienne d’Oum Qasr, à la frontière avec le Koweït. De nombreux raids aériens visent Bagdad et ses environs les jours suivants, Bassorah dans le sud de l’Irak, Mossoul dans le nord ainsi que la région de Kirkouk, ville située dans le Kurdistan irakien. De violents combats ont lieu à Nassiriah située au sud-est de Bagdad.

28 mars : Reprise du programme des Nations unies « Pétrole contre nourriture » en Irak. L’adoption à l’unanimité au Conseil de sécurité de l’ONU de la résolution 1472 permet la réactivation du programme suspendu depuis le 18 mars 2003 en raison de la guerre en Irak. Il assure la subsistance quotidienne de 60% de la population irakienne par le biais des exportations de pétrole de Bagdad sous contrôle de l’ONU. Le programme a été mis en place en 1996 pour alléger l’impact des sanctions prises contre l’Irak au lendemain de l’invasion du Koweït et il était révisé tous les six mois.

9 avril : Prise de Bagdad par les forces américaines. Après la prise de contrôle, le 4 avril, de l’aéroport international près de Bagdad, les chars et blindés américains entrent le 5 dans Bagdad par le sud-ouest. Le 7, après d’intenses bombardements aériens sur la ville, et notamment sur une cible où sont censés se trouver M. Saddam Hussein et ses fils, les blindés américains s’emparent de plusieurs palais présidentiels. Le 8, l’hôtel Palestine où loge la presse est bombardé, deux journalistes sont tués et trois blessés. Le 9, les chars américains arrivent sur la place Al-Ferdaous, où la statue de l’ancien dictateur est renversée avec l’aide d’une centaine d’Irakiens. La plus grande partie de Bagdad est alors contrôlée par les forces américaines. La population se livre à des pillages à grande échelle.

14 avril : Chute de Tikrit en Irak, bastion de M. Saddam Hussein. Après la prise de contrôle par les forces britanniques de la ville de Bassorah, au sud de l’Irak, le 8 avril, celle de Kirkouk au nord par les forces kurdes appuyées par les forces spéciales américaines, le 10 avril, la ville de Mossoul, également au Kurdistan irakien, tombe le 11, après un accord pour une capitulation sans combats entre les commandants irakiens de l’armée régulière et les Etats-Unis. Le 14, la ville de Tikrit, au nord de Bagdad, ville natale de M. Saddam Hussein et d’où sont originaires la plupart des dirigeants du régime irakien, tombe aux mains des forces américaines, qui rencontrent peu de résistance. Ainsi s’achève l’essentiel de l’offensive militaire Liberté de l’Irak, 26 jours après son lancement. Des affrontements entre factions arabes et kurdes continuent cependant à Mossoul.

15 avril : Réunion de l’opposition irakienne à Ur. Une soixantaine de délégués irakiens, représentant des mouvements chiites et sunnites, des Kurdes et les monarchistes sont réunis près de Nassiryah, pour la première fois depuis la chute du régime de M. Saddam Hussein, sous l’égide des Etats-Unis et sous la présidence du général Jay Garner. Le principal mouvement d’opposition chiite, le Conseil suprême pour la révolution islamique en Irak (SCIRI), basé en Iran, a refusé d’y participer.

22-23 avril : Le pélérinage de Kerbala réunit des centaines de milliers de chiites irakiens. Après des années de répression sous l’ancien régime, les musulmans chiites, qui sont 60% des 25 millions d’Irakiens, célèbrent la renaissance de leur identité dans la cité emblématique de leur confession.

1er mai : Six semaines après le début de la guerre, M. George W. Bush annonce dans une allocution, que « l’essentiel des opérations militaires est terminé », mais avertit que la tâche reste difficile dans le pays et que la guerre anti terroriste continue.

6 mai : Nomination du diplomate américain Paul Bremer au poste d’administrateur civil provisoire en Irak. Il remplace à ce poste le général à la retraite Garner, qui était en fonction depuis le 21 avril.

22 mai : Résolution de l’ONU levant les sanctions internationales contre l’Irak. La résolution 1483 adoptée au Conseil de sécurité par 14 des 15 membres, la Syrie n’ayant pas participé au vote, prévoit une levée immédiate de toutes les sanctions internationales imposées depuis 1990 à l’Irak, à l’exception de celles sur les armes. Elle donne de larges pouvoirs aux forces d’occupation anglo-américaines pour gérer l’économie et l’avenir politique du pays et prévoit l’élimination progressive au bout de six mois du programme « Pétrole contre nourriture ». Un Fonds pour le développement de l’Irak est créé, sous l’égide de la banque centrale irakienne, chargé de gérer les revenus tirés des exportations pétrolières du pays jusqu’à l’entrée en fonction du nouveau gouvernement.

