San Francisco (1)

Situé à 406 miles environ au nord de Los Angeles, San Francisco est un peu son antithèse. Mosaïque de populations, cette ville tournée vers la mer symbolise, depuis les années 1960, le départ de l'espérance d'une vie meilleure pour les nombreux exclus de la société américaine, comme certaines minorités ethniques ou sexuelles. Bref, San Francisco est une ville incomparablement différente du reste des Etats-Unis pour sa diversité culturelle, sa tolérance et son regard tourné vers l'extérieur.

 

On se sent à juste titre... ailleurs. Cela se découvre dans le mode de vie local, dans les mouvements culturels originaux et parfois politiquement incorrects; mais également dans l'urbanisme. Comparé à d'autres cités, on trouve peu de gratte-ciel dans le centre-ville. Ceux-ci doivent en effet répondre à des normes esthétiques très précises, coûteuses et contraignantes pour le promoteur... Mais la "City by the Bay", comme on l'appelle là-bas, s'affirme principalement par sa diversité ethnique : de ses 752.000 habitants (1,6 million avec l'agglomération), environ 200.000 sont chinois, 100.000 latinos et beaucoup d'autres sont noirs, italiens, japonais, etc... Si chacun, au premier abord, semble cantonné dans son quartier, ne vous fiez pas aux apparences; les frontières sont plus perméables qu'il n'y paraît. Dans quel endroit du pays pourriez-vous rencontrer un couple chinois homo et adepte du piercing, se déhanchant sur une musique latino en sirotant du Martini (un exemple parmi d'autres) ? Un même état d'esprit unit les San-Franciscains, révélé encore, voici quelques temps déjà, par un vote soutenu contre une proposition de loi anti-immigrés; genre de lois particulièrement envahissantes ces dernières années en Californie...

 

San Francisco est sûrement l'une des plus belles villes du monde. Elle vous enchantera avec ses collines et ses fameuses rues en pente. Vous découvrirez avec bonheur de très nombreux quartiers (aussi différents par leur décor et leur ambiance que par leur population) et des sites somptueux, qui font sa très grande richesse culturelle. Ajoutez à cela des dimensions à taille humaine, des rues larges ou étroites où l'on peut marcher sans que cela semble suspect. Pas étonnant que les Américains l'aient surnommée Everybody's Favorite City...

 

Malheureusement, toute médaille à son revers, et on la surnomme aussi Fog City ! La petite phrase d'Hemingway "Le pire hiver que j'aie jamais passé, c'est un été à San Francisco" résume pas mal la situation. Il y fait frais (spécialement le soir) et, en été (où la chaleur ne dépasse guère les 20° C), le brouillard très épais qui survient sans prévenir vous empêche souvent de profiter des beautés de la ville. En fait, pour la visiter, la meilleure période est le printemps (qui commence un peu pus tôt que le nôtre) ou l'arrière-saison : il y a moins de touristes, moins de brouillard et on peut quand même profiter de belles journées ensoleillées.

Bref, San Francisco est une ville pour se reposer de l'Amérique !

Frisco fait son cinéma

Depuis les années 1920, San Francisco a servi de décor naturel dans de nombreux films. Rappelez-vous, dans Bullitt (1968), la longue course-poursuite de Steve McQueen au volant de sa Mustang et la scène finale sur le tarmac de l'aéroport. Et aussi le plongeon de Kim Novak dans la baie à Fort Point, sous le Golden Gate Bridge, immortalisé par Hitchcock dans Vertigo (1958). Et encore Harold et Maude de Hal Ashby (1971), l'Evadé d'Alcatraz avec Clint Eastwood (1979), Mrs Doubtfire (1993) avec Robin William métamorphosé en nanny, Un amour de Coccinelle (1968) avec... Choupette dans les virages en épingle à cheveux de Lombard Street. N'oublions pas non plus The Rock... et bien d'autres... A vos DVD !

Un peu d'histoire

En 1579, le grand corsaire anglais Francis Drake aborde la côte californienne, à quelques jets d'ancre de ce qui ne s'appelle pas encore la baie de San Francisco, et prend possession du territoire au nom de la reine d'Angleterre.

