Un peu d'histoire

 

La Californie était habitée depuis plus de 13 000 ans par de nombreuses tribus amérindiennes, lorsque les explorateurs européens l'atteignent au XVIe siècle. Oubliée durant le XVIIe siècle par les Espagnols, elle n’est colonisée qu’à partir de 1765 sous l’impulsion de Charles III d’Espagne. Cette colonisation repose sur trois piliers : les missions, qui convertissent les Amérindiens, les « presidios », qui assurent la défense du territoire, et enfin les pueblos, où résident les colons. C’est à cette époque que les Britanniques et les Français commencent à s’intéresser à la Californie, suivis par les Russes au début du XIXe siècle.

 

 

 

À la suite de l’indépendance mexicaine, la Alta California (Haute Californie) devient un État mexicain, mais les États-Unis s’intéressent très vite à la région, si bien qu’ils l’annexent après la guerre américano-mexicaine, en 1848, ces territoires étant dénommés : Cession mexicaine. La Ruée vers l’or fait affluer plus de 200 000 colons dans le nouveau territoire, la partie occidentale devient dès 1850 le 31e État de l’Union. La Californie s’allie aux nordistes lors de la Guerre de Sécession et se développe rapidement grâce au chemin de fer. Ce développement n’est entravé au XXe siècle que par le problème de l’eau et de la pollution, qui sont toujours d’actualité, tout comme les problèmes liés à l’immigration et les tensions raciales.

 

La domination amérindienne

La géographie de la Californie, riche et diverse et son climat, de type méditerranéen, ont permis aux Hommes, de s’y installer dès la Préhistoire. En effet, l’eau est abondante (l’océan Pacifique et fleuves : Colorado) et le climat est tempéré (étés secs, hivers doux. Même latitude que la France : environ 35°N). Cependant, une grande partie de la Californie est montagneuse, puisqu'elle est bordée par la Sierra Nevada, dont le point culminant est le Mont Whitney, elle possède aussi des déserts très chauds, comme la Vallée de la Mort.

On connaît très peu de choses sur la préhistoire californienne. Les restes de l'Arlington Springs Man, retrouvés sur l’île Santa Rosa (à l'époque île de Santa Rosae), située au sud de la Californie, indiquent que la région est habitée depuis au moins la dernière ère glaciaire (Glaciation Wisconsin), il y a environ 13 000 ans (fin du Paléolithique supérieur). C'est le plus ancien squelette humain connu d'Amérique du Nord.

D’après les anthropologues, cette population aborigène descendrait des peuplades plus anciennes qui passèrent d’Asie (Sibérie) en Amérique du Nord lorsque les deux continents étaient encore reliés, vers la fin du Pléistocène, par un bras de terre. (Voir Théories du premier peuplement de l'Amérique).

Les Amérindiens étaient divisés en de nombreuses tribus réparties à travers le territoire, dont les Chumash, Maidu, Miwok, Modoc, Mohave, Ohlone et Tongva, ainsi qu’une centaine d’autres. Ces groupes parlaient différentes langues telles que le chimariko, esselen, karok, salinan, washo ou yana. Leur mode de vie était différent selon leur localisation : sur la côte, par exemple, les Chumash vivaient de pêche et de collecte des coquillages depuis le IIIe millénaire av. J.-C. tandis qu’à l'intérieur des terres, les Amérindiens avaient recours à l’irrigation et utilisaient l’eau pour cultiver des melons, du maïs, des haricots et des potirons.

Les recherches effectuées ont établi six aires culturelles à l’intérieur desquelles les différents peuples partageaient des mœurs et des caractéristiques semblables : territoires de la Californie du Sud, Californie centrale, Californie du nord-ouest, du nord-est, du Grand Bassin et du fleuve Colorado.

À la recherche d’un eldorado

Le XVIe siècle est celui des premières explorations effectuées par les Européens sur la côte californienne. Aux environs de l’année 1530, la rumeur parvient à Nuño Beltrán de Guzmán, administrateur de la Nouvelle-Espagne, que les Sept Villes de Cibola ont des rues pavées d’or et d’argent. À la même époque, Hernán Cortés est attiré par des histoires semblables décrivant Ciguatan, une contrée merveilleuse située loin au nord-ouest, qui serait peuplée par des Amazones et abonderait en or, en perles et en pierres précieuses. Se disant que ces rumeurs et légendes recèlent peut-être un soupçon de vérité et désigneraient un même endroit, une expédition est lancée pour essayer de découvrir ce pays.

 

En 1533, celle-ci découvre une baie, sans doute celle de La Paz, mais doit repartir au vu de la difficulté que représenterait une exploration des terres plus lointaines. Cortés mène d’autres expéditions, en 1534 et 1535, sans pour autant trouver le pays qu’il recherche. Cependant, le 3 mai 1535, il décide d’appeler la région découverte « l'île de Santa Cruz » (aujourd’hui, c’est la péninsule de Baja California) et fonde la ville qui devient par la suite La Paz, un peu plus tard ce printemps-là.

En juillet 1539, les histoires qui avaient poussé l’explorateur à l’aventure ressurgissent. Cortés envoie Francisco de Ulloa avec trois petits navires effectuer une nouvelle expédition, qui atteint l’embouchure du Colorado, fait le tour de la péninsule et navigue jusqu’à l’Île Cedros. C’est à l’issue de ce voyage qu’apparaît pour la première fois le nom « California », utilisé pour désigner le nouveau territoire.

