Livres de route

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Brûlots

Dégraissez-moi ça (1996) et Mike contre-attaque (2001), de Michael Moore (10/18 n° 3603 et 3597).

Dégraissez-moi ça !

Voici, à travers les yeux d'un ancien ouvrier devenu agitateur professionnel, la face sombre et peu glorieuse des Etats-Unis, celle du chômage et de la pauvreté, du racisme... et des antidépresseurs. Avec un humour féroce, Michael Moore part en guerre contre les spécialistes du "dégraissage" intensif et leurs alliés, les politiciens qui leur donnent carte blanche (et des subventions). Lui-même licencié de General Motors, il râle, dénonce, accuse, rêve d'organiser le procès des liquidateurs du "rêve américain", demande à l'Arabie Saoudite une aide financière pour les pauvres d'Amérique et offre ses conseils à tous les laissés-pour-compte ! Drôle et excessif, il nous rappelle que le rire est aussi une arme de combat et de résistance.


Mike contre-attaque

Le Bandit-en-chef George W. Bush, dit « George II », et son gang, Dick Cheney, Donald Rumsfeld & Co, gouvernent l’Amérique. Ultraconservateurs et richissimes (leur fortune est liée au big business du pétrole, de l’informatique ou des biotechnologies), ils ont fait main basse sur le pays, et partent maintenant en guerre contre l’« Axe du Mal ». Provocateur, corrosif, inquiétant, narcissique, subversif, Mike l’Agitateur-en-chef refuse de leur abandonner le pays et supplie le secrétaire général de l’ONU de déployer ses casques bleus et de rétablir la démocratie ! Le temps est venu, explique-t-il, de lancer la contre-attaque en dénonçant les maux cachés de l’Amérique : l’illettrisme et l’alcoolisme (le président connaît bien les deux problèmes), le racisme (Mike propose aux Noirs un kit de survie !), la libre circulation des armes, la peine de mort, la pauvreté massive, mais aussi l’arrogance et l’irresponsabilité de la politique étrangère de son pays. Pas de doute, Mike est de retour ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est que son humour ravageur détonne dans le consensus patriotique qui domine aux États-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001.


Sacrés Américains ! (2004), de Ted Stanger (Folio Documents n° 28).

Ayant réussi à expliquer les Français à eux-mêmes du point de vue d’un Américain, (voir: Sacrés Français, Un Américain vous regarde), Ted Stanger s’efforce à son tour d’expliquer les Américains aux Français du point de vue de quelqu’un né à Columbus Ohio mais absent pour plus de 25 ans.

Journaliste de métier, il aimerait retracer le voyage d’Alexis de Tocqueville pour peindre un portrait vraisemblable des Américains, qu’on ne doit pas identifier avec les habitants de New York et de Los Angeles, mais plutôt avec ceux qui habitent le vaste territoire entre ces deux qu’on surnomme le « Heartland of America. »

Ce bouquin comprend des anecdotes, des rencontres et des observations personnelles, des caricatures et des exagérations, dont le ton sérieux se trouve caché sous le masque de l’humour. Dans sa recherche, il a trouvé un pays d’extrêmes, où le café est trop chaud et la bière trop glacée, où le sein de Janet Jackson déclenche un tollé mais pas les moeurs incroyablement libres des ados. Une nation où les très riches se comptent par millions, et les pauvres sont laissés pour compte. (p.12)

Au fur et à mesure que je lisais, je me trouvais quelquefois en désaccord, outré, et embarrassé, mais pour la plupart je m’accordais avec son portrait de qui nous sommes et j’ai beaucoup apprécié son ton franc et direct. Bien sûr, nous sommes une nation tristement monolingue (p.28), où nous n’avons que deux parties politiques (p.37), où 50% des citoyens ne votent pas aux élections présidentielles (p.38) où pour gagner c’est simple: la stratégie consiste à ‘vendre’ le candidat comme s’il s’agissait d’un shampooing, avec des spots télé (qui dénigrent souvent la réputation de l’adversaire), dont le nombre n’est limité que par l’argent dont dispose chaque parti. (p.40)

Ayant vécu à l’étranger pendant plusieurs années et en France pour 10 ans, on peut comprendre pourquoi Stanger se lamente de la qualité de nos fromages « Velveeta », de notre pain « Wonder Bread », de notre café « de la lavasse », et de l’absence de vin à nos repas quotidiens.

L’énorme influence qu’à l’industrie de la télé se voit bien quand on considère le grand nombre de pubs pour produits pharmaceutiques qui essaient de nous persuader de demander à nos médecins si tel et tel médicament ne serait pas bon pour notre santé. Le shopping, pour nous, c’est une folie et un devoir civique (p.128) et bien sûr cherche-t-on toujours la meilleure solde. On adore son drapeau de la même révérence qu’on apporte à un dieu. On le voit partout, sur les porches des maisons, aux fenêtres, sur les blousons des flics et des pompiers, épinglé au veston des hommes d’affaires. (p.68) Et pour ce qui est de la voiture, la voiture aux yeux des Américains n’est pas seulement un moyen de transport. Elle révèle votre personnalité, celui que vous êtes ou voulez devenir. Elle fait partie intégrale du rêve américain. Sans voiture, vous êtes invisible. (p.158)