 

La Californie avait été "découverte" peu de temps auparavant par Cortès (qui lui avait trouvé son nom), mais les Espagnols n'en avaient pas encore exploré le Nord. Curieusement, ce n'est qu'au XVIIIème Siècle que la baie elle-même est découverte, par des missionnaires espagnols : cachés par le brouillard, elle avait échappé aux investigations précédentes ! Saint-François d'Assise étant le patron de ces missionnaires, la ville prend naturellement le nom de San Francisco. On construit alors une première église qui lui est dédiée, ainsi que la forteresse du Presidio, et des colons espagnols venus du Mexique commencent à s'y installer...

 

La folle histoire des chercheurs d'or

En 1848, San Francisco n'est qu'un tout petit village de pêcheurs, quand... un jour, à quelque 220 km de là, John Marshall apporte à son patron, le Suisse John Sutter, la première pépite d'or. Selon la légende, Sutter parvient quelques temps à cacher la trouvaille, jusqu'au jour où un colon ivre mort arrive dans les rues de San Francisco, s'écriant "De l'or ! De l'or !" en brandissant un sachet...

 

C'est le début du mythe de San Francisco. En à peine deux ans, toute la région est envahie d'aventuriers, de mineurs, de chômeurs, de filles de joie, de commerçants et de scélérats de tout poil, venu du monde entier... S.F. pousse comme un champignon. De là, vient le nom de la Golden Gate : la porte de l'Or, non pas parce qu'elle était en or, mais parce qu'en la franchissant, on pénétrait au pays de l'or... Quelle fièvre !

 

Une dizaine d'années plus tard, le filon est tari. Mais ô miracle, après l'or, l'argent fait son apparition dans les montagnes des environs. Cette fois, ce sont les investisseurs et les mineurs professionnels qui accourent. La ville sort alors peu à peu de son ambiance Far West pour prendre des allures de métropole plus sérieuse, avec ses banques, ses commerces et ses bureaux. Grâce à cette incroyable alchimie d'ethnies et de milieux sociaux qui lui donne son caractère unique, San Francisco ne perdra jamais tout à fait son tempérament pionnier. L'ancienne Sodome et Gomorrhe de la conquête de l'Ouest conserve, aujourd'hui encore, une atmosphère délicieusement décadente, parfois même assez sauvage. Précisons quand même que le nouvel eldorado n'est plus l'or, l'argent ou encore le pétrole, mais l'informatique et la viticulture. Les Silicon et autres Napa Valleys ont éclipsé la Sierra Nevada.

San Francisco, berceau de Jack London et des Beatniks

Que Jack London soit né dans la ville des chercheurs d'or n'étonnera personne. Fils d'un soi-disant astrologue constamment endetté, et qui d'ailleurs ne le reconnut jamais, il porte le nom du second mari de sa mère. Jack mena une enfance malheureuse qui l'incita à s'engager dès l'âge de 15 ans dans la Navy, puis à tenter toutes sortes d'aventures pour échapper au sort d'ouvrier qui lui était destiné. Il y réussira, mais pas comme il l'avait imaginé : c'est son talent de conteur, d'abord dans la presse, puis à travers des romans devenus classiques (Croc-Blanc, L'Appel de la forêt, etc...), qui fera de lui l'un des premiers millionnaires de l'histoire de l'édition. Une fortune qui ne lui fit par renier ses engagements : il milita toute sa vie pour le socialisme, et ses écrits politiques ont été souvent visionnaires...

 

Curieusement, l'un de ses fils spirituels est un autre Jack : Kerouac, auteur de Sur la route, ouvrage phare qui inspira de nombreux routards. Comme London, Kerouac (qui n'est pas né à S.F. mais dans le Massachusetts) pris la route très tôt et fit tous les métiers avant de devenir célèbre en écrivant des romans (largement autobiographiques), dont Le Vagabond Solitaire.