À la recherche d’un passage vers les Indes

D’autres explorateurs ont plutôt recherché dans cette région un moyen d’accéder plus rapidement à l’Asie (c’était le motif du voyage de Christophe Colomb). Dès le xvie siècle, des galions espagnols revenant des Philippines longent les côtes californiennes pour descendre ensuite vers Acapulco. Le Portugais João Rodrigues Cabrilho désire ainsi y trouver le mythique Détroit d’Anián, aussi appelé Northwest Passage par les navigateurs britanniques. Œuvrant pour la Couronne d’Espagne, il organise une expédition de deux bateaux, le Victoria et le San Salvador, qui partent de la côte occidentale de ce qui est aujourd’hui le Mexique, en juin 1542. Il débarque le 28 septembre dans la baie de San Diego et revendique au nom de l’Espagne ce qu’il pense être l’île de Californie.

 

 

 

Poursuivant sa route, il découvre l’Île San Miguel, l’une des îles composant les Channel Islands de Californie. Il désire aller plus au nord pour essayer de découvrir l’hypothétique passage, mais meurt durant le voyage, et le reste de l’expédition est mené par Bartolomé Ferrelo, le pilote de l’expédition, qui arrive jusqu’à la frontière moderne entre les États de Californie et de l’Oregon en suivant le dernier vœu de Cabrilho, à savoir explorer la côte jusqu’au bout. Ferrelo doit cependant rebrousser chemin lorsqu’une forte tempête endommage les nefs et coûte la vie à de nombreux marins. C’est pendant ce voyage que sont faites les premières descriptions des Amérindiens de Californie par les Européens et que l’Alta California (Haute-Californie) est découverte.

Par la suite, en 1579, l’explorateur anglais Francis Drake, en naviguant le long de la côte californienne, découvre le 17 juin ce qu’il décrit comme un excellent port naturel, où la réparation et le réapprovisionnement de ses navires sont possibles. Drake revendique cette nouvelle terre, qu’il appelle Nova Albion en l’honneur de la reine Élisabeth Ire. On ignore cependant où se situait ce port ainsi que l’étendue exacte des terres revendiquées.

Le xviie siècle

En 1602, Sebastián Vizcaíno poursuit l’exploration de la côte jusqu’à la baie de Monterey, où il arrive le 16 décembre, et fait un schéma détaillé des eaux côtières de la Californie, qui va être utilisé jusqu'au début du xixe siècle. Il renomme beaucoup d’endroits déjà explorés par les Espagnols au siècle précédent. D’autres expéditions de moindre importance se succèdent : celles de Tomas Cardova en 1610 et 1636, de Francisco Ortega en 1632 et 1636, de Luis Cestin de Canas en 1642, de Porter y Casanate en 1644, de Bernal de Pinadero en 1667, et celle d’Ysidro Otondo en 1683.

Jusqu'au xviiie siècle, aucune colonie n'a été établie en Californie. L'Espagne préfère centrer son attention sur le Mexique, le Pérou et les Philippines, et si elle prétend contrôler toutes les terres touchant l'océan Pacifique, dont la Californie, elle ne profite réellement de la région qu'au niveau des diverses explorations citées plus haut. Les autres puissances coloniales ne considèrent pas, elles non plus, la Californie comme un territoire intéressant. Elle est perçue comme une région sauvage ne possédant à première vue que peu de ressources, ce qui n'intéresse pas les colons ; de plus, son accès est difficile, que ce soit par voie terrestre ou maritime, au regard des moyens de l'époque. Il faut attendre le siècle suivant pour que la Californie paraisse plus attractive et accessible.

 

 

La colonisation

 

La menace d’une incursion des Russes depuis l’Alaska et d'une possible concurrence de la Grande Bretagne pousse Charles III d’Espagne à organiser une colonisation de la Californie en 1765. Cependant, l’empire colonial espagnol n’a plus vraiment les moyens de procéder à un effort aussi important : ce sont donc les moines franciscains, protégés par quelques troupes, qui vont être les pivots de cette colonisation. Entre 1774 et 1791, plusieurs expéditions sont menées pour explorer la région du nord-ouest du Pacifique, mais le roi décide de limiter l’action espagnole en ne dépassant pas la Californie du Nord, à cause du coût trop important d’un tel projet.

En mai 1768, l’inspecteur général José de Gálvez organise une grande expédition. Le capitaine Gaspar de Portolà se porte volontaire pour la diriger. L’expédition terrestre arrive sur le site de l’actuelle San Diego le 29 juin 1769 et y établit le Presidio de San Diego. Avide de fouler la baie de Monterey, le groupe avance vers le nord le 14 juillet. Il se déplace rapidement, arrivant à l’actuelle Los Angeles le 2 août, à Santa Barbara le 19 août, et à l’embouchure de la Rivière Salinas le 1er octobre. Le 31 octobre le groupe atteint, pour la première fois, la baie de San Francisco, bien que les navires espagnols aient navigué le long de la côte durant près de deux cents ans, sans la découvrir. Le groupe retourne à San Diego en 1770. Laissant le capitaine Pedro Fages en charge du presido, de Portolà retourne au Mexique vers San Blas le 9 juin.