30 mai : Rapport de la CCVINU sur les armes de destruction massive en Irak. M. Hans Blix, chef des inspecteurs de l’ONU en Irak, présente au Conseil de sécurité un bilan général des inspections effectuées entre le 27 novembre 2002 et le 18 mars 2003, date de la suspension des activités de la CCVINU en raison de l’intervention armée en I’Irak. Pendant toute la période au cours de laquelle elle a mené ses activités d’inspection, la Commission n’a trouvé aucun élément indiquant la poursuite ou la reprise des programmes de fabrication d’armes de destruction massive. Le rapport de la Commission souligne également qu’il revenait à la partie irakienne de dévoiler des produits non répertoriés, s’ils existaient, ou de donner des preuves de leur non-existence, faute de quoi, la communauté internationale ne serait pas en mesure en conclure que l’Irak a mis fin aux programmes prohibés.

Juin : Opérations militaires américaines en Irak contre la guérilla sunnite. Alors que le président George W. Bush annonçait le 1er mai la fin des opérations de combat en Irak, l’armée américaine doit faire face, depuis début mai, à des attaques quasi quotidiennes dans la région sunnite. Le 9 juin, les Américains engagent l’opération « Péninsule » au nord de Bagdad, puis le 15 juin l’opération « Scorpion du désert » à l’ouest et au nord-ouest de la capitale pour neutraliser les partisans de l’ex-régime baasiste. Le 29 juin, les forces américaines lancent l’opération « Crotale du désert » alors que les accrochages armés se multiplient.

22 juillet : Les deux fils de M. Saddam Hussein, Oudaï et Qoussaï, sont tués lors d’un raid des forces américaines contre une maison dans laquelle ils s’étaient retranchés, suite à l’information donnée par un proche sur leur présence. Les deux hommes étaient les personnes les plus recherchées de l’ancien régime irakien, après le dictateur lui-même.

13 juillet : Mise en place du Conseil de gouvernement transitoire irakien, constitué de 25 membres respectivement chiites, sunnites, kurdes, chrétien, turkmène, le Conseil « autodésigné » a la charge d’étudier les modalités possibles de présidence, d’établir un programme d’action pour relancer l’économie, restaurer la sécurité, et à moyen terme, préparer une Constitution et organiser des élections.

19 août : Attentat au camion piégé contre le Canal Hotel où se situaient les locaux de l’ONU, qui provoque la mort de Sergio Vieira de Mello, Haut Commissaire aux droits de l’homme. Le diplomate avait été nommé le 23 mai représentant spécial de M. Kofi Annan en Irak pour y superviser le rôle de coordination humanitaire et de conseil politique joué par les Nations unies auprès de la coalition américano-britannique. Il semblait directement visé par l’attentat qui coûte également la vie à 23 personnes et fait plus d’une centaine de blessés.

7 octobre : Le Parlement d’Ankara (Turquie) approuve, par une large majorité de 358 voix contre 183, la motion déposée par le gouvernement pour l’envoi d’un important contingent de soldats turcs en Irak pour une période d’un an.

16 octobre : Le Conseil de sécurité de l’ONU adopte à l’unanimité la résolution 1511 sur l’Irak. La résolution donne au secrétaire général Kofi Annan toute latitude pour décider de la forme de l’engagement en Irak des Nations unies, auxquelles est dévolu un rôle crucial.

Octobre-novembre : Alors que des attaques quotidiennes sont perpétrées contre les forces de la coalition, 116 soldats sont tués entre le 1er mai et le 31 octobre, et le nombre d’attentats à la voiture piégée et de victimes civiles irakiennes ne cessent d’augmenter.

9 décembre : Décision du Japon d’envoyer des troupes en Irak. C’est la première intervention de l’armée japonaise depuis 1945 dans une zone de guerre.

13 décembre : Capture de l’ancien dictateur irakien à Tikrit. Il est débusqué au cours d’une opération baptisée « Aube rouge » par 600 soldats américains, alors qu’il se cachait dans un abri souterrain près de sa ville natale de Tikrit. Il pourrait être traduit devant le tribunal spécial chargé de juger les crimes de l’ancien régime, créé le 10 décembre 2003 par le Conseil de gouvernement transitoire irakien. Le dictateur était en fuite depuis la chute de Bagdad le 9 avril 2003.

