La population

La plupart des Etats de l'Ouest américain connaissent la plus forte croissance démographique de l'ensemble du territoire américain depuis une bonne décennie.

 

La Californie n'échappe pas à la règle : en un siècle, sa population est passée de 1,5 million d'habitants à plus de 36 millions aujourd'hui. C'est l'Etat le plus peuplé d'Amérique. Les villes comme San Diego s'étendent dans les espaces désertiques. Les uns sont attirés par le dynamisme économique des villes de ces dernières années; les autres, pour la plupart retraités, s'installent dans la Sun Belt (qui s'étire de la Californie au Nouveau-Mexique) pour profiter de la douceur du climat.

Les communautés ethniques représentent plus de la moitié de la population de la Californie. D'ailleurs, vous aurez presque autant de chances de parler l'espagnol que l'anglais ! Oui; il s'agit là d'une réalité bien vivante. Les Latinos couvrent 32 % de la population californienne. Dans cet Etat, il naît désormais plus de José que de Michael. Certes, les Etats du Sud étaient en territoire mexicain avant qu'ils ne tombent dans l'escarcelle américaine...Mais la population hispanique a surtout augmenté durant la dernière décennie (+ 58 % entre 1990 et 2000 pour l'ensemble des Etats-Unis contre 9 % pour la croissance démographique nationale); les Latinos sont désormais plus nombreux que les Noirs. Et, en 2050, ils devraient représenter un quart de la population totale américaine (plus de la moitié de la population californienne).

Certains parlent même de reconquête pacifique des terres du Sud ! Les firmes américaines dans la zone frontalière avec le Mexique (la "Mexamérique") se sont multipliées. La main-d'œuvre y est bon marché. De nombreux Mexicains traversent la frontière, parfois au péril de leur vie, attirés par un rêve américain toujours bien vivant dans les esprits. Et ce ne sont pas les 9 km de mur qui séparent les villes de San Diego et de Tijuana qui vont les en empêcher !

La mondialisation est tout à la fois un phénomène économique, social et géographique. Elle contribue à façonner l'espace. Les espaces transfrontaliers en sont l'illustration. Ils constituent une forme d'interface entre des espaces aux caractéristiques très différentes.

Une maquiladora, ou son abréviation maquila, est l’équivalent des zones de traitement pour l’exportation (export processing zone, EPZ). Ce terme désigne une usine qui bénéficie d'une exonération des droits de douane pour pouvoir produire à un moindre coût des marchandises assemblées ou transformées à partir de composants importés pour être ensuite exportées.


Les maquiladoras sont nées au milieu des années 1960 au Mexique, dans les zones frontalières avec les États-Unis d'Amérique. Ce sont pour l'essentiel des industries manufacturières qui ont besoin de beaucoup de main-d'œuvre : elles fabriquent entre autres des vêtements, de l’électronique, des pièces automobiles. En 2000, près de quatre mille de ces usines fonctionnaient dans ce cadre, employant plus d'un million trois cent mille personnes et représentant le tiers des importations.

Les investissements étrangers (IDE) au Mexique proviennent largement des États-Unis : en effet ils représentent 61 % des IDE pour l'année 2000, très loin devant ceux réalisés par les pays de l'Union Européenne (19,2 % pour Royaume-Uni, l'Espagne, la France, les Pays-Bas, et l'Allemagne réunis).

 

Les Maquiladoras sont des usines d'assemblage implantées au Mexique - notamment à proximité de la frontière américaine - les investissements viennent de firmes américaines qui trouvent sur place une main d'œuvre abondante et bon marché (importants flux de main d'œuvre vers le nord du Mexique. Une fois assemblés, les produits sont vendus sur le marché américain.

 

L'Accord de Libre Echange Nord Américain constitue un espace de libre circulation des marchandises et des capitaux sans droits douaniers aux frontières (pas de libre circulation des personnes) entre trois pays : les États-Unis, le Canada et le Mexique. L'ALENA est entré en vigueur en 1994, cet Accord a contribué à faire émerger la dynamique spatiale de la Mexamérique. On peut estimer que l'ALENA bénéficie d'abord aux entreprises des États-Unis et à son marché intérieur puisque ce pays « exploite » ainsi la main d'œuvre mexicaine.

Parallèlement à cette de libre circulation des capitaux, les États-Unis durcissent leur politique de contrôle à la frontière pour endiguer l'immigration clandestine. le renfocrement des gardes-frontière et la construction d'un mur séparant les États-Unis du Mexquis visent à maintenir au Sud les Mexicains qui veulent toujours émigrer vers le Nord malgré le développement des maquiladoras.

 

La Californie, l'Arizona, le Nouveau-Mexique et le Texas sont les États américains du sud frontaliers avec le Mexique. El Paso se situe sur le Rio Grande au Texas, Los Angeles et San Francisco sont des grandes villes de la Californie. La minorité hispanique est importante dans ces États : elle représente 42 % de la population du Nouveau-Mexique, 32,4 % de la population californienne (moyenne des Etats-Unis qui est de 13 %). Les Hispaniques représentent les trois quarts de la population d'une ville comme El Paso et près de la moitié de celle de San Francisco. Ces indicateurs montrent que les Hispaniques constituent une forte minorité de la population au sud des États-Unis.