 

Cependant, même si sa vie d'errance semble s'inspirer de celle de London (dont l'un des premiers romans s'appelait Les Vagabonds du rail), Kerouac ira encore plus loin dans la révolte et la quête artistique. Il faut dire aussi qu'il n'est pas tout seul : sa bande de copains poètes l'a probablement encouragé dans cette voie. N'oublions pas que S.F. fut le creuset du mouvement beat. Un mot qui viendrait, selon son "pape" Kerouac, de "béatitude". En argot, beat signifie également "pulsation", "au bout du rouleau" et "vagabond". Tout à commencé en 1955... Allen Ginsberg venait de terminer Howl, et ce poème fut le point de départ d'un mouvement de rupture et de ralliement qui avait pour objectif de dénoncer les existences animées par l'ambition. Il en fit une lecture publique à laquelle assistaient toutes les figures désormais historiques de la beat generation : Kerouac, Burroughs, Cassidy, Welsh et MacClure. Ferlinghetti, le fondateur de la librairie City Lights, édita aussitôt ce texte qui prit vite l'allure d'un manifeste. L'ouvrage passa en justice pour obscénité, mais fut "relaxé". Certains journaux avaient titré au moment du procès : "Les flics ne permettent aucune renaissance ici !".

Aussi important qu'Allen Ginsberg (disparu en 1997) et Kerouac, leur grand ami William S.Burroughs (disparu lui aussi en 1997) est une autre figure essentielle de la littérature américaine moderne. Homosexuel et défoncé notoire, ce fils de grande famille dus s'enfuir au Mexique après avoir tué sa femme par accident : il avait voulu renouveler l'exploit de Guillaume Tell lors d'une soirée un peu trop arrosée ! (précision pour ceux qui se demandent pourquoi Burroughs avait une femme : le mariage étant blanc !). A Tanger, il rédigea Le Festin Nu, roman culte qui exploite la technique novatrice du cut-up, mise au point par Burroughs. Ce livre, désormais considéré comme un classique, influença bon nombre de poètes et d'écrivains (de Paul Bowles à Philippe Sollers !), de chanteurs rock (Bob Dylan, les Beatles, David Bowie, Led Zeppelin, Patti Smith, Kurt Cobain, ...) mais aussi des peintres contemporains (Keith Haring, Rauschenberg) et des cinéastes comme Gus Van Sant, Robert Frank ou encore David Cronenberg, le réalisateur de Dead Zone et Crash, qui adapta Le Festin Nu à l'écran.

Le mouvement beatnik, ainsi appelé par le journaliste H. Caen, anticommuniste notoire, n'est pas une mode (les vrais beatniks n'avaient pas les cheveux longs comme on le croit souvent !) ni un comportement nouveau. C'est avant tout une nouvelle forme de poésie et d'écrits, qui s'inspire en partie des expériences de Rimbaud et des surréalistes, des romans de Joseph Conrad et bien sûr du jazz (le rock n'étant pas encore né). En revanche, la période hippie qui en découla "spirituellement" a moins bien résisté au temps. En effet, les leaders hippies n'étaient pas écrivains : il n'est donc pas resté grand-chose en littérature du mouvement inspiré par ses grands frères beatniks.

 

Toujours est-il que S.F. est sans doute la ville la plus "littéraire" des Etats-Unis... En 1988 eut lieu un évènement considérable : douze rues (mineures) changèrent de nom pour honorer les écrivains et artistes nés ou ayant travaillé à San Francisco. Parmi eux, Jack London et Jack Kerouac, bien sûr, mais aussi Bob Kaufman, Samuel Beckett, Dashiell Hammett, Mark Twain, Isadora Duncan, etc...

Là où y a de la "gênes"

En 1847, Levi Strauss, un immigré juif de Bavière, arrive à San Francisco avec un lot de bâches bleues. Il commence à les tailler pour en faire des pantalons. Les chercheurs d'or aiment leur solidité. Le tissu, importé de Nîmes, donne denim en anglais. Le mot jean vient quant à lui de Gênes, port italien d'où le tissu est expédié vers les Etats-Unis !

 

Le pantalon de M. Levi Strauss était renforcé par des rivets, ce qui le rendait extrêmement solide. En 1937, une association de parents d'élèves réussit à faire supprimer les rivets des poches arrière car ils abîmaient bancs et chaises. Ce qui fut fait. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la demande était si forte que les jeans Levi's n'étaient vendus qu'au personnel militaire.

 

"If you're going to San Francisco...

...be sure to wear some flowers in your hair." La chanson de Scott MacKenzie est encore dans les têtes : pour toute une génération, S.F. fut la ville symbole de la libération hippie. C'est en effet dans la Bay Area (la baie de San Francisco) que tout démarra, dans deux lieux devenus mythiques : l'université de Berkeley et le quartier de Haight-Ashbury.