Mais le plus grand rêve, la plus grande ambition pour un Américain, c’est d’être riche. Afin de comprendre ce que le billet vert signifie aux yeux des Yankees, osons quelques comparaisons. Ce qu’est Château-Lafitte pour les Français, la Ferrari Testarossa pour les Italiens, le caviar Béluga pour les Russes, voilà ce que représente notre monnaie nationale pour mes compatriotes. Elle est tout simplement notre patrimoine, notre contribution à l’humanité. Et aussi, disons-le crûment, notre religion. (p.138)

En France, prendre ses vacances, ça va sans dire, mais (o)n entend souvent un Américain dire ‘Je n’ai pas pris de vacances depuis deux ans’, avec l’air d’un Jésus qui souffre sur la croix pour racheter les péchés de l’humanité. C’est le syndrome du workaholic. (p.183) Malgré notre dévouement au travail et aux longues heures par semaine, notre pension de retraite nous force de travailler dans notre vieillesse tandis qu’en France il y a très peu de gens qui travaillent après l’âge de 55 ans. (p.186)

Dans un pays pour qui la culture populaire, c’est le cinéma et, avant tout, la télévision (p. 243), avoir un ministre de la culture, à Washington, c’est inimaginable. (p.244)

Les Français trouveraient difficile à comprendre la déclaration qu’un Américain ne quitte jamais vraiment son Alma Mater, l’université, le campus où, jeune homme ou jeune fille, on a pour la première fois goûté, loin du cocon familial, les vrais plaisirs de la vie post-ado…(p. 212) ou le fait que (l)a peur d’être poursuivi en justice a changé les habitudes d’un pays autrefois plus relax. Maintenant on se méfie et on prend les devants. (p.230). Aux Etats-Unis, on compte plus d’un million d’avocats tandis qu’en France il n’y en a que 34.000.

Quoique la Constitution américaine impose la séparation église/état dans toutes affaires du gouvernement, la religion joue un très grand rôle dans notre vie quotidienne. On pratique toutes sortes de religions aux Etats-Unis, et le catholicisme gagne même du terrain grâce aux immigrés latinos. Mais, c’est le protestantisme, sans pape ni curia, qui convient le mieux aux valeurs de l’Amérique profonde. A une nation largement décentralisée, correspond une religion éclatée. Ici, le protestantisme ressemble aux fromages français : toutes les formes, toutes les couleurs et tous les goûts. (p. 282)

Stanger termine cet exposé irrévérent en admettant qu’On peut aimer son pays, mais l’amour n’est pas forcément aveugle. Et l’affection d’un expatrié est souvent plus lucide, plus ambiguë aussi, que celle de ses compatriotes moins aventureux. (p. 303)

Pour mieux comprendre les autres, il est indispensable de se comprendre soi-même et ce livre de Ted Stanger nous aidera à nous voir tels que cet expatrié et sans doute d’autres nous voient et encouragera nos étudiants à faire des comparaisons culturelles valides.


Généralités

Les Etats-Unis d'aujourd'hui, d'André Kaspi (édition Perrin Tempus; 1999, nouvelle édition revue et augmentée en 2004).

Professeur d'histoire des Etats-Unis à la Sorbonne, André Kaspi brosse avec ce nouvel ouvrage un portrait tout en nuance de l'Amérique d'aujourd'hui. De l'histoire de son immigration au fonctionnement de son système politique, des paradoxes de sa diplomatie aux raisons de son influence culturelle, l'auteur décrypte avec justesse la complexité et la diversité américaines.

Les Etats-Unis occupent une place considérable. Jamais un pays n'a fait autant couler d'encre et n'a suscité autant de fascination ou de rejet. En raison de son poids sur la scène internationale, de sa puissance militaire, de son influence culturelle et de son dynamisme économique, l'Amérique dérange autant qu'elle provoque l'admiration. L'information disponible sur ce pays est inépuisable et fait l'objet d'une médiatisation à outrance au point que l'on pense tout savoir et tout connaître sur la puissante Amérique.

Pourtant, les Etats-Unis sont plus complexes que la manière dont ils sont traités dans les médias et perçus dans la vie de tout les jours. Véritable pays-continent, peuplé de 290 millions d'habitants et couvrant 6 fuseaux horaires, l'Amérique constitue un monde à part entière, bien loin des clichés ou des préjugés dans l'air du temps. C'est pour rétablir quelque peu la vérité et contribuer à mieux faire connaître la complexité et la diversité américaines qu'André Kaspi a entrepris la rédaction de ce livre. " Je n'ai pas écrit ce livre pour ceux qui savent et moins encore pour ceux qui croient savoir. Je m'adresse aux femmes et aux hommes de bonne foi, qui posent et se posent des questions sur les Etats-Unis d'aujourd'hui, qui cherchent à comprendre les attitudes, les réactions et les sentiments des Américains ", avertit l'auteur.

Sur un ton à la fois vivant et pédagogique, l'historien va ainsi s'attacher tout au long de l'ouvrage à montrer les spécificités et les particularités des Etats-Unis. Tout d'abord, l'Amérique est une nation d'immigrants.

" Ce sont les immigrants qui ont fait l'Amérique. De 1820, date à laquelle les premières statistiques sur l'immigration sont établies, jusqu'à 1998, environ 70 millions d'immigrants sont venus aux Etats-Unis. Voilà un chiffre extraordinaire, qui témoigne de l'ampleur du phénomène. L'immigration est au cœur de l'histoire des Etats-Unis. " Ensuite, la démocratie américaine repose sur des contre-pouvoirs efficaces (le Congrès, la Cour suprême), et non pas uniquement sur le pouvoir d'un seul homme, le président des Etats-Unis. Quant à la société américaine, elle est pleine de contrastes et différences, d'un Etat à l'autre. Les inégalités sociales existent, mais ne doivent pas faire oublier l'émergence d'une véritable classe moyenne. Sur le plan international, les Etats-Unis restent une puissance indispensable, malgré les excès possibles de sa politique étrangère.