À la suite de cette expédition, la colonisation va commencer à travers trois éléments: l'installation des missions, des « presidios » et des pueblos.

 

 

Les missions

Junípero Serra, un franciscain espagnol d’origine majorcaine, fonde la chaîne des missions de l'Alta California avec la Mission San Diego de Alcalá en 1769 dont l’église est consacrée le 16 juillet. Plus tard la même année, il suit de Portolà au nord et atteint Monterey en 1770, où il fonde une seconde mission, celle de San Carlos Borromeo.

Le 17 septembre 1776, une expédition espagnole fonde un presidio (fort) à San Francisco et le 9 octobre la mission nouvellement construite est dédicacée à San Francisco de Asis (saint François d’Assise). En 1794, les neuf missions de Californie regroupent 4650 Indiens et 38 franciscains. Le nombre des missions atteint les 20 en 1821.

 

 Mission Santa Barbara

 

Les missions de Californie comprennent une série d’avant-postes religieux établis par les jésuites, franciscains et dominicains espagnols, dans le but d’étendre la doctrine catholique parmi les Amérindiens locaux, mais aussi pour fournir à l’Espagne des colonies et des ressources. Les missions introduisent l’industrie et la nourriture européenne dans la région. Elles sont souvent petites, avec deux pères et six ou huit soldats ; elles sont construites et entretenues par le travail des Amérindiens sans rétribution. Elles comprennent des quartiers pour les Amérindiens, logés dans des cabanes, des bâtiments agricoles, des ateliers et une église. En plus du « presidio » (fort royal) et du pueblo (la ville), la mission était l’un des trois piliers majeurs de l’Espagne pour consolider et agrandir ses colonies.

Les différentes tribus indigènes ne réagissent pas toutes de la même manière à l’arrivée des missions : certaines coopèrent activement avec les espagnols tandis que d’autres font acte de résistance, passivement ou activement. Le refus de coopérer, la destruction volontaire du matériel, voire la fuite, constituent leurs principales méthodes ; les soldats espagnols y répondent de manière sévère. Cependant, des révoltes plus importantes éclatent à plusieurs reprises. Ainsi, la première mission fondée par Serra est incendiée par les Amérindiens quelques mois à peine après sa fondation ; en 1775, la mission de San Diego est attaquée et un Franciscain assassiné; enfin, en 1781, les Yuma tuent une trentaine de soldats et quatre missionnaires. Kevin Starr décrit la situation comme un « état de guerre entre les colons espagnols et la majorité des Amérindiens de la région », et ce durant toute l'époque espagnole. Conséquence directe de la colonisation, la population amérindienne diminue rapidement sous l’effet des maladies : on pouvait recenser environ 300 000 Amérindiens en Californie en 1769 ; ils ne sont plus que 200 000 en 1821.

 

 

Mission San Juan Capistrano

Les avis divergent quant à l’impact qu’ont eu les missions sur les Amérindiens. Le débat a ressurgi dans les années 1980 lorsque Jean-Paul II a procédé à la béatification de Serra. Plusieurs articles dans les journaux avaient des titres similaires à celui-ci: « Serra : Saint or Sinner? » (« Serra, Saint ou pécheur? ») - du journal The Sacramento Bee. Aujourd'hui encore l'enseignement de cette époque de l'histoire de la Californie est controversé, les conditions de vie souvent dures des nouveaux convertis et le rôle des Européens dans la grande baisse de population citée plus haut étant parfois occultés. Les historiens notent que les tribus de la côte ont été les plus touchées, tandis que celles qui n’avaient pas ou peu de contact avec les Espagnols ont beaucoup moins souffert, que ce soit au niveau des épidémies apportées par les colons ou au niveau des missions.

 


Les districts militaires et presidios

Quatre « presidios » sont placés stratégiquement le long de la côte californienne et servent à protéger les missions et les autres installations espagnoles. Chacun de ces forts fonctionne comme une base d’opérations pour une région spécifique. Ils sont organisés comme suit :

El Presidio de San Diego, fondé en 1769, est responsable de la défense de toutes les installations du premier district.

El Presidio de Santa Barbara, fondé en 1782, est responsable de la défense de toutes les installations du second district.

El Presidio de Monterey, fondé en 1770, est responsable de la défense de toutes les installations du troisième district.

El Presidio de San Francisco, fondé en 1776, est responsable de la défense de toutes les installations du quatrième district.

El Presidio de Sonoma, ou caserne de Sonoma, est établi en 1836 par Mariano Guadalupe Vallejo comme une partie de la stratégie mexicaine visant à stopper l’influence russe dans la région.

 

 

Les pueblos

 

En parallèle se développent plusieurs villes. La première fondée est San José en 1777. El Pueblo de Nuestra Señora la Reina de los Angeles del Río de Porciúncula, connue aujourd’hui sous le nom de Los Angeles, apparaît en 1781 ; et la troisième communauté est Villa de Branciforte en 1797 (Santa Cruz). Les villes sont dirigées par un alcalde (pouvoir exécutif et justice) ou maire, dont le pouvoir est presque illimité dans son pueblo, bien qu’il reste sous les ordres du représentant militaire du gouverneur, le comisionado. L'alcalde sert de président au conseil de la ville ou ayuntamiento, composé de regidores, et qui dirige les affaires générales du pueblo.

