Les boissons

La diversité des goûts et des circonstances

En plus de répondre aux besoins en hydratation, les boissons de toutes sortes prennent de l'importance en plein air. Pour les grands comme pour les petits, diversité des couleurs et des goûts, choix du moment pour servir les boissons chaudes ou froides donneront leur sens à des pauses désaltérantes ou réconfortantes. Bouillons, tisanes, jus de fruit ou lait font déjà partie des habitudes. Reste à s'adapter aux conditions et à profiter de l'occasion pour découvrir de nouvelles saveurs.

Côté tisane, il faut savoir que parmi les cueillettes, la menthe excite, contrairement au thé du Labrador qui a un effet apaisant, surtout chez les enfants. En groupe, dans le doute, quelques graines d'anis étoilé rallient les goûts. Parmi les infusions, le thé glacé est une option très appréciée en temps de canicule.

2-232.jpg

Les jus de fruits concentrés et congelés se conservent assez bien quelques jours et représentent un bon choix en hiver. Ils réveillent agréablement les papilles au matin et diluent avantageusement le rhum du soir; On peut, si nécessaire pour une question de restriction de poids, déshydrater ces jus concentrés. Même si l'entreprise paraît folle, ces jus demeurent meilleurs que n'importe quelle poudre du commerce. Le gingembre confit trempé dans l'eau est une alternative intéressante pour créer un jus à partir d'un aliment sec. Et pourquoi pas ! Comme ça se fait en Afrique de l'Ouest, le bulbe de gingembre broyé et trempé dans l'eau avec du sucre donne une excellente boisson revigorante.

Le lait fera toujours plaisir aux enfants, même en poudre ! Réchauffé avec du miel ou avec une cuillère de cacao, il redonnera espoir à quiconque en perte de confiance.

Les bouillons, quels qu'ils soient, cessent en plein air de jouer leur rôle préventif au médicament pour reprendre une place à part entière au menu, tout particulièrement en hiver.

Café et thé ne lâchent jamais leur emprise despotique sur chacun de leurs sujets, dès le lever du jour.

1-253.jpg"J'avais soif. J'ai blessé un bouleau merisier pour boire avec volupté à la coupe parfumée de la sève nouvelle.".

Frère Marie-Victorin, Croquis Laurentiens, 1920.

Frère Marie-Victorin, e.c., né Conrad Kirouac. De famille à l'aise, Conrad Kirouac entra chez les Frères à l'âge de 16 ans, après avoir refusé un voyage en Europe que son père lui avait offert dans l'espoir de l'amener ainsi à faire un choix plus éclairé. L'argent de famille servira plus tard à financer les excursions dans la nature! Ce jeune sédentaire - un jour viendra cependant où il voyagera à travers le monde - rêvait d'enseigner aux enfants pauvres, ce qu'il continua de faire au collège de Longueuil à un moment où il était déjà le chercheur le plus réputé et le professeur le plus influent de l'Université de Montréal.

Et l'homme d'action en lui en impose autant que l'instituteur et le savant: Marie-Victorin a été l'un des fondateurs de l'ACFAS (L'Association Canadienne Française pour l'Avancement des Sciences) et le promoteur des Cercles de jeunes naturalistes dont le frère Adrien, de la communauté de Ste-Croix, fut le principal artisan. Le grand projet de sa vie, qu'il mena à terme, fut cependant le Jardin botanique de Montréal et l'Institut qui y est rattaché. On peut dire que le Biodôme de Montréal, construit à côté du Jardin Botanique, est le prolongement de l'oeuvre de Marie-Victorin.

Le grand œuvre de Marie-Victorin, la Flore Laurentienne, parue en 1935, fut une première en Amérique du Nord. Des témoignages éloquents d'appréciation parvinrent des principaux instituts botaniques du monde. Voici celui du directeur du jardin botanique de New York: «Aucune région des États-Unis ne possède, sur sa flore, un volume aussi complet et aussi pratique.»