Enfin, André Kaspi revient dans un dernier chapitre sur l'Amérique de Georges W. Bush, celle de la domination des conservateurs et de la lutte contre le terrorisme. Ce qui fait le point fort de ce livre, c'est la clarté des propos et la volonté d'objectivité de l'auteur. On en ressort avec une image plus juste et plus nuancée des Etats-Unis.

 

Etats-Unis, peuple et culture (édition La Découverte, collection Poche).

Tandis que l’attitude unilatérale des États-Unis sur la scène internationale soulève les passions, cet ouvrage collectif permet de se pencher sur ce qui fait la spécificité de cette puissance et de mieux comprendre ce que sont l’Amérique et les Américains. Aucun pays, sans doute, n’aura fait naître autant de mythes dont il est à la fois le héros et la victime. Les formes de développement économique et social sont, aux États-Unis, manifestement différentes de celles de l’Europe. En quoi consisterait l’« exception américaine » ? Elle se veut utopie, organisation sociale libérée des précédents européens, à valeur exemplaire. Pour comprendre le peuple américain, il est indispensable de connaître les mythes fondateurs de ce pays, ses idéaux et ses valeurs : empreinte religieuse, mythe de la Frontière, identités communautaires et idéologie du melting pot, croyance dans la réussite individuelle malgré l’existence de très fortes inégalités sociales, place et conception du droit… L’histoire politique des États-Unis et les étapes du peuplement de cette terre d’immigration sont également très éclairantes. L’identité américaine se reflète, enfin, dans sa culture et sa créativité artistique. Au-delà de l’apport fondamental de la création américaine à un art naissant comme le cinéma ou au-delà de l’émergence de musiques totalement nouvelles comme le jazz, les États-Unis ont constitué, dans la seconde partie du XXe siècle, le point de gravité de l’art moderne, de la chorégraphie et de la mise en scène contemporaines notamment. Sans oublier les contributions essentielles, depuis le XIXe siècle, des écrivains et poètes américains, des photographes ou des architectes. Les textes qui composent ce livre sont pour partie inédits. Les autres ont fait l’objet d’une première publication, en 1990, aux mêmes éditions, dans L’état des États-Unis, sous la direction deMarie-France Toinet et Annie Lennkh.


L'autre Amérique

Sur la route (1957, de Jack Kerouac – Roman (Folio Plus n° 31).

Lire et relire Sur la route de Jack Kerouac, et l'offrir. Pourquoi ? Parce que... c'est un livre légendaire, mythique; parce qu'il est l'un des 49 romans américains de la «Bibliothèque idéale» de Bernard Pivot (Albin Michel, 1988) qui écrit: «Livre phare de la génération beat incarnée par Dean Moriarty, un frère de James Dean. Des voitures volées, des mauvais garçons qui ont fait un pacte d'amitié, et la route 220 à l'heure.»

Lire et relire Sur la route de Jack Kerouac, et l'offrir. Pourquoi ? Parce que c'est un excellent roman, un témoignage unique, d'un authentique écrivain, qui a une œuvre incomparable à son actif.

L'histoire commence avec Jack London.

En 1907, Jack London publie The Road. C'est le récit des aventures et des vagabondages de Jack-le-matelot - un double de l'auteur - , récit inspiré de faits authentiques. En effet, en mai 1893, une «armée industrielle», soit un groupe formé de milliers de chômeurs et de laissés-pour-compte confrontés à une sévère crise économique, marche sur Washington. Commandée par le «général» Kelly, cette «armée» veut forcer le gouvernement à construire des routes à travers le pays. Sans le sou, les chômeurs montent, illégalement, dans des wagons de marchandises; on les nomme les «brûleurs de dur». Parmi ceux-ci, Jack London qui eu l'idée de tenir un journal de bord, un inédit est publié sous le titre Carnet du Trimard (éditions Tallandier, 2007).

Toutefois, il quitte le groupe de chômeurs peu après pour vagabonder, et mener une vie de «hobo», jusqu'à son arrestation à Niagara Falls, en juin 1884, et son dur séjour dans une prison de Buffalo. S'appuyant sur son carnet de bord, expériences et vagabondages, Jack London, le «brûleur de dur», écrivit The Road treize ans plus tard (1907) -et la traduction française mit cent ans pour nous parvenir, décidément «It's a Long Way to Tipperary...».

Jack London venait ainsi d'entrer en littérature et d'opter pour le socialisme. Le vent de liberté, le goût de prendre la route, la sensibilité à la misère et à l'injustice sociale dont est empreint On the Road marqueront les esprits et inspireront la jeunesse revendicatrice, et … Jack Kerouac.

Jack Kerouac

Cinquante ans après The Road, en 1957 donc, Jack Kerouac publiait On the Road, écrit entre 1948-1956. Ce titre même est un hommage à son prédécesseur, le «Pionnier de la Route». Il adoptera le même prénom, Jack. Son véritable prénom est Jean-Louis; pour sa mère, vers qui il reviendra sans cesse, il est et restera «Ti-Jean». Son patronyme est Kérouac, avec l’accent aigu…

Jack London avait rédigé un carnet de notes qui lui a servi pour The Road; c’est avec ce premier roman qu’il débute sa carrière littéraire, qu’il se découvre écrivain. Une carrière prolifique! Jack Kerouac, quant à lui, avait déjà publié un roman en 1950, The Town and the City -Avant la route- salué par la critique. Sa carrière était donc amorcée, et il savait depuis toujours, pour ainsi dire, qu’il serait un écrivain.