Influences étrangères

Le capitaine britannique James Cook, à mi-chemin de son troisième et dernier voyage d’exploration, navigue le long de la côte ouest de l’Amérique du Nord en 1778 et dresse la carte de la côte de la Californie jusqu’au Détroit de Béring. La ville de Yerba Buena (aujourd’hui connue sous le nom de San Francisco), est fondée par l’explorateur britannique George Vancouver, qui avait servi sous le commandement de Cook.

Les Français s'intéressent eux aussi à la Californie. En effet, dans la seconde moitié du xviiie siècle, les contacts entre les marchands français et l’Amérique du Sud se multiplient, et c’est tout naturellement qu’ils arrivent en Californie. Le premier Français à y poser le pied est Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, qui, en 1786, mène un groupe de scientifiques et d’artistes dans un voyage d’exploration ordonné par Louis XVI. Le groupe est accueilli à Monterey et compile de nombreuses informations à propos du système des missions californiennes, du territoire et de ses habitants. Des marchands, baleiniers et missions scientifiques françaises arrivent durant les décennies suivantes. C’est le début d’un intérêt croissant des Français pour la Californie.

 

 

Au début des années 1800, des marchands de fourrure de l’empire russe, qui a déjà pris possession de l’Alaska, explorent brièvement la côte californienne et installent des comptoirs commerciaux jusqu’à l'actuel comté de Sonoma. Ils chassent les loutres pour leur pelage jusqu’aux Channel Islands vu que le nombre de phoques et de loutres d’Alaska commence à diminuer fortement. L’une de leurs bases les plus connues est Fort Ross érigé en 1812, où viennent aussi des savants et des naturalistes de l’Académie impériale des Sciences qui s’empressent d’étudier la Californie.

Les Espagnols voyant dans l’arrivée des Russes une concurrence et une menace, la métropole interdit tout commerce avec eux, mais la contrebande contourne ce principe. Lorsque le comte Rezanov, un noble russe dirigeant un navire de commerce, quitte le Presidio de San Fransisco, c'est après avoir demandé la main de sa fille au commandeur espagnol, dans la visée d'améliorer les négociations. Le décès prématuré de Rezanov en Sibérie empêche le mariage et les Russes n’avancent plus par la suite : ils quittent le territoire le 1er janvier 1842.

Les bouleversements du xixe siècle

Le premier quart du xixe siècle continue la lente colonisation de la côte californienne. En 1820, l'influence espagnole s'étend, du sud au nord, de San Diego au nord de la Baie de San Francisco. Les colons maîtrisent des bandes côtières larges de 40 à 80 km, au-delà desquelles environ 200 000 Amérindiens vivent à l'écart du pouvoir espagnol. En 1819, la signature du traité d'Adams-Onís fait du 42e parallèle la frontière nord de la Californie, qui n'a pas changé depuis. Cependant, le xixe siècle va être le cadre de grands bouleversements dans la région, qui vont propulser cette province espagnole peu peuplée au rang d'État américain célèbre et prisé.

La Californie mexicaine : entre mécontentement et convoitise

Bien que la Alta California (« Haute-Californie ») ait été une région située au-dehors des frontières de la Nouvelle-Espagne, elle devient un État à part entière du Mexique en 1821. Sa population d'environ 3 200 colons est faible, comparée à celle des autres États du pays. Elle se concentre surtout sur le littoral sud-ouest, entre Los Angeles et San Diego.

N’étant pas auto-suffisantes, les missions ne reçoivent plus de support après la guerre d'indépendance du Mexique en 1811, et les convertis sont laissés à leur propre sort. En 1832, le Mexique ordonne la dissolution des missions et le partage de leurs terres, qui vont plus souvent aux colons qu’aux Amérindiens. La vente de ces vastes territoires, appelés ranchos, qui étaient jusqu’alors inhabités, intéresse de nouveaux colons. Ces possessions sont surtout utilisées pour l’élevage du bétail par les rancheros, leurs dirigeants, qui sont aidés par les convertis amérindiens des missions. Une élite se forme parmi ces rancheros, qui prend rapidement de l’importance au sein de la province mexicaine.

La Haute-Californie est à cette époque contrôlée par un gouverneur choisi par les dirigeants fédéraux de Mexico. La politique mexicaine est de donner une autonomie limitée à la province. Ainsi une législature, nommée disputación, se réunit à Monterey, mais ses pouvoirs sont en réalité très limités.

Cet état des choses est mal vu par les Californiens, dont le mécontentement apparaît à travers la révolte de la garnison de Monterey en 1828 contre le gouverneur José Maria Echeandia envoyé en 1825. La colonie entre en dissidence et le nouveau gouverneur Mexicain Manuel Victoria envoyé après cela est rejeté par tous, y compris les grandes familles qui avaient jusqu'alors soutenu le régime. En novembre 1831, une insurrection dirigée par les nobles s'empare provisoirement de Los Angeles et de San Diego ainsi que la « révolution » menée par Juan Bautista Alvarado en 1836. Celui-ci prend le contrôle de la capitale, Monterey, et fait déporter la plupart des officiels, tandis qu’il proclame l’indépendance et la souveraineté de la Californie en 1836. Cependant, il ne refuse pas le poste de gouverneur offert par le Mexique en 1837, ce qui met fin à cette autonomie toute relative. En 1842, Alvaredo, haï dans la population du fait de son comportement despotique, fut destitué et fit du général Michel Torena le nouveau gouverneur, qui ne tarda pas à se comporter comme son prédécesseur. Au printemps 1846, les habitants de la Californie du Nord se rebellèrent à nouveau et placèrent Don José Castro, un Californien d’origine, à la tête du pays.