Il faut rappeler aussi que la botanique, telle que la pratiquait Marie-Victorin, ne se limitait pas à des inventaires, des descriptions et des classifications, mais constituait plutôt un effort immense et enthousiasmant pour mettre en rapport les plantes d'un continent entier, et pour les associer ensuite, dans une perspective évolutionniste, aux grands phénomènes géologiques, comme la glaciation. Ce Bouclier laurentien qu'il a si bien exploré, Marie-Victorin le dessine, le colore pour le déployer enfin sous nos yeux. En le voyant ainsi surgir, on croit vivre par anticipation le spectacle des premières images de la terre transmises par satellite.
Les Laurentides sont un Éden, un Éden boréal et un peu sévère peut-être, mais où la vie déborde, riche, fraîche, vigoureuse. Arrêtons-nous ici un instant à imaginer la silencieuse remontée des unités militantes de la forêt canadienne vers le nord. C'est un grand tableau biologique déployé sur le mur des temps révolus.

D'abord parurent, sombres et drus, ces rudes pionniers: l'Épinette noire et l'Épinette blanche, le Sapin baumier et le Mélèze, et plus tard, beaucoup plus tard, la majesté myriadaire des Pins. Puis, suivirent les Peupliers et les Bouleaux, les Aulnes et les Viornes, les Cornouillers et les Airelles. Et l'Érable à sucre prit possession des moraines bien draînées sur les flancs des collines; l'Érable rouge se fixa sur les alluvions fraîches des vallées, et l'Érable argenté se pencha sur la course des fleuves. Si bien qu'après des siècles et des siècles, la constitution définitive de la forêt dans ses différents climax fit de notre pays une grande masse de verdure continue. Et voici maintenant, sur les pas des grands arbres, les légions graciles des Graminées, la multitude des Carex, les robustes Eupatoires, les opulentes Verges d'or, et combien de centaines d'autres plantes, poussées en avant par l'esprit de conquête qui est l'âme de tout ce qui vit.

Marie-Victorin ne parvient pas toujours à contenir son lyrisme, il ne le souhaite d'ailleurs pas. L'un de ses buts avoués en tant que botaniste n'était-il pas de favoriser le progrès littéraire ?


Nos écrivains, Crémazie, Fréchette, Chapman et leurs émules placent dans leurs descriptions des animaux et des plantes d'Europe qui n'existent pas au Canada. Nos savanes et nos brûlés deviennent sous leur plume des «landes», où croissent, le thym, la bruyère et la luzerne, inconnus chez nous! Fréchette fait pousser des platanes au bord du Saint-Laurent.

Le premier souci de Marie-Victorin en tant qu'éducateur aura toujours été de favoriser le contact direct des enfants avec la nature. C'est aux dix mille membres des Cercles des jeunes naturalistes qu'il dédie La Flore. Je me demande, leur dit-il, si nous n'avons pas fait fausse route en condamnant le cerveau de nos enfants et de nos jeunes gens à un régime exclusif de papier noirci, si la vraie culture et le véritable humanisme n'exigent pas une sorte de retour à la Terre, où les Antée que nous sommes, en reprenant le contact avec la Nature qui est notre mère, retrouveraient la force de vivre. L'éducateur perce toujours à travers le savant, mais ce dernier prend son envol malgré tout, n'hésitant pas à soumettre les 10 000 jeunes gens aux exigences du vocabulaire technique et des grandes théories, comme celle de l'évolution.
Marie-Victorin admirait beaucoup Teilhard de Chardin et l'abbé Breuil, ces deux prêtres hommes de science, paléontologues plus précisément, qui avaient à ses yeux rendu l'évolutionnisme compatible avec la foi chrétienne. Il avait rencontré l'abbé Breuil à l'occasion d'un congrès scientifique tenu à Capetown, en Afrique du Sud en juillet 1929 et lui avait sans doute raconté que son principal but, en tant que savant était d'apporter une contribution originale à la théorie de l'évolution. Au congrès de Capetown en 1925, sa conférence a pour titre: «Some Evidence of Evolution in the Flora of Northeastern America».