L’«armée» de chômeurs et de laissés-pour-compte du «général» Kelly , que London rejoignit, réclamait des routes… et du travail.

Kerouac, lui, errait sur les routes américaines dont la mythique 66 reliant Chicago à Los Angeles se déplaçant en auto-stop, mais aussi montant à bord de wagons de marchandises comme London.

Les temps ont changé, mais la jeunesse reste éprise de liberté, et du désir de prendre le large. Inscrits dans la même filière américaine, les deux Jack sont des vagabonds, des marginaux des «tramps», des «bums». Tous deux racontent leur errance, leurs amitiés et rencontres, leurs émotions et réflexions.

London met en scène Jack-the-Sailor, son double; et Kerouac, Dean Moriary, nul autre que Neal Cassidy, et Sal Paradise, son double. Le contenu de l’un est plutôt «soft», et celui de l’autre est plutôt «hard»-surtout, il va sans dire, le texte original, non épuré. London écrit en slang, dans un style parlé, spontané, familier, alors que Kerouac raconte, romance, dans un tempo jazz, en battant la mesure, dans un style personnel. Ce beat résonnera à l’oreille et au cœur de la génération d’après-guerre.

The Road touchera des millions de lecteurs. C’est une œuvre majeure de la littérature américaine, d’une originalité sans pareille. Elle marquera toute une génération nommée la «Beat Generation». Il inspirera toute une jeunesse qui prendra la route, le livre sous le bras, mais trop tard... l'époque est révolu !

En bref. À 50 ans d'intervalle, Jack London et Jack Kerouac: tous deux ont pris la route et parcouru les États-Unis d’Amérique, au gré des rencontres et des moyens de déplacement. Deux sans-le-sou avides de découverte. Tous deux, conteurs et personnages de leurs propres aventures, pour ne pas dire de leur «vécu». À l’époque de Jack London, on réclamait des routes, à celle de Jack Kerouac, on roulait sur les routes.

Aujourd'hui. La US 66, U.S. Route 66, la Main Street of America, Main Street USA, The Mother Road - la première route transcontinentale goudronnée en Amérique - , n'existe plus ou si peu, ayant été déclassée en 1985. il va sans dire que la célèbre U.S. Route 66 conserve, et conservera, son caractère mythique. D'ailleurs, des groupes multiplient des initiatives pour conserver ce qu'il reste de l'Historic Route 66.

Lire et relire Sur la route de Jack Kerouac, et l'offrir. Mais, dans quelle édition ? La plus récente présente la version originale intitulée : «Sur la route : le rouleau original», Gallimard 2010.

 

Mais quel rouleau??? C'est une légende...

«La légende veut que Kerouac se soit dopé à la benzédrine pour écrire Sur la route, qu’il l’ait composé en trois semaines, sur un long rouleau de papier télétype, sans ponctuation. Il s’était mis au clavier, avec du bop à la radio, et il avait craché son texte, plein d’anecdotes prises sur le vif, au mot près. Le sujet : la route avec Dean, son cinglé de pote, le jazz, l’alcool, les filles, la drogue, la liberté…[...]», lu sur France Culture.

Pour ma part, je vous conseille trois livres :

[] Sur le route, de Jack Kerouac. Texte intégral, avec des notes et un dossier, publié chez Folio plus, numéro 31, 540 pages. Vous aimez le «hard»,? Il y en a... Que les protagonistes portent des surnoms, n'y change pas grand chose; ils sont nettement identifiés par l'éditeur. C'est un secret de Polichinelle!

[] Kerouac par Yves Buin, chez Folio biographies. no 17,354 pages. Une biographie reconnue, fort intéressante et bien écrite.Clin d'oeil à Daniel Caux.«Pour moi ne comptent que ceux qui sont fous de quelque chose, fous de vivre, fous de parler, fous d'être sauvés, ceux qui veulent tout en même temps, ceux qui ne bâillent jamais, qui ne disent pas de banalités, mais brûlent, brûlent, brûlent comme un feu d'artifice. », disait le Jazz Poet. Selon Yves Buin, son biographe, Jack Kerouac a formalisé le souffle jazzé, inspiré du saxophone et le phrasé paroxystique de la « forme sauvage » dans les quelques principes de la prose spontanée. Ecrivain psychiatre, également poète et passionné de jazz, Yves Buin a collaboré à Jazz Hot à la fin des années 60 [...]», lu sur France Culture.

[] Jack Kérouac, œuvres complètes, tome 10, de Victor-Lévy Beaulieu (VLB), un essai de 194 pages. C'est un beau livre imprimé sur un papier de qualité crème, généreusement illustré. Ce livre est un incontournable pour connaître Jack Kerouac et son oeuvre: indissociables. Incoutournable pour saisir l'origine profonde et la portée de Sur la route, et la place qu'elle occupe dans son œuvre. Incontournable pour comprendre l'univers de Jack Kerouac, dont les livres ne peuvent, à mon avis, se lire à la pièce. «Jack Kerouac par Victor-Lévy Beaulieu... mais aussi Victor-Lévy Beaulieu par Jack Kerouac... Cet essai de reconstitution d'une vie, d'une oeuvre, d'un destin peut être considéré comme un roman au sens qu'aura peut-être ce mot demain.», Claude Mauriac,Le Monde,1973.