En 1963, lors des marches de contestation du Free Speech Movement, une certaine Joan Baez prend le micro sur le campus de Berkeley pour appeler à lutter contre la censure et pour la liberté de parole. Un an après, l'agitateur d'idées et "grand gourou" du LSD, Timoty Leary, accompagné des représentants de la beat generation Allen Ginsberg, Jack Kerouac et William Burroughs, annonce officiellement l'avènement de la "révolution psychédélique", relais entre le mouvement beatnik et la génération hop. Les étudiants de Berkeley les prennent au mot : ils rebaptisent leur université "Trip City"!

 

A partir de 1965, depuis la mémorable Halloween Acid Party (sic !), la musique propage ces discours révolutionnaires grâce à l'émergence d'une scène locale incroyablement active – que l'on retrouvera par la suite au grand complet au festival de Woodstock (sur la côte est). Parmi les groupes les plus importants de S.F. les pionniers du rock psychédélique Grateful Dead (dont le guitariste Jerry Garcia fut surnommé Captain Trips !), Jefferson Airplane (et sa chanteuse Grace Slick, qui deviendra le chantre du mouvement hippy), Country Joe MacDonald and The Fish (groupe formé par des étudiants de Berkeley opposés à la guerre du Vietnam) et Big Brother and The Holding Company, qui révèle une chanteuse du nom de... Janis Joplin. Sans oublier un autre héros de l'histoire du rock planant, que l'on retrouvera aussi à Woodstock : Carlos Santana, jeune guitariste mexicain issu du quartier de Mission.

En 1966, le mouvement prend un nom : dans la revue Rolling Stone, édite à San Francisco, l'écrivain Hunter Thomson est l'un des premiers à employer le terme de "hippies", qui semble vouloir dire "ceux qui on pigé" en argot noir. Ils se sont trouvé un quartier à eux : Haight-Ashbury, aussitôt rebaptisé "Hashbury" (jeu de mots évident) avant de devenir pour le monde entier "Hippyland". Attirés par les maisons anciennes aux loyers dérisoires, ils s'installent sur Ashbury Street, dans le sillage de Jimi Hendrix, Janis Joplin, Grace Slick et l'écrivain Richard Brautigan.

Les "hips" lisent Zap Comics, la revue rigolote vendue à la criée dans les rues de S.F. et lancée par les dessinateurs Crumb (qui illustra les pochettes de Janis Joplin) et Shelton (le papa des fameux Freaks Brothers). Le soir, la scène franciscaine se retrouve aux grands concerts du Fillmore Auditorium organisés par Bill Graham, gourou du "San Francisco Sound". En attendant les gigantesques festivals gratuits du Golden Gate Park, les Human Be-In. En 1967, l'"été de l'amour" attire plus de 500.000 personnes à San Francisco. Ces runaways arrivent de partout, fuyant l'Ouest profond ou le Sud réactionnaire pour goûter à ce courant de liberté que leur promet la ville. Ils viennent pour la musique, pour l'amour, mais aussi pour les hallucinogènes : le LSD vient d'être interdit, mais on est sûr d'en trouver ici... malgré le nouveau sénateur conservateur qui veille au grain, un certain Ronald Reagan.

Les abus en tout genre et les désillusions auront raison du mouvement dès 1969, aussitôt après le festival de Woodstock et la mort de Janis Joplin et de Jimi Hendrix (la même année !). Quelques purs et durs garderont le flambeau peace and love, comme Santana, dont le message pacifiste n'a jamais changé. Quant au groupe Grateful Dead, il continue à jouer devant des millions de nostalgiques, au point de devenir le groupe américain dont les concerts rapportent le plus de dollars ! Un paradoxe qui heureusement n'a jamais entamé leur musique, toujours aussi planante... Depuis, d'autres ont pris la relève. Mark Eitzel, American Music Club, Swell, Mazy Star... puisent dans le registre psychédélique.

 

La saga des tremblements de terre

San Francisco, comme toute la Californie, est située sur la grande faille de l'Océan Pacifique, appelée faille de San Andreas. C'est donc une région tectonique instable. En 1906 eut lieu un terrible tremblement de terre : 28.000 maisons (les 4/5 de la ville) furent détruites. Moins d'ailleurs par le séisme que par l'énorme incendie qui embrasa la ville et dura 3 jours.