N'oublions pas que c'est en étudiant les lois de Mendel — lui aussi humble religieux d'un pays en développement — que Marie-Victorin est passé de l'amateurisme à la science. Sur le terrain, il a d'autre part accumulé les données originales à la manière de Darwin.

Dans son évocation des stades du développement de la forêt laurentienne, il met en relief une loi fondamentale de l'évolution, qu'il formule ainsi: «La paléontologie nous apprend de façon indéniable qu'il y a dans les types organiques une succession dans le temps de telle sorte que les formes les plus complexes et les plus élevées en organisation — l'érable par exemple — sont apparues les dernières».

Marie-Victorin ne se contente toutefois pas d'invoquer les preuves établies par les paléontologues. Les grands événements géologiques qui ont façonné le paysage québécois ont placé sous ses yeux des faits significatifs.

C'est ainsi qu'il a découvert dans les îles de Mingan, une nouvelle espèce de chardon qui porte désormais son nom, le Cirsium minganense Vict. et qui diffère «par ses capitules ramassés en une masse dépassée par les feuilles» des autres espèces présentes partout, au Québec notamment.

Le chardon de Mingan

Voici le compte rendu que l'historien Robert Rumilly fait de cette découverte dans sa biographie de Marie-Victorin. L'expression de biologie naïve prend ici tout son sens. «Un autre jour, au sortir du canot, le Frère Marie-Victorin tombe sur une grande plante pâle, aux capitules ramassés que les feuilles dépassent. C'est un chardon entièrement nouveau, ne rappelant en rien les espèces connues dans le nord-est de l'Amérique. Un des endémiques les plus remarquables du golf Saint-Laurent. Il y en a là une douzaine, plus beaux les uns que les autres. Leur nouveauté dans un groupe stable est renversante. Le Frère Marie-Victorin a fait la découverte spectaculaire à laquelle s'attachera son nom. Accroupi sur la berge pour mieux examiner ce chardon de Mingan, il éprouve une des plus puissantes émotions de sa vie. Des jeunes gens croient ressentir une immense joie parce qu'ils courent à leur premier rendez-vous. Pur enfantillage! La joie qui vous inonde, qui vous soulève, c'est celle de la création artistique ou de la découverte scientifique. Être le premier de tous les hommes à distinguer cette belle plante, sans doute plusieurs fois millénaire, et à la faire connaître! On voudrait crier, sauter, rire et pleurer, et l'on reste muet de joie. Le Frère Marie-Victorin appelle sa splendide trouvaille le Chardon de Mingan, Cirsium minganense

Oeuvres

Oeuvres du frère Marie-Victorin en format pdf: Charles Lemoyne, Flore laurentienne, Récits laurentiens - Bibliothèque nationale du Québec
Récits laurentiens (Bibliothèque électronique du Québec).

Flore Laurentienne, Presses de l'Université de Montréal, Montréal, 1964.

Confidence et combat, Lettres du f. Marie-Victorin de 1924-1944, choix et présentation par Gilles Beaudet, Montréal, Lidec, 1969.

Documentation

Robert Rumilly, Le Frère Marie-Victorin et son temps, Les frères des Écoles chrétiennes, 1949.
Brigitte Gemme, Compte rendu critique de la biographie de Rumilly, avril 1999.
Yves Gingras, Hommage à Marie-Victorin, dans Le Devoir, 19 juillet 1994, Montréal.
Ibid., Le frère Marie-Victorin s'opposait à une pensée nationaliste tournée vers le passé, dans La Presse, 13 août 1994, Montréal.
Marie Laurier, «Le frère Marie-Victorin mourait, il y a 50 ans», Le Devoir, 15 juillet 1994.
Pierre Dansereau, Marie-Victorin, l'homme de son temps.

Voir l'exposition virtuelle: Marie-Victorin, l'itinéraire d'un botaniste. (Université de Montréal)

L'alcool

Dance ce domaine, comme pour le café, à chacun ses besoins. Malheureusement, les voyages en plein air peuvent restreindre les quantités à la disposition de ceux dont les besoins sont plus importants. A cet égard, la bière devient vite un luxe !