Offrir des Folio... vous hésitez. Alors choisissez la version originale, accompagnée de l'essai de VLB. Un cadeau que la personne choyée n'oubliera pas de sitôt, pour ne pas dire jamais - car il ne faut jamais dire jamais...

Big Sur de Jack Kerouac (1962; Folio)

A mon avis un des livres les plus lucides de Kerouac et aussi le plus poignant, la folie, la dépression et l'alcool sont omniprésents. C'est certainement un de mes livres préférés de Jack Kerouac, le plus émouvant sûrement.

En 1960, Kerouac tentant de se reconstruire, pense partir en Californie dans une cabane que lui prête un ami. Loin du monde, il espère trouver un havre de paix. Vœu pieu, mais vain!

Après un réveil pénible dû à une beuverie, Jack Duluoz part pour Big Sur, son arrivée au milieu de la nuit le terrifie, le bruit étourdissant de la mer qui semble provenir de sous ses pas, la faible lueur de sa torche et la réflexion sur la dangerosité du lieu énoncé par le chauffeur qui le conduit l'angoissent au plus haut point. Et l'auteur cherchant la raison de l'échec de ce voyage dit : Ça ne vaut la peine d'être raconté que si je vais bien au fond des choses. Kerouac fuit la célébrité, sa vie de fou depuis le succès de son livre « Sur la route ». En réalité, il tente de se fuir lui même, de briser l'image que les gens se font de son personnage de beatnik courant le pays en stop. D'ailleurs il va en Californie en train, puis emprunte un bus et termine le voyage en taxi, l'aventure est loin! Les années ont passé et le monde a changé, d'ailleurs les dernières tentatives de l'auteur pour faire du stop seront un échec . L'endroit est imposant, une carcasse de voiture accidentée dix ans plus tôt gît dans la mer, le brouillard est intense, seule présence Alf, le mulet placide. Les tâches domestiques, la lecture Emerson et Walt Whitman, l'écriture de « La mer », le soir assis sur un rocher, et les réflexions sur sa vie maintenant qu'il est célèbre meublent sa solitude. Mais dès le quatrième jour, l'ennui le gagne, alors il retourne à la civilisation, aux amis, aux beuveries.....Une lettre de sa mère lui apprend la mort de Tyke, son chat, il s'ensuit une longue période sombre et très alcoolisée, il retrouve Cody qui est sorti de prison et des amis de longue date, Jack a de l'argent, donc les bouteilles défilent..... Il manque un rendez-vous avec Henry Miller, (auteur lui aussi d'un livre nommé Big-Sur) pour cause d'ivresse.

Dans un de ses rares moments de lucidité, il repart pour la cabane de Mansato, accompagné de quelques amis pour ce qui devraient être des jours heureux....

Lorenzo Mansato, en réalité Lawrence Ferlinghetti, libraire, poète et éditeur, est un ami de longue date de Jack et aussi un des ses plus ardents défenseurs. Cody, ce bon vieux Cody, l'ami des premiers voyages, celui de « Sur la route » personnage sûrement idéalisé par Kerouac qui avait pour lui un sentiment étrange d'amitié et très certainement de jalousie. Evelyne, l'épouse de Cody, et la maîtresse de Jack, Billie, la maîtresse de Cody, puis de Jack, éternel trio amoureux qui marquera la vie des deux hommes. Billie a un garçon Elliot, très possessif qui obnubilera Jack qui viendra à le détester durant ce qui aurait dû être un séjour agréable entre amis avec Dave et Romana, mais qui marquera le fin du séjour californien de Kerouac.

Je ne pense pas avoir, au cours de ma première lecture, ressenti le côté désespéré de ce texte qui est mon impression principale maintenant. L'âge et la maturité sûrement. Certaines pages sur son alcoolisme sont (un peu à l’instar d'un autre auteur ayant le même penchant, Bredan Behan) édifiantes et terrifiantes de réalisme. La mort aussi est présente, la mort animale surtout, Tyke son chat, un poisson rouge, une loutre, une souris, tous ces évènements vont aider la descente aux enfers de Jack, qui semble-t-il, ne s'en remettra jamais, et pourtant ce récit se termine sur une note optimiste.

Ayant terminé ce livre, je me dis que cela a parfois du bon de revenir sur ses anciennes lectures, en ayant acquis certaines connaissances sur l'auteur et ses écrits et le malentendu dramatique entre l’œuvre et l'homme, entre l'écrivain et ses lecteurs.

Un dernier mot, les auteurs bretons parlent souvent de Kerouac dans leurs écrits, comme d'un compagnon de route, et c'est ce que j'éprouve moi aussi pour lui.

Nouveaux Contes de la folie ordinaire (1977), de Charles Bukowski; roman (Le Livre de Poche n° 6027).

«À quoi bon des poètes dans un temps de détresse ?» demandait Hölderlin.