Une région convoitée par l'étranger

 

 Johann August Sutter

Le Français Eugène Duflot de Mofras, après avoir dirigé au début des années 1840 une importante expédition scientifique en Californie, publie en 1844 un livre décrivant la région. À cette époque où s'affaiblit la domination mexicaine, un capitaine, Joseph de Rosamel écrit qu'« il est évident que la Californie appartiendra à la nation, quelle qu’elle soit, qui y enverra un général et deux cents hommes ». En effet, en 1846, la population espagnole de la région est de seulement 4 000 personnes, soit quelques 800 familles, surtout concentrées dans les grands ranchs du sud. Environ 1 300 Américains et un groupe mixte d’environ 500 Européens sont éparpillés entre Monterey et Sacramento. En outre, depuis le début des années 1820, des trappeurs et coureurs des bois canadiens-français, notamment Louis Pichette et Michel Laframboise, travaillant pour la Compagnie de la Baie d'Hudson, parcourent la région en quête de fourrure de castors, loutres et ours. Ils tracent la future piste de la Californie qui finit sa course à French Camp.Par la suite, des Américains et des Britanniques commencent à entrer également en Californie pour y chercher des castors. Utilisant la piste Siskiyou, l’ancienne route commerciale espagnole et, plus tard, la piste de la Californie, ils arrivent dans la province et s'y installent le plus souvent sans l’approbation des autorités mexicaines, ou bien à leur insu. En 1841, le général Vallejo écrit au gouverneur Avarado qu’il n’y a pas de doute à propos de la volonté de la France de devenir maîtresse de la Californie. Les problèmes du gouvernement français empêchent cependant le pays de mener à bien cette volonté.

Durant une période de désaccord avec les Mexicains, le francophile John Sutter menace de faire lever le drapeau français sur la Californie et se place lui-même, ainsi que sa colonie de New Helvetia, sous la protection française. En 1845 le vice-consul français de Californie, Louis Gasquet, conseille vivement au gouvernement français d’envoyer une force navale. Lorsque les troupes américaines occupent Monterey, il crée un incident diplomatique en refusant de reconnaître le nouveau gouvernement. Durant les 51 jours de sa détention à domicile, il continue à espérer que la France intervienne, mais cela n’est pas le cas. Finalement, ce sont les États-Unis qui vont procéder à la conquête de la Californie.

La conquête américaine de 1846

Lorsque la guerre américo-mexicaine est déclarée, le 13 mai 1846, la nouvelle n’arrive en Californie qu’après deux mois (mi-juillet 1846). Le consul américain de Monterey, Thomas O. Larkin, après avoir entendu les rumeurs de la déclaration de guerre, essaie de conserver la paix entre les Américains et la petite garnison mexicaine commandée par José Castro. L’explorateur, soldat et cartographe américain John Charles Frémont arrive en Californie en décembre 1845 avec une soixantaine d’hommes bien armés, et se dirige vers l’Oregon lorsqu’il reçoit la nouvelle de l’imminence de la guerre contre le Mexique. Ayant entendu des rumeurs selon lesquelles les autorités mexicaines veulent arrêter tous les Américains, 30 colons se révoltent et s’emparent de la garnison de Sonoma. Ils hissent le Bear Flag de la République de Californie à Sonoma le 15 juin 1846. Le 23 juin Frémont arrive avec ses troupes et prend le commandement des deux forces.

Le Commodore John Drake Sloat ordonne dès lors à ses forces navales d’occuper Yerba Buena (San Francisco) le 7 juillet 1846 et d’y monter le drapeau américain. Le 15, Sloat cède le commandement à Robert Field Stockton, un chef plus agressif. Le 19 juillet la guerre est officiellement déclarée. Les forces américaines prennent alors rapidement le contrôle sur la Californie, en à peine quelques jours.

Le Gouverneur mexicain fuit Los Angeles. Lorsque les forces de Stockton entrent dans la ville, le 13 août 1846, la conquête de la Californie semble complète et ne pas avoir coûté de vie. Stockton, cependant, laisse trop peu d’hommes dans la ville et les Californiens, de leur propre initiative et sans l’aide du Mexique, forcent la garnison à se retirer vers la fin du mois de septembre. Les renforts envoyés par Stockton sont repoussés au cours d’une petite bataille à San Pedro.

Finalement, les forces de Stockton et d’un général, Stephen W. Kearny, entrent à Los Angeles sans résistance le 10 janvier 1847. Trois jours plus tard la « Capitulation de Cahuenga » voit la reddition du dernier corps armé de Californiens, à Fremont. La révolte californienne est ainsi finie.