En matière de vin, si l'on ne peut se permettre le transport aller-retour de bouteilles, on optera pour le vinier dont l'emballage de carton allumera le feu et dont le volume rétrécira au long du voyage. Pour la conservation du précieux liquide, on privilégiera les sacs en aluminium plutôt que les sacs en plastique qui laissent passer la lumière. Néanmoins, rien à faire : le nectar perd dangereusement en qualité après deux semaines. En groupe donc, il vaut mieux n'ouvrir qu'un vinier à la fois pour éviter de tous les gâter en même temps !

Evidemment, les alcools qui se diluent dans l'eau, comme le pastis, promettent d'agréables apéritifs par temps chaud, sans pour autant obliger à traîner beaucoup de poids. Lorsque de longues expéditions interdisent le transport de vin, les alcools forts s'imposent. Suggérons ici la vodka qui, se humant plus qu'elle ne se boit, durera longtemps (à condition de fermer le bouchon aussitôt !) et surtout, accompagne aimablement le poisson frais. N'est-elle pas bien présente dans les mœurs des Russes amateurs de caviar et même des Brésiliens du bord de mer en remplacement de la cachaça ? Les alcools forts non seulement ne gèlent pas en hiver, mais deviennent souvent plus liquoreux, donc meilleurs !

3-204.jpg

"En règle générale, vous devez vous munir de provisions qui complètent les principes nutritifs du gibier et du poisson. je n'emporte dans mes explorations que du saindoux, du thé et de la farine, avec un peu de whisky en esprit que je m'administre et que j'administre à mes hommes, sous forme de consolation spiritueuses, lorsque l'absence de nos semblables nous cause de trop cuisants regrets.".

Henri de Puyjalon, Guide du chasseur de pelleterie, 1893.

4-178.jpg

Né à Gluges, en France, le 15 mars 1841, Henri de Puyjalon est le fils de Louis de Puyjalon et de Marie-Amélie Maignen de Nanteuil. Il est parfois appelé comte de Puyjalon en raison des origines nobles de sa famille.

Avant son arrivée à Montréal en 1872, Puyjalon aurait étudié à l'école spéciale militaire de Saint-Cyr, en France, et aurait fréquenté les milieux artistiques et littéraires de Paris. Établi à Québec, il fait la connaissance d'écrivains célèbres de l'époque, dont Arthur Buies et Joseph-Adolphe Chapleau. Avec l'écrivain Léon Bloy, il tente de lancer un journal catholique en 1878, sans succès.

Passionné par la nature et par la chasse, Puyjalon entreprend des expéditions le long des rivières débouchant sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, dont il explore les ressources naturelles. En 1880, le gouvernement du Québec lui confie le mandat d'analyser le potentiel minéralogique de la Côte-Nord, entre Tadoussac et Blanc-Sablon. Dans le cadre de ses travaux, il observe également la faune, la flore et les espèces de poissons de la région.

De 1888 à 1891, Puyjalon est gardien du phare de l'île aux Perroquets, dans l'archipel de Mingan, pour le compte du gouvernement fédéral. Poursuivant ses recherches sur la région, il figure parmi les fondateurs de la Société d'histoire naturelle du Labrador, créée en 1896. De 1897 à 1901, il assume la fonction d'inspecteur général des pêcheries et de la chasse de la province de Québec et soumet des rapports dans lesquels il prône des mesures visant la protection d'espèces menacées. En 1900, il s'installe dans un camp à l'île à la Chasse, dans l'archipel de Mingan.

En plus de ses rapports produits pour le gouvernement du Québec, Puyjalon est l'auteur du Guide du chasseur de pelleterie (1893), de Labrador et géographie (1893) et de Récits du Labrador (1894). Il publie également Histoire naturelle à l'usage des chasseurs canadiens et des éleveurs d'animaux à fourrure (1900).

Il est décédé à l'île à la Chasse, le 17 août 1905.

Il avait épousé à Québec, en 1882, Angelina Ouimet, fille de Gédéon Ouimet, surintendant du Conseil de l'instruction publique.

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

×