La réponse est dans Bukowski, dans une prose qui est l’une des plus dénonciatrices-accusatrices de ce temps. Et sans aucune issue proposée : le constat d’enfer nu, organique, brutal. Les «caprices» de Goya, en pleines phrases. J’ai lu quelque part que Bukowski était «rabelaisien». Mais non, il s’agit de quelque chose de beaucoup plus noir, de beaucoup plus simple et lisible, d’une inspiration beaucoup plus «théologique» sous un air d’anarchisme absolu. La civilisation, ou ce qu’il en reste, n’est pas du tout en train de «renaître» mais de se tasser, de se décomposer, de se décharger, et Bukowski n’a pas d’autre choix que de lui répondre du tac au tac avec le maximum de violence, à bout portant.

Par-delà le cauchemar de l’histoire existe la perfection de l’amour. L’orgasme et la folie sont la nouvelle frontière des libérateurs de l’amour où Bukowski monte la garde.

 

Big Sur et les Oranges de Jérôme Bosch (1959), d'Henry Miller; souvenirs (édition Buchet-Chastel).

Il est un peu étrange qu'Henry Miller, après avoir vilipendé les Etats-Unis pendant une grande partie de sa vie, ait fini par s'établir sur la côte californienne (sur la célèbre Highway Number One). Ce livre est un chant d'amour à ce coin du monde chois par lui : Miller en goûte l'isolement, la nature sauvage, les oiseaux, les séquoias immenses.

 

Demande à la poussière (1939), de John Fante; roman (10/18 n° 1954).

Demande à la poussière est l’histoire d’Arturo Bandini, fils d’émigré italien qui se retrouve à Los Angeles à la fin des années 1930 afin de poursuivre son rêve : devenir un écrivain célèbre.

Vivant dans un hôtel minable sur la colline de Bunker Hill, il fait la connaissance de Camilla, une belle latino qui sert de la bière dans un petit établissement. Fante tombe amoureux d’elle et il s’ensuit le classique amour impossible. Le tout raconté dans une langue exceptionnellement ressentie.

Et c’est là l’intérêt du roman. Au-delà de l’amour et des frustrations de l’aspirant écrivain, le livre nous fait entrer dans la psyché d’un jeune homme maladroit qui manque terriblement de confiance en lui. Par la magie de l’écriture, on vit avec lui ses espoirs, ses doutes, sa honte.

La grande particularité de l’écriture de Fante est sa capacité à partager ce qu’il ressent. Il arrive à transmettre ce qui se passe dans la tête d’Arturo avec tant de sincérité qu’on ne peut faire autrement que d’être touché par l’humanité de cet homme qui expose ses défauts sans retenu, quitte à rire de lui-même. Fante, et c’est là une de ses grandes qualités, ne se prend jamais au sérieux !

 

Indiens et Far West

Les Indiens d'Amérique du Nord (1985), de Claude Fohlen; essai (Que sais-je ? n° 2227).

Claude Fohlen commence par dresser un tableau de la situation actuelle, avec l'apparition d'un Red Power avant de remonter dans le temps : hésitations des autorités fédérales entre assimilation et indianité (respect de l'originalité ethnique), guerres indiennes qui repoussaient les Peaux-Rouges toujours plus loin vers l'ouest.

 

Pieds nus sur la terre sacrée (1971), de Teri MacLuhan et Edward Sheriff Curtis; recueil de textes illustrés (édition Denoël).

Un recueil de textes issus du patrimoine oral et écrit des Indiens d'Amérique du Nord, au ton tour à tour lyrique, éloquent et profondément émouvant. Ils témoignent d'une harmonie entre l'homme et la nature progressivement détruite par l'irruption des Blancs. L'ouvrage est illustré de photos de E. S. Curtis qui, pendant 30 ans, visita plus de 80 tribus et rassembla des milliers de clichés.

Pieds nus sur la terre sacrée rassemble des textes appartenant au patrimoine oral ou écrit des Indiens d'Amérique du Nord. Cette sélection se propose d'apporter des éclaircissements sur l'histoire des Indiens et de montrer la pérennité de leur civilisation. Le ton de ces écrits, classés par ordre chronologique, est tour à tour celui de la sagesse, du lyrisme, de l'éloquence ou de l'émotion profonde. Portrait de la nature et de la destinée indienne, ils sont avant tout la preuve de la renaissance d'une civilisation authentiquement indienne. Cette anthologie tend à mettre en relief des traits caractéristiques de cette civilisation où les considérations politiques et historiques s'estompent au profit d'une harmonie de l'homme et de la nature, dans laquelle la terre devient une création sacrée. Voilà un domaine de l'expérience indienne qui peut entrer dans notre héritage commun.

 

Ishi (1968), de Théodora Kroeber; ethnologie (édition Presses-Pocket, Terre Humaine n° 3021).

Le livre de Théodora Kroeber intitulé ISHI et publié en 1968 dans la célèbre collection Terre humaine dirigée par Jean Malaurie est un document indispensable pour le lecteur qui souhaite se forger une idée de la conquête de l'Ouest, un document digne dans lequel les responsables de l'agonie des indiens Yanas ne sont pas seulement désignés comme des coupables mais aussi comme des victimes d'une force d'attraction destructrice qu'ils ne maîtrisaient pas, à savoir l'OR.

Le territoire Yana avant l'invasion anglo-américaine.

Avant l'invasion anglo-américaine du nord de la Californie qui a débuté en 1849 à la fin de la guerre américano-mexicaine, le peuple Yana composé alors de quatre sous-tribus se partageait paisiblement un territoire montagneux d'une surface d'environ 900 km2. Au Sud de ce territoire rendu difficile d'accès par les contreforts du Mont Lassen se trouvaient les Yahis dont est issu ISHI, le personnage central du livre, et nommé ainsi par Alfred Louis Kroeber, qui a recueilli ISHI avant sa mort en 1916. ISHI signifie Homme en Yahi.