Par le Traité de Guadeloupe Hidalgo signé le 2 février 1848, les mexicains finiront par céder un vaste territoire aux États-Unis (désigné sous le nom de Cession mexicaine) dont fait partie la Californie.

La Ruée vers l’or

En 1848, de l’or est découvert à Sutter's Mill23, à environ 64 km à l’est de Sacramento, dans les montagnes, près de la ville de Coloma. C’est le début de la ruée vers l’or. John Sutter était un colon ayant la double nationalité germano-suisse, qui avait colonisé la région de la Sacramento et de Sutter Creek. James W. Marshall, son charpentier, est celui qui découvre l’or le 24 janvier 1848. Sutter ne désire pas que la nouvelle s’ébruite, mais les rumeurs apparaissaient rapidement et sont confirmées en mars par un marchand et vendeur de journaux, Samuel Brannan, à San Francisco. Le 19 août 1848, le New York Herald est le premier journal de la côte est à confirmer la nouvelle. Le 5 décembre de la même année, c’est le président des États-Unis lui-même, James Polk qui l’annonce devant le congrès.

 

 

Piste de la Californie (California Trail) pendant la Ruée vers l’or

De très nombreux émigrants affluent dès lors en Californie, surtout depuis le reste des États-Unis, mais aussi des Européens - Français, Britanniques, Italiens et Allemands - qui arrivent vers la fin de l’année, après le Printemps des peuples. On estime ainsi le nombre d’arrivants en 1849 à 90 000 personnes, qui seront appelées Forty-Niners. Les mineurs français sont surnommés les keskydees par les anglophones, car la plupart, croyant revenir rapidement chez eux, n’ont pas appris l’anglais et sont accompagnés par des interprètes auxquels ils demandent souvent : « Qu’est-ce qu’il dit ? ». En 1848 et 1849, 76 tonnes d’or sont extraites en Californie.

La plupart arrivent dans la région soit après un voyage terrestre long et difficile (le long de la piste de la Californie ou California Trail), soit à l’issue d’une croisière faisant le tour complet du continent et passant par le Cap Horn (environ 16 000 km). On estime que le nombre d’arrivants a été de 250 000 personnes, ce qui en fait la plus grande migration de masse de l’histoire américaine. Elle a apporté à la Californie une population importante alors qu’il était auparavant impossible, vu le trop petit nombre d’habitants, d’en faire un État des États-Unis.

 

Bodie, une ville fantôme, abandonnée après la Ruée vers l'or

Les marchands approvisionnant les mineurs s’installent dans des villes, dont certaines apparaissent à l’occasion, situées le long de ce qui est aujourd’hui la State Highway 49, ainsi qu’à Sacramento et à San Francisco. Après une brève période durant laquelle cette dernière semble n’être qu’une ville fantôme, alors que tous les mineurs immigrés sont dans les régions du nord, elle prend subitement son essor et accueille des banquiers qui financent la recherche de l’or. Entre 1848 et 1850 sa population passe de 1000 à 20 000 habitants permanents. Stockton et Sacramento s’agrandissent de manière semblable.

On considère que la fin de la Ruée vers l'or a eu lieu en 1858, et que seulement 10 à 20 % des réserves d’or de Californie ont été exploitées durant celle-ci. La Ruée fait augmenter la pression qui pesait déjà sur les Amérindiens de la région : les mineurs forcent ainsi des tribus entières à quitter les terres riches en or ou bien les enrôlent pour miner. Certains villages sont aussi attaqués par l’armée et des milices volontaires. Plusieurs groupes répondent aux assauts : les Miwoks et Yokuts de la Sierra Nevada et de la vallée de San Joaquin mènent des raids agressifs à l’encontre des propriétés des colons en 1850 et 1851. Cette guerre, nommée Guerre de Mariposa, finit néanmoins par ralentir puis par s’achever en 1860 lorsque la maladie, la famine et la violence ont réduit la population amérindienne à environ 35 000 personnes. Plusieurs tribus disparaissent, par exemple les Yana, dont le dernier représentant, Ishi, est mort en 1916.

Les débuts difficiles du nouvel État

Avant que la Californie ne soit officiellement admise dans l’Union elle occupait une place ambiguë au niveau politique. Elle s’était désignée elle-même en tant que république libre mais était contrôlée par un gouverneur tout au long de cette période. Ce n’était ni vraiment une république, ni vraiment un district militaire, ni même un territoire fédéral. Bennett Riley, le dernier gouverneur militaire, organise une convention constitutionnelle en 1849 à Monterey. Les 48 délégués sont pour la plupart des colons arrivés avant 1846, dont huit sont des Californios. La Convention décide à l'unanimité d'interdire l'esclavage, met en place un gouvernement d'intérim qui va gérer la région pendant dix mois et rédige la première Constitution de la Californie. Finalement, le 9 septembre 1850, elle rejoint les États-Unis en tant qu’État libre grâce au Compromis de 1850, seulement deux ans après la fin de la guerre contre le Mexique. L'unité de l'État est cependant loin d'être faite : dans les régions peu peuplées de la Californie du Sud, certains habitants désirent être séparés de la Californie du Nord. Une forme d'instabilité va donc régner jusqu’au début des années 1860 dans l'État. En effet, la très rapide augmentation de la population rend tout d’abord l’administration difficile ; elle oblige en outre le choix trop rapide d’une capitale où installer le gouvernement, ce qui conduit à plusieurs déménagements successifs de celle-ci.