Lors d’un discours devant l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2002, George W. Bush avait créé la surprise en annonçant le retour des États-Unis au sein de l’Unesco, l’organisation culturelle des Nations unies. En février 2003, lorsque les yeux du monde étaient rivés sur le Golfe persique, l’administration Bush demandait au Congrès de débloquer les 17,4 millions de dollars (14,8 millions d’euros) nécessaires à cette réintégration. Cette annonce fut interprétée comme un geste d’ouverture, à l’heure où le gouvernement américain s’efforçait d’obtenir l’adhésion internationale à son projet de désarmement de l’Irak. Mais, loin de promouvoir la collaboration internationale, l’adhésion à l’Unesco constitue, pour les Etats-Unis, une arme supplémentaire dans la guerre contre le terrorisme.

WASHINGTON, DC - En 1984, les États-Unis, le Royaume-Uni et Singapour ont décidé de quitter l’Unesco. Ce départ marquait leur protestation contre la mauvaise gestion, la corruption et le penchant marqué de l’organisme pour les pays du tiers-monde ; le G77, groupe composé de pays en voie de développement, souhaitait instaurer un système d’accréditation des journalistes, limitant ainsi le contrôle occidental sur l’information, et la délégation américaine y avait vu une menace à la liberté d’expression. Par ailleurs, selon Ray Wanner, délégué des États-Unis à l’Unesco pendant vingt-trois ans, “certaines personnes du gouvernement américain, essentiellement des républicains de droite qui voulaient quitter l’Unesco parce qu’ils n’aimaient pas le système des Nations unies dans son ensemble, ont saisi cette occasion.” Dans leur esprit, “le retrait de l’Unesco n’était que le premier pas vers le retrait de l’ONU et la neutralisation d’un système qui limitait [les] possibilités [des États-Unis] d’agir unilatéralement dans le monde.”

Depuis l’arrivée en 1999 de l’ancien ministre adjoint des Affaires étrangères du Japon, Koïchiro Matsuura, au poste de directeur général de l’Unesco, l’organisation s’est rachetée une conduite, limitant le nombre de ses employés, recrutant en fonction des compétences, fournissant une plus grande transparence des comptes et réaffirmant son engagement en faveur de la liberté de la presse et de l’éducation pour tous. Trois ans plus tard, George W. Bush a annoncé à l’ONU le projet de réintégration des États-Unis et, en février 2003, son administration a demandé au Congrès de débloquer les 17,4 millions de dollars nécessaires à ce retour.

Si cette nouvelle adhésion à l’Unesco semble aller à l’encontre de la politique actuelle de l’administration américaine, qui préfère se retirer des accords multilatéraux et réduire les budgets alloués à la diplomatie, le département d’État l’envisage comme un prolongement de sa politique extérieure, aujourd’hui dédiée à la lutte contre le terrorisme. Présentant son budget devant la commission des affaires étrangères du Sénat, le secrétaire d’État Colin Powell a salué le travail de l’Unesco qui, a-t-il dit, contribue à la paix et à la sécurité tout en assurant la promotion de la collaboration et de la compréhension entre les cultures.

Les intérêts nationaux américains

Mais il a aussi mentionné une volonté stratégique de “continuer à éliminer tout soutien aux terroristes et de les priver ainsi de toute base de repli, grâce à une diplomatie culturelle persévérante, aux programmes [américains] d’échanges culturels et éducatifs et à la diffusion internationale de programmes audiovisuels.” Il a rappelé que les États-Unis consacrent 296,9 millions annuels de dollars à cette diplomatie de la communication “qui inclut des projets culturels et d’information menés par des missions à l’étranger. Ces ressources sont utilisées pour toucher, informer et influencer les publics étrangers, et pour élargir le dialogue entre les institutions et les citoyens des États-Unis et d’autres pays.”

Ce retour à l’Unesco jouit d’un soutien bilatéral grâce au démocrate Tom Lantos, élu de Californie et chef de la minorité démocrate au sein de la commission des relations internationales de la Chambre des représentants. “L’adhésion à l’Unesco va très clairement dans le sens des intérêts nationaux américains, estime le parlementaire. En promouvant l’éducation et la collaboration scientifique dans le monde, l’Unesco lutte contre les menaces nouvelles qui pèsent sur la sécurité des États-Unis, au nombre desquelles les risques environnementaux, la corruption des dirigeants et la propagation de maladies infectieuses.”