Le mode de vie du peuple Yana avant l'invasion anglo-américaine.

Les Yanas n'ont presque rien de commun avec leurs homologues des plaines qui n'ont pas pu résister très longtemps aux forces hispano-mexicaine et anglo-américaine. Chasseurs, pêcheurs, fouisseurs, les Yanas mangeaient ce que la nature leur offrait: bisons, glands, saumons, racines. Les arêtes des saumons n'étaient pas jetées, mais séchées et pilées au mortier pour être mangées par reconnaissance. L'enfant yana était désiré et dorloté par les adultes. La mère avant et après l'accouchement disposait également d'un régime spécial. Loin d'être censée se lever pour se remettre au travail, elle gardait le lit, soignée par son mari jusqu'à ce que le cordon ombilical soit cicatrisé et que la lactation se fasse normalement. Pendant ce temps, le bébé était soigneusement nourri à la bouillie de glands doux. Si la plupart des yanas pratiquait l'inhumation des morts, les Yahis pratiquaient la crémation.Les restes recueillis dans un panier étaient ensuite enterrés sous un tumulus de pierre. En automne, les Yanas se rassemblaient par villages sur les bords des cours d'eau pleins de saumons, moments privilégiés, mais moments où les indiens étaient vulnérables, car plus visibles par les envahisseurs.

Les Yahis pendant l'invasion des anglo-américains du territoire Yana de 1850 à la naissance d'ISHI.

Pour reconstituer l'histoire du peuple d'ISHI, Théodora Kroeber s'appuie sur des récits de voyage, des articles de journaux, des archives gouvernementales et sur la monographie de Waterman, ethnographe, collègue de Kroeber, le mari de Théodora. Le peuple Yahi apparait pour la première fois dans les journaux en 1850 où l'on apprend que les attaques des militaires anglo-américains échouèrent systématiquement face à des indiens résistants qu'ils appelaient alors les Mill-Creeks et dont la connaissance du terrain était incomparable. De ce constat d'échec, l'extermination des indiens est devenue une affaire locale.

Anderson et Good, deux redoutables chasseurs d'indiens.

Avant de s'attaquer aux Yahis proprement dit, Anderson et Good se sont fait la main pour ainsi dire sur d'autres Yanas plus vulnérables au nord, car moins protégés par les maquis et les terrains scabreux du sud. Ces deux chasseurs armés de fusils connaissaient aussi bien le territoire Yana que les indiens eux-mêmes. Ils organisaient des expéditions punitives, des véritables massacres financés par les fermiers dont les terres et les troupeaux avaient soi-disant été pillés par les indiens. La notion de propriété n'existait pas dans les conceptions philosophiques des indiens si bien que les désigner coupables revenait à désigner coupables des innocents. Quelles que soient les raisons de ces massacres, en 1870, les Yahis n'étaient plus assez nombreux pour s'opposer aux colons.

De la naissance d'ISHI à sa mort.

ISHI est né dans les années 70. Son enfance est marqué par les massacres successifs de son peuple perpétrés par les colons. Il a fait partie des quelques survivants Yahi retirés dans leurs repaires après avoir essayé en vain de négocier l'échange de leurs arcs contre les prisonnières indiennes. Les survivants Yahi ont vécu environ 30 années isolés sans avoir aucune relation avec les colons. Des histoires circulaient toujours au sujet des indiens, les habitants en avaient toujours peur, des individus isolés les auraient rencontrés, et repoussés encore, mais rien de sûr ne venait confirmer leur existence jusqu'au jour où ISHI fut recueilli en 1911 par Kroeber et Waterman. Si ISHI n'a vécu que 4 ans et demi au service du Muséum d'anthropologie de l'université de Californie, son apport à la connaissance de son peuple s'est révélé fructueux.

 

La Voie du fantôme (1987), de Tony Hillerman; polar Rivages-Noir).

Qui d'autre que Jim Chee, le policier navajo, aurait accepté de quitter la grande réserve où vit son peuple pour poursuivre son enquête auprès des laissés pour compte de Los Angeles ? Et ce départ pourrait-il être symbolique d'un autre départ, définitif celui-là ?

Hosteen Joseh Joe s'en souvenait de la manière suivante. Il avait remarqué la voiture verte en sortant de la laverie-blanchisserie automatique de Shiprock. Le rougeoiement du soleil couchant se reflétait dans le pare-brise. Au-dessus de la ligne jaune des trembles qui bordaient la rivière San Juan, la forme bleu-noir du rocher de Shiprock se découpait sur la lumière rougeoyant . la voiture avait l'air toute neuve et elle tanguait en avançant lentement sur le sol gravillonné ; le conducteur était légèrement penché à sa portière (...)

La Voie du Fantôme ferme les deux trilogies de Tony Hillerman dans lesquelles on a pu suivre ses deux héros récurrents Joe Leaphorn et Jim Chee. Dans la suite de son œuvre, il fait se rencontrer ces deux personnages.

