Religions et croyances

Pour comprendre l'importance de la religion aux Etats-Unis, il faut la replacer dans son contexte historique. Tout à commencé avec l'implantation des premières colonies pour qui l'Amérique du Nord représentait un nouveau monde – au sens littéral du terme – et dans lequel elles allaient enfin pouvoir pratiquer leur religion sans être persécutées. En effet, les conséquences de la Réforme protestante au début du XVIème Siècle s'étaient traduites par une mise au ban, voire une persécution, des non-conformistes. L'Europe leur était devenue difficile à vivre, et c'est en partie pour fuir la vindicte des autorités que les candidats à l'émigration optèrent pour le grand voyage. L'Amérique leur offrait le meilleur espoir de survie à long terme et de réalisation de leurs objectifs religieux. C'est donc dans cet état d'esprit que débarquent les premiers colons du Mayflower en 1620.

 

L'Amérique du Nord devient donc le refuge de nombre de communautés persécutées dans l'Ancien Monde, et très tôt les différences religieuses s'accordent de particularismes régionaux. Le Massachusetts accueille des puritains et des calvinistes. La Virginie, identifiée à l'origine avec les nouvelle Eglise anglicane, accueille par la suite baptistes et calvinistes. Le Maryland devient terre des catholiques. L'Etat de New York et la Pennsylvanie accueillent William Penn et ses quakers; aussi les luthériens et divers protestants allemands (les amish d'aujourd'hui). Au nord, les comptés français limitrophes de l'actuel Québec s'établissent sous l'influence catholique, tandis que les Etats du Sud voient s'implanter l'Eglise évangélique ou baptiste. Evidemment, le pays grandit, et sous l'influence de nouveaux flux d'émigrants, le paysage religieux se modifie. Au XIXème Siècle, l'arrivée massive d'Irlandais augmente considérablement la communauté catholique; tendance qui s'accentue avec l'arrivée des Espagnols, d'Italiens, de Grecs et de Polonais. En provenance d'Europe de l'Est, une partie de la diaspora juive débarque à son tour. Quand bien même les premiers musulmans (les fameux Melungeons) seraient arrivés dès le XVIème Siècle, ce n'est que beaucoup plus tard, au milieu des années 1960, que la communauté musulmane s'étoffe, grâce notamment à l'afflux de "cerveaux" en provenance du Pakistan, d'Inde, du Bengladesh, du Liban ou de Syrie.

Parallèlement aux obédiences conventionnelles se développent de nombreuses sectes et Eglises dissidentes qui permettent à chaque Américain d'embrasser le corpus dogmatique le plus proche de ses aspirations. Dans son analyse de la société américaine, Tocqueville précisera que cette pluralité de l'offre religieuse a sans doute permis à l'Amérique de ne jamais tomber dans l'opposition entre le spirituel et le politique.

Si l'Amérique ne s'est pas dotée dès le départ d'une religion d'Etat, c'est en partie en raison du grand nombre de sectes protestantes qui gouvernaient les idées de l'époque, et dont aucune d'entre elles n'était prédominante. La devise nationale des USA, E pluribus Unum (de plusieurs, un), en est l'expression même. C'est en Virginie, où l'Eglise anglicane était la religion établie, que s'et jouée la bataille décisive de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Cette victoire occupe une place fondamentale dans l'histoire des Etats-Unis. A la ratification du premier amendement de la constitution américaine en 1791, soit 15 ans après la Déclaration d'Indépendance, les privilèges de toues les Eglises anglicanes (à l'exception de celles du Maryland) avaient été abolis. Il fallut attendre 1833 pour le Massachusetts.

 

En protégeant le libre exercice de la religion tout en interdisant l'établissement d'une religion officielle, le premier amendement de la constitution américaine fait es Etats-Unis el pays le plus religieux de la planète. George Washington affirmait : "Chaque pas qui nous fait avancer dans la voie de l'indépendance nationale semble porter la marque de l'intervention providentielle". Ce sentiment d'être investi d'un mission divine, en partie dû au puritanisme enraciné dans le calvinisme, et qui plus tard trouvera une résonance particulière en s'opposant à l'athéisme du bloc soviétique, n'a jamais cessé d'émailler les discours politiques des présidents américains. Il n'y a rien d'étonnant, donc, à ce que Bush, protestant méthodiste, en appelle à une croisade contre "l'axe du Mal" au lendemain du September Eleventh.

 

Aujourd'hui, les Américains continuent d'accorder un rôle essentiel à la religion dans la vie sociale et politique de leur pays. Depuis l'école où les jeunes élèves prêtent serment au drapeau "sous les auspices de Dieu" aux serments du président sur la Bible, la religion s'immisce dans tous les aspects de la vie civile. Les émissions de radio et de télévision sont aujourd'hui une composante majeure de l'outil religieux. L'explosion de l'offre et l'accessibilité aux programmes (câble, Internet, téléphonie mobile) permet aux sectes même mineures, ou aux petites Eglises évangéliques, souvent moins hiérarchisées et plus en adéquation avec une "approche plus individuelle" de Dieu, de pérenniser l'occupation des ondes. De ce fait, l'individu est en prise directe et quasi permanente avec le contenu religieux. A titre d'exemple, chaque semaine, le nombre d'Américains célébrant un office religieux est supérieur à celui assistant à une rencontre sportive. Une grande majorité d'Américains sont affiliés à une paroisse, et le choix de résidence est le plus souvent assujetti à l'emplacement d'un lieu de culte. Il n'y a qu'à se balader dans une ville américaine pour voir combien les habitants sont fiers d'appartenir à leur paroisse.

 

La religion est même devenue un véritable catalyseur au service du développement urbain. A Los Angeles, la cathédrale Notre-Dame des Anges dépasse de beaucoup le simple lieu de culte dans la mesure où elle sert de support à toute une politique fédérale, notamment en ce qui concerne les programmes éducatifs, et d'assistance aux plus démunis.

Le phénomène des "megachurches" est un exemple probant de l'instrumentalisation de la religion au service des idéaux libéraux. Dans son étude de la société américaine au début du XXème Siècle, Max Weber, l'un des fondateur de la sociologie moderne, soulignait déjà le rapport étroit entre l'éthique protestante et le capitalisme. Ces établissements conceptuels du "tout religieux" trouve des garderies, des bibliothèques, des salles de spectacles et même des terrains de sport. Ces équipements, où tout a été pensé pour le confort intellectuel du croyant, incitent les familles à venir y passer leur temps libre.

 

Les Etats-Unis forment un véritable patchwork de religions. Sur les 70 % d'Américains qui se déclarent régulièrement pratiquant, on compte environ 140 millions de protestants, 62 millions de catholiques, 5 millions de juifs et 5 millions de musulmans. Mais cette répartition n'est pas constante. Les experts s'accordent à dire que chaque année environ 60.000 hispaniques, à l'origine catholiques, quittent leur religion pour embrasser une doctrine évangélique comme le pentecôtisme, par exemple. Il est vrai que ces Eglises ont connu une croissance importante depuis les années 1970, grâce au développement des médias et notamment de la télévision, sur laquelle elles sont très présentes. A titre d'exemple, "The House of Power", l'émission de Robert Schuller, célèbre télévangéliste californien, est regardée tous les dimanches par plus de 20 millions de personnes. A noter également qu'actuellement, c'est la religion musulmane qui croît le plus rapidement aux Etats-Unis. Depuis la création de la fédération des associations islamiques en 1950, le nombre de mosquées sur le territoire américain est passé de 150 à 1.250 en un demi-siècle.

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