 

 

Choix d'une capitale et organisation de l'État

Ainsi San José est tout d’abord choisie, cependant, si elle représente un symbole puisque c’est la première ville à avoir été fondée en Californie, elle ne possède pas les infrastructures nécessaires pour devenir une véritable capitale et le mécontentement gagne les élus lorsque son accès devient difficile en hiver à cause du mauvais état des routes, par exemple en 1850-1851. Un ancien général et sénateur de l’État, Mariano Guadalupe Vallejo, offre des terres à l’emplacement de la future ville de Vallejo pour en faire la nouvelle capitale. La Législature s’y réunit pendant une semaine en 1852 puis pendant un mois en 1853, mais la même situation se répète : l’endroit ne peut pas accueillir le gouvernement. La capitale est donc très vite déplacée près de la petite ville de Benicia, à proximité de la baie de San Francisco. Une statehouse est érigée dans un style américain ancien. Bien que sise à un point stratégique entre le territoire de la ruée vers l’or et San Francisco, le principal port de la région, la localité est considérée comme inadaptée à de futures expansions. La capitale est par conséquent déplacée à nouveau, cette fois-ci plus à l’intérieur des terres, à Sacramento, localité où elle est toujours située : il y est construit, dès 1860, un capitole néoclassique, ambitieux pour le jeune État encore peu peuplé; ce symbole du pouvoir accueille la Législature de l'État de Californie et le bureau du gouverneur.

La Californie se dote rapidement d'institutions et s'organise politiquement et administrativement. Le 4 janvier 1850, le comité constitutionnel de Californie recommande la création de 18 comtés dont la liste suit : Benicia, Butte, Fremont, Los Angeles, Mariposa, Monterey, Mount Diablo, Oro, Redding, Sacramento, San Diego, San Francisco, San Joaquin, San Jose, San Luis Obispo, Santa Barbara, Sonoma, et Sutter. Les comtés sont par la suite modifiés à de multiples reprises, jusqu’à arriver aux 58 comtés actuels. En tant que divisions territoriales disposant de pouvoirs au niveau local, ils permettent une meilleure gestion du territoire. L'État met également en place un système éducatif, en établissant une première école normale à San Francisco en 1862, une seconde à San José en 1870, et en fondant en parallèle l'Université de Californie en 1868.

Committees of Vigilance et sentiment anti-immigrant

 

 Lynching de Charles Cora et de James Casey par le Committee of Vigilance de San Francisco

 

Néanmoins, en ce qui concerne la loi et de l’ordre, l’anarchie semble tout d’abord dominer l’État. En 1851 et 1856, on assiste à une montée en puissance des « Committees of Vigilance », des groupes qui profitent du manque d’autorité - par exemple l’absence ou la faiblesse des forces de police - et de l’instabilité du gouvernement pour exercer leur propre loi. Ces comités, qui pensent que le gouvernement est miné par la corruption, se donnent la tâche de punir les criminels, mais essaient également souvent d’expulser les immigrants, surtout des Irlandais . Ceux-ci subissent de nombreux lynchages. Si ces comités, très actifs à San Francisco, vont disparaître après 1856 avec la stabilisation de l’État, le sentiment anti-immigrant et la discrimination vont, quant à eux, longtemps persister.

Une loi votée par le Congrès fédéral en 1851 va mettre fin à une autre situation délicate : de nombreux immigrants se sont installés dans les ranchos, au mécontentement de leurs riches propriétaires. La loi a pour but de vérifier la validité des titres terriens des rancheros, après quoi ils peuvent chasser légalement les squatteurs. Cependant le processus dure en moyenne 17 ans, et toutes les propriétés ne sont pas reconnues, ce qui fait que la plupart des rancheros perdent une grande partie de leur fortune. Cette ancienne élite mexicaine, à laquelle on avait pourtant juré après la conquête américaine que ses terres seraient inviolées, perd ainsi sa prédominance en Californie au profit des immigrants et de leurs descendants.

La Californie durant la Guerre de Sécession

 

Drapeau de la Company Guidon, Company A

A peine une dizaine d'années après sa formation, l'État est confronté à la Guerre de Sécession, qui divise le reste des États-Unis. Le rôle de la Californie dans ce conflit est l’un des domaines les moins documentés de l’histoire des États-Unis et de la Californie. On sait néanmoins qu'elle a joué un rôle distant dans le conflit et qu'elle figurait à l’époque une sorte de microcosme de la totalité du pays, représentant autant le Nord que le Sud. La Californie a en effet été tout d’abord colonisée par des fermiers du Sud et du Mid-West, partisans d’une politique de gouvernement décentralisé et de l’extension des droits accordés aux États. Cependant une minorité de capitalistes venus du nord-est joue un rôle important dans la politique et les finances de l’État. Après la sécession du territoire de l’Arizona et son accession dans la Confédération, les rumeurs disent que la Californie du sud s'apprête elle aussi à faire sécession, ce qui n’est pas arrivé.

En tout, 88 batailles d’importance variable ont été livrées en Californie, la plupart dans le but de prendre de l’or pour la Confédération. La Californie fournit à l’Union environ 15 000 soldats volontaires, dont peu servent durant les conflits majeurs de la guerre, mais qui contribuent autant que les autres États à l’effort de guerre.