La Mexamérique est un mot qui rend compte des réalités de l'espace transfrontalier entre les deux pays : côté américain, la population hispanique est très présente, on trouve des villes jumelles avec celles du Mexique : San Diego (Californie) et Tijuana (Mexique) par exemple. L'espagnol est la langue dominante. Côté mexicain, sont implantées de nombreuses maquiladoras : ce qui fait du nord du Mexique une zone « atelier » des USA. Cet espace draine des flux de capitaux américains et des flux de main d'œuvre importants (effet polarisant). La Mexamérique constitue ainsi un espace original en développement qui participe des dynamiques spatiales américaines actuelles.

Le nord du Mexique doit faire face depuis la fin de l'année 2000 à la concurrence de nouveaux pays ateliers, notamment la Chine où les salaires sont moindres : avec ces nouvelles délocalisations, de nombreux centres de montage ont été fermés provoquant des licenciements massifs dans la Mexamérique.

Peu sourcilleuse sur les conditions de travail dans les entreprises auprès desquelles elle se fournit, Wal-Mart sous-traite une grande partie de ses produits en Afrique, en Amérique latine, et désormais en Chine, où les salaires sont encore plus bas.

Jane Doe II, qui utilise ce pseudonyme pour « se protéger ainsi que sa famille de tous préjudices et représailles », travaille depuis septembre 2003 sur une machine à coudre d’une usine de confection de Shenzen, dans le sud de la Chine. Comme 4 800 autres entreprises du pays, sa société opère pour l’une des marques vendues par le géant du commerce de détail. Pour fournir les linéaires de Wal-Mart, Jane Doe II – l’une des 130 000 Chinois(es) qui œuvrent pour un sous-traitant de la firme américaine – abat à l’occasion jusqu’à vingt heures de labeur par jour sans que ses heures supplémentaires soient payées. A 16,5 cents de l’heure (0,13 euro), Jane Doe II ne reçoit pas non plus le salaire minimum légal (31 cents ; 0,25 euro) requis par les lois du travail de son pays. Son entreprise ne lui ayant pas fourni la tenue de protection nécessaire, l’ouvrière souffre par ailleurs de troubles respiratoires et de démangeaisons cutanées dues aux poussières de coton et de laine auxquelles elle est exposée.

Depuis 2001, l’entreprise américaine a accompagné – si ce n’est provoqué – la migration de ses sous-traitants vers les nouvelles zones économiques chinoises, au nom d’une logique résumée par le magazine en ligne Fast Company : « Wal-Mart a le pouvoir de serrer au maximum les marges de ses fournisseurs. Pour survivre à cette politique, les fabricants de tout ce qui peut se vendre – des soutiens-gorge aux vélos en passant par les blue-jeans – ont dû licencier leurs employés et fermer leurs usines américaines afin de sous-traiter outre-mer. » Plus de la moitié des importations de produits non comestibles proviennent aujourd’hui de Chine, où la multinationale compte également une centaine de supermarchés et sa principale centrale d’achat planétaire. […]

 

Que Wal-Mart soit accusée de telles pratiques n’est pas inédit. Rien qu’en 2002, année où elle importa aux Etats-Unis 291 200 conteneurs de biens de consommation, la firme a fait l’objet de 6 000 plaintes en justice pour ses pratiques sociales.[…]. Aux côtés de Jane Doe II de Shenzen, on trouve d’autres victimes anonymes d’une politique commerciale visant à « casser les prix à tout prix ». Elles travaillent à Mastapha (Swaziland), à Sebaco (Nicaragua), à Dacca (Bangladesh). La plupart sont des femmes. Leur histoire atteste une « walmartisation » de la planète, un mot dont le syndicat mondial des professions du commerce estime qu’il est « en passe de devenir familier, et de signifier à la fois dumping social et antisyndicalisme ». […]

Sous le feu de deux formes de contestation – internationale et locale […], Wal-Mart s’est engagée en 2005 dans une importante opération de communication destinée, selon son président-directeur général Lee Scott Jr, à répondre à « l’une des campagnes les plus organisées, sophistiquées et coûteuses jamais lancées contre une seule entreprise ». Pour la question des sous-traitants, l’opération a consisté à relativiser les faits et à afficher sa conscience sociale. Wal-Mart assure ainsi être en rapports réguliers avec plusieurs organisations non gouvernementales luttant pour la fermeture des sweat shops et des maquiladoras, d’où l’entreprise continue pourtant à importer 50 % de sa marchandise étrangère.[…]

Les Indiens font également partie du paysage démographique californien : au nombre de 355.000, ils représentent 1 % de la population. Cela paraît faible. Pourtant, à l'échelle nationale, leur nombre a été multiplié par dix en un siècle. Répartis dans 300 réserves correspondant aux 500 tribus survivantes, la population indienne se partage aujourd'hui l'ensemble des Etats-Unis. Mais la répartition actuelle n'a rien à voir avec celle qui prévalait avant l'arrivée des Blancs. Elle obéit à une règle simple : les Indiens ont été refoulés sur des terres arides, souvent difficiles d'accès. Pas étonnant alors que le massif des Rocheuses (avec les rives du Pacifique, dans une moindre mesure) abrite la plus forte concentration de réserves indiennes.

 

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