Une fusillade près d'une laverie, un homme blanc est mort. Le Navajo qui l'a abattue, blessé dans l'échange de tir, cherchait un certain Leroy Gorman. Quelques jours plus tard, Jim Chee localise le blessé chez Hosteen Begay. Quand il arrive sur place avec le FBI, il découvre le hogan vide avec un trou dans le mur à l'arrière. Un rituel Navajo signifiant que quelqu'un est mort dans ce hogan. Chee découvre le corps du Navajo enterré plus loin, mais pas de trace du Hosteen Begay. Comme dans "Le Vent Sombre", son chef, le capitaine Largo, lui interdit de mener son enquête sous la pression des fédéraux et lui confie la recherche d'une jeune fille qui vient de fuguer. Jim Chee mettra peu de temps à se rendre compte que la fugueuse, Margaret Billy Sosi, est la petite fille de Begay…

Cette fois, Jim Chee mène son enquête hors de la réserve, à Los Angeles. A la fois à la poursuite de Sosi et de son avenir. Ses pensées vagabondent continuellement vers Mary Landon, l'institutrice blanche, rencontrée dans "Le Peuple des Ténèbres", remettant en cause son avenir de yataalii (chanteur cérémoniel Navajo). Encore une fois, on retrouve un Jim Chee, pas très efficace avec ses poings, oubliant sans cesse son arme mais terriblement bon enquêteur. Et encore une fois Tony Hillerman nous entraine dans une enquête originale et bien ficelée.

On ressort de cette trilogie avec l'envie de replonger dans cet univers tellement différent, presque merveilleux, dont les rites et légendes survivent tant bien que mal au monde des blancs. Heureusement, Tony Hillerman a été assez productif.

 

Coyote attend (1990), de Tony Hillerman; polar (Rivages-noir n° 134).

Cela faisait plusieurs semaines que Delbert Nez, un collègue de Jim Chee, souhaitait appréhender un suspect non identifié qui vandalisait et barbouillait de peinture blanche un relief basaltique au sud de Shiprock. Ce soir-là, Nez est tombé sur son vandale, mais ce dernier s'est révélé plus dangereux qu'il ne le croyait. Et lorsque Chee est arrivé sur les lieux, c'est pour retirer le cadavre de Nez de sa voiture en flammes. A cinq kilomètres de là, un vieillard marche sur la route. Il tient une bouteille de whisky à la main et a un pistolet glissé dans la ceinture de son pantalon. L'arme vient de servir. Lorsque Chee l'arrête, le vieil homme se contente de murmurer : "mon fils, j'ai honte".

Après Porteurs de peau, Le voleur de temps et Dieu-qui-parle, la nouvelle enquête de Joe Leaphom et Jim Chee.

"Grâce aux Navajos, Tony Hillerman peut désormais se targuer d'avoir inventé un genre inégalable : le polar à résonance poétique."

L'Arbre aux haricots (1994) et Les Cochons au paradis (1995), de Barbara Kingsolver (Rivages-Poche, Bibliothèque Etrangère n° 224 et 242).

«Le jour où j'ai franchi les limites du comté de Pittman je me suis fait deux promesses. J'en ai tenu une, pas l'autre.

La première était que je me trouverais un nouveau nom. De tous les noms qu'on m'avait donnés jusque-là, aucun ne m'emballait vraiment, et j'estimais que c'était le moment de prendre un nouveau départ. Je n'avais pas d'idée précise en tête, j'avais juste besoin d'un changement. Plus j'y pensais, plus il me semblait qu'un nom n'est pas quelque chose qu'on a vraiment le droit de choisir, mais qui vous est donné plus ou moins au hasard. Pourquoi ne pas laisser le réservoir d'essence décider pour moi ? Là où il serait à sec, je chercherais un signe.

J'ai bien failli devoir mon nom à la ville de Homer, Illinois, mais j'ai tenu bon. J'ai croisé les doigts en traversant Sidney, Sadorus, Cerro Gordo, Decatur et Blue Mound, et je bénis les ultimes vapeurs d'essence qui m'ont amenée jusqu'à Taylorville. Je m'appelle donc Taylor Greer.» (p. 24)

«Je suis allée dans la cuisine et j'ai ouvert le réfrigérateur pour la quinzième fois de la soirée. Toujours le même tableau : choux et beurre de cacahuète. J'ai fouillé dans un placard pour voir ce qui se cachait derrière les boîtes de haricots sautés et de sauce tomate. Il y avait une bouteille de mélasse Black Strap, une boîte de bouillie de maïs instantanée, et une boîte de saumon rose. J'ai envisagé toutes les combinaisons possibles et me suis décidée pour un deuxième sachet de tortilla chips. Voilà ce qui arrive aux gens qui n'ont pas la télé, ai-je pensé. Ils bouffent des saloperies jusqu'à en crever.» (p. 135)

«La vallée de Tucson se trouvait étalée devant nous, nichée dans son berceau de montagnes. La plaine déserte qui nous séparait de la ville s'offrait à nous comme une main à une diseuse de bonne aventure, avec ses buttes et ses mamelons, les lignes de vie et de coeur des lits secs de ses cours d'eau.

Venant du sud, un orage approchait, lentement. Il ressemblait à un immense rideau de douche gris-bleu tiré par la main de Dieu. C'était tout juste si on voyait au travers, si on distinguait les contours des montagnes de l'autre côté. De temps en temps de blancs rubans de lumière bondissaient nerveusement entre les nuages et les sommets des montagnes. Une brise fraîche se levait derrière nous, parcourant de frissons les troncs des prosopis.

Les oiseaux excités couraient sur le sol et se perchaient sur les herbes frêles qui se balançaient follement dans le vent.» (p 239-240)

Il y a tellement de beaux passages que j'aurais pu vous recopier quelques dizaines d'extraits...


 

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