L'accélération du développement et ses problèmes

Après la fin de la guerre en 1865, la Californie continue à se développer. Les mineurs indépendants sont à présent largement remplacés par de grandes corporations minières. De nombreux travailleurs sont renvoyés lorsque des immigrants chinois sont recrutés par les compagnies : les « coolies », qui ont effectué une grande partie des travaux sur les chemins de fer. En 1859, environ 35 000 Chinois sont installés en Californie ; en 1880, ils sont 75 135. Les ouvriers d’origine américaine au chômage se révoltent quand ils perdent leurs emplois tandis que les mineurs chinois manifestent leur mécontentement envers les mauvais traitements qu’ils subissent, autant de la part de leurs employeurs que des autres Californiens. De 1850 jusqu’à 1900, le sentiment anti-immigrés donne naissance à de nombreuses lois qui sont restées en application jusqu’au milieu du xxe siècle. Ainsi, en 1868, le traité de Burlingame restreint l’immigration chinoise. Mais l’épisode le plus flagrant de cette époque est probablement la création et la ratification d’une nouvelle constitution de l’État en 1879. Des lobbies comme le Workingmen’s Party de Deanis Kearney sont les initiateurs de l’article XIX, section 4, donnant à toutes les villes californiennes ainsi qu’aux comtés le pouvoir d’expulser les chinois ou de limiter les lieux où ils peuvent résider. Cet article voté en 1882 persiste jusqu’en 1952 et mène au Chinese Exclusion Act de 1882. La Californie fait aussi passer des lois empêchant les étrangers, spécialement les Asiatiques, d’obtenir un titre de possession de terrain, dans la lignée de l'Alien Land Act de 1913.

 

 

La révolution du chemin de fer

 

Une locomotive Goliah de la compagnie Central Pacific

Avant l'arrivée du chemin de fer, la Californie est isolée par rapport aux autres États, malgré les tentatives du Pony Express (courrier) dont l’impact est minimal, et l’introduction de caravanes de chameaux traversant les déserts du sud-ouest. Après la guerre de Sécession, la construction du premier chemin de fer transcontinental en 1869 contribue grandement au rapide développement de l’État. Les directeurs des compagnies s’enrichissent vite et constituent une nouvelle élite qui participe activement à la vie californienne. Les principaux, nommés « Big Four », sont Charles Crocker, Leland Stanford, Mark Hopkins et Collis Huntington. L’agriculture se développe : dans les années 1870 et 1880, la Californie se place à la tête des États en ce qui concerne la production de blé. Toutes les autres industries, dont le tourisme, profitent de l’arrivée des trains et du percement du canal de Panama qui rapproche l'Europe de la Californie, même si une période de dépression suit la fin des travaux. Les lignes se multiplient à l'intérieur de l'État, principalement pour connecter les grandes villes et les banlieues dans le cadre d'une urbanisation qui a déjà tendance à fortement s'étaler : la Pacific Electric Railway, par exemple, relie Los Angeles à sa périphérie ; fondée en 1892, la San Diego Electric Railway est son équivalent pour l'agglomération de San Diego.

 

Caricature du monopole de la Southern Pacific Railroad sous la forme d’une pieuvre.

Monopole des compagnies ferroviaires et conflits d'intérêt

Cependant ce développement est critiqué : à la fin du siècle, de nombreux Californiens pensent que les Big Four sont devenus bien trop puissants et riches, et qu’ils corrompent le gouvernement. De nombreuses caricatures représentent les grandes compagnies ferroviaires sous les traits de pieuvres contrôlant toute l’économie et les richesses de la Californie. Dans son roman The Octopus : A Story of California, Frank Norris décrit l’asservissement économique qu’imposent les compagnies - dont les dirigeants sont désignés sous le terme de « monstres » - aux agriculteurs de l'État, et critique vivement les pratiques monopolistiques de la Southern Pacific. En effet, des problèmes apparaissent souvent entre ces firmes et les habitants, notamment au niveau de la propriété des terres traversées par les lignes, qui mènent jusqu’à des poursuites en justice, qui se concluent le plus souvent en faveur des compagnies. Le roman de Norris s’inspire du tragique évènement qui a suivi l’un de ces procès, le 11 mai 1880, connu sous le nom de « Mussel Slough Tragedy », qui a causé la mort de six personnes à l'issue d'une confrontation armée entre des colons, des employés des chemins de fer, et des agents de l'ordre ayant reçu l'ordre d'expulser les premiers.

Un autre point qui est mal perçu par la population est le fait que les directeurs des grandes compagnies aient une influence politique considérable : Leland Stanford, par exemple, est élu en décembre 1861 au poste de gouverneur de l’État. Certains hommes politiques, et une partie des Californiens, protestent contre ce genre de pratiques : au début du xxe siècle, Hiram Johnson, un progressiste, devient le leader de ce mouvement ; une fois élu gouverneur de 1911 à 1917, il met en place des réformes et des mesures de régulation pour lutter contre celles-ci. Des journalistes tels que William Randolph Hearst ont pour cible privilégiée la Southern Pacific durant les décennies suivantes. 

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