Religieux et puritains de l'époque avaient affirmé que la catastrophe représentait la punition divine méritée pour une ville décadente et dévoyée (avant tout, grand port où régnaient en maîtres jeu et prostitution). Comment donc interpréter le séisme d'octobre 1989 (7,1 sur l'échelle de Richter), qui provoqua le dramatique effondrement du Bay Bridge ? Punition contre la Sodome et Gomorrhe de l'Ouest américain ou contre les automobilistes dont quelques dizaines périrent sous es milliers de tonnes de béton ? En effet, paradoxalement, en dehors de piégés du pont, il n'y eut que très peu de personnes victimes du séisme en ville. Les normes antisismiques rigoureuses appliquées aux immeubles se révélèrent d'une totale efficacité. Seules certaines maisons en bois du quartier de Marina s'écroulèrent à la suite de glissements de terrain (c'est là qu'on trouva les uniques et malheureuses victimes en dehors du pont).

Jusqu'ici on ne parlait que de la faille de San Andreas, qui provoque une ou deux secousses de magnitude 3 chaque jour, mais depuis quelques années les scientifiques s'intéressent à la faille de Hayward qui traverse, plus à l'intérieur, Oakland, Fremont, et qui est assez proche de Berkeley et de San Jose. Cette faille est pour le moment paresseuse, mais elle inquiète néanmoins les autorités et... la population, car elle traverse une région très habitée, en particulier Oakland, dont les constructions ne sont pas conçues en fonction des risques sismiques. Chaque soir, aux infos locales, après ou avant la météo, ne manquez pas de jeter un coup d'œil à l'earthquake report, détaillant les secousses de la journée...

 

Quand au "Big One", il fait l'objet d'une sollicitude de tous les instants, au travers d'enregistrements permanents des vibrations du sol. Il devrait toucher, selon les experts, la région proche de San Bernardino, entre San Francisco et Los Angeles, région heureusement peu habitée et dont la plupart des constructions sont aux normes prévues. But when ? That is the problem...

 

Faille juridique : San Francisco se releva très rapidement du tremblement de terre de 1906; l'année suivante, 6.000 immeubles avaient été remis debout et plusieurs milliers d'autres étaient en construction. Tout cela grâce à la décision d'un juge qui affirma que la destruction de la ville n'était pas due au séisme, mais à l'incendie qui s'ensuivit. Les compagnies d'assurances, très réticentes à payer les dégâts, furent donc mises en demeure d'honorer les contrats incendie. Sacré Amérique !

Les homeless

Difficile de ne pas consacrer quelques lignes au sujet préoccupant des sans-abri. Effectivement, si elle n'est que la 13ème ville du pays par la taille, San Francisco est la 3ème par le nombre le sans-abri dans ses rues. Ils sont estimés à environ 5.000, dont un tiers serait toxicomane et un autre tiers schizophrène. Cette situation très particulière s'explique par la volonté d'un certain gouverneur, Ronald Reagan, à la fin des années 1970, de faire des économies dans le budget de l'Etat. On ferma donc bon nombre d'institutions s'occupant de malades mentaux légers – parmi lesquels d'anciens du Vietnam traumatisés par la guerre. Sans doute les autorités croyaient-elles qu'ils allaient s'évaporer, ou sortir leurs ailes pour s'envoler dans le pays de leurs songes... mais ils sont restés.

 

A l'automne 1999, une série de meurtres de SDF faisait la une des journaux. La ville avait-elle enfanté ses propres escadrons de la mort pour faire le ménage ? Les mauvaises langues allèrent même jusqu'à affirmer que le maire de l'époque, William Brown, n'était pas étranger à la chose. Si l'affirmation paraît des plus douteuses, il reste que ses services ont entamé alors une guerre sans merci contre les SDF. On leur infligeait des amendes quand ils dormaient dans la rue, saisissant le peu d'affaires qu'ils possédaient (y compris les couvertures données par des associations humanitaires ou religieuses) et on fermait de plus en plus de shelters, les derniers centres d'accueil de la ville. L'Amérique, "donneuse de leçons", a décidément bien du mal à vivre avec ses pauvres. Gageons que le démocrate Gavin Newson, nouveau maire de la ville, jouera son va-tout sur cette question. En attendant, les homeless errent toujours, quémandant parfois, le regard perdu au loin. Toujours impressionnant.

 

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