Lors de la conférence générale de l’organisation, qui doit se tenir à Paris du 28 septembre au 18 octobre, les diplomates américains rencontreront les représentants de 189 pays, dont 130 à un niveau ministériel. Pour Ray Wanner, ce retour à l’Unesco offrira aux États-Unis de nouvelles possibilités d’exercer une diplomatie de la communication : “L’Unesco peut offrir un point de rencontre aux plus grands penseurs de l’islam et de la chrétienté afin qu’ils délibèrent sur la question suivante : cette incompréhension est-elle irrémédiable ? L’Unesco offre un espace pour ces échanges d’idées, c’est une occasion magnifique pour nous à condition que nous sachions nous en servir.”

Arnold Schwarzenegger a réussi à faire adopter la construction d'un TGV San Diego-Sacramento, lors d'un référendum tenu le 4 novembre 2008. Ce train à grande vitesse est une autre réalisation du gouverneur de la Californie, qui continue à investir dans des énergies propres et à persister dans sa lutte contre la pollution. Jetons un regard sur cet homme qui est appelé le «géant vert»(1) et qui fait de la Californie l'État le plus avant-gardiste des États-Unis au niveau de sa politique environnementale.

 

Son accession au pouvoir

Arnold Schwarzenegger se présente pour la première fois comme gouverneur de la Californie, à des élections extraordinaires, le 7 octobre 2003. Cette élection est extraordinaire parce qu'elle survient un an après la réélection du gouverneur démocrate Gray Davis et qu'elle sert à le destituer en raison de sa mauvaise gestion économique de l'État. Il s'agit d'une procédure qui n'avait pas été utilisée depuis 82 ans aux États-Unis(2). Cette procédure, qui vise à révoquer un gouverneur dans le but de le remplacer par un autre, est appelée «Recall»(3). Arnold Schwarzenegger est élu à cette occasion en 2003, au poste de gouverneur de la Californie, avec plus de 48,3 % des votes. Par la suite, le 7 novembre 2006, il est réélu en faisant campagne sur l'environnement.

 

Arnold Schwarzenegger est-il réellement un républicain ?

Arnold Schwarzenegger arrive aux États-Unis en 1968, à l'âge de 21 ans. Il découvre la politique américaine avec les élections de 1968 qui opposent deux principaux candidats à la présidence des États-Unis : Hubert Humphrey chez les démocrates et Richard Nixon du côté des républicains. Il raconte ses origines partisanes en ces termes : «Humphrey parlait de protectionnisme et d'idées libérales, ça me rappelait le socialisme autrichien. Nixon proposait des réductions d'impôts, moins de gouvernement, une armée plus forte et le libre-échange, et je me suis dit : je suis républicain !(4)»

 

Cependant, même s'il se définit comme un républicain, Arnold Schwarzenegger qui est marié à Maria Shriver, une héritière du clan Kennedy, défend des positions davantage démocrates que républicaines. Il est, par exemple, en faveur de l'avortement, il se positionne pour le contrôle des armes à feu et il souhaite mettre en place une assurance médicale universelle en Californie. De plus, malgré son support à la guerre en Irak, il souhaite, tout comme les démocrates, le retrait progressif des troupes américaines. Enfin, la majorité de sa campagne pour sa réélection en 2006, était faite sur le sujet de l'environnement. Un thème qui est habituellement défendu par le Parti démocrate.

Pour sa part, le gouverneur de la Californie se dit être centriste. En parlant de ses positions politiques et de sa place au sein du Parti républicain, il affirme dans une entrevue à Paris Match : «Moi, je suis fermement au centre». Toutefois, il est intéressant de constater que lors de la dernière élection, deux des journaux ayant soutenu la candidature de Schwarzenegger, qui sont, le Los Angeles Time et le San Francisco Chronicle, sont tous deux des journaux de centre-gauche.

 

Les positions politiques du gouverneur de la Californie ont souvent entraîné des conflits entre lui et le gouvernement de George W. Bush, principalement sur le sujet de l'environnement. Le refus de Bush de signer le protocole de Kyoto et d'imposer des mesures contraignantes à l'industrie, va à l'encontre des batailles menées par Schwarzenegger pour défendre l'environnement en Californie. En parlant de la lutte contre les gaz à effet de serre, Schwarzenegger dira lors d'une conférence en Ontario, au Canada : « on n'a plus le temps d'attendre sur le fédéral »(5). Il ajoutera : « aux États-Unis comme ailleurs, les gouvernements régionaux doivent agir même si leur gouvernement fédéral ou national ne bouge pas »(6).

La Californie : l'État le plus vert des États-Unis

Arnold Schwarzenegger a fait beaucoup pour la Californie dans le domaine de l'environnement, ce qui fait de cet État un modèle pour les autres États américains ainsi que pour le reste du monde. Les réalisations du gouverneur de la Californie dans ce domaine sont multiples.

Premièrement, il a fait adopter, le 27 septembre 2006, une loi sur les gaz à effet de serre (GES), le Global Warming Solutions Act. Cette loi, adoptée par l'État de la Californie, impose aux industries californiennes une réduction des GES au niveau enregistré en 1990, d'ici 2020(7). Il y a quelques années, l'État avait aussi adopté une loi sur la construction des automobiles qui impose à l'industrie de réduire la production de CO2 des prochaines voitures en vente. La loi démontre qu'il devra y avoir d'ici 2016 «une augmentation de 30% du rendement énergétique des voitures » vendues dans l'État(8).

 

À la suite de l'adoption de ces lois, le gouverneur de la Californie a tenté de convaincre les autres États américains de faire partie de cette initiative. Les États de Washington, de l'Oregon, de l'Arizona et du Nouveau-Mexique se sont regroupés, avec la Californie, pour créer l'Initiative des États de l'Ouest. Ce groupe a comme objectif la limitation des gaz à effet de serre et une bourse d'échange des quotas de gaz polluants(9).

Ensuite, Schwarzenegger a rendu visite aux dirigeants de nombreux pays dans le but de créer des partenariats. Il a fait une visite au Canada afin de mettre sur pied un nouveau partenariat pour réduire les gaz à effet de serre provenant des automobiles. Il a rencontré aussi le premier ministre canadien Stephen Harper. Ensuite, il a visité le président de la France, Nicolas Sarkozy avec lequel il a discuté de la lutte contre le réchauffement climatique. De cette rencontre, a ressorti l'idée de la fabrication d'un TGV en Californie. La journée suivante, il a fait la rencontre de Tony Blair avec lequel il s'est engagé dans la lutte aux gaz à effet de serre. Finalement, il s'est arrêté à l'Organisation des Nations unies pour faire un discours devant les représentants de 150 pays sur les réalisations de l'État californien contre le changement climatique.

Enfin, les analystes ont eu de nombreux doutes sur les capacités de gouverner de la vedette hollywoodienne, à son arrivé au pouvoir. Au cours des années, Schwarzenegger a su leur démontrer qu'il était bien plus qu'une «image» de l'industrie cinématographique. Son avant-gardisme dans le domaine de l'environnement, par exemple, lui a donné une importance majeure aux États-Unis ainsi qu'une certaine reconnaissance sur la scène internationale.

2004 : en mai, Michael Moore reçoit la Palme d'Or à Cannes pour son film-pamphlet contre l'Amérique de Bush, Fahrenheit 9/11, Georges W.Bush est réélu président en novembre, face à John Kerry.

 

Depuis les isoloirs de Floride du siècle nouveau jusque sur les plaines pétrolifères d'Irak, Michael Moore dissèque les étranges et effrayants mécanismes qui motivent l'âme économique des Etats-Unis. En mettant le doigt dans les plaies de son pays, Moore livre un combat plus virulent que jamais.

ŒUVRE DE SALUBRITE PUBLIQUE

C'est après une séquence d'introduction retraçant la manière pitoyable dont Bush Junior a été élu à la tête de la plus puissante nation du monde que le vrai film de Michael Moore commence. D'abord un écran noir et de lourdes basses qui font trembler le sol. Deux avions s'écrasent sur les tours du World Trade Center sans aucune image. Des sons devenus aveugles contrastent avec les traditionnelles images muettes qui ont submergé les médias après le 11 septembre. Clairement, Moore n'a pas cherché à traiter le sujet comme les autres, en affichant d'emblée une sobriété, une pudeur et une certaine distance là où d'autres médias ont fabriqué de l'emphase sur le fond d'un drame humain sans précédent. L'image des tours ira se refléter dans les yeux de ces hommes et de ces femmes, hagards, qui regardent vers le ciel sans comprendre ce qui se passe. Et elle se verra surtout dans ces quelques plans au ralenti, véritables cadres de cinéma où des êtres humains courent au milieu des débris avec, au premier plan, pathétique, un listing d'ordinateur, probablement tombé du haut de l'une des tours. Images que l'on croirait irréelles, fabriquées, portées par une beauté morbide, volées au réel le plus dur. Pour son Fahrenheit 9/11, Michael Moore n'abandonne pas ses propres idées de mise en scène et d’écriture si acides, il les remet juste dans la perspective de son propos – tout en se mettant moins à l’image, mais en continuant d’assurer une voix-off omniprésente. Au risque d’amenuiser la folie de son film. Ici pas de petit dessin animé racontant l’histoire de l’Amérique comme pour Bowling for Columbine. Mais ce qu'il perd en fantaisie, il le gagne en spontanéité mordante, en constat d’urgence.


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