Un mode de vie inhabituel

En hiver, il est bon de prévoir quelque chose à grignoter ou, mieux encore, un breuvage chaud facile à préparer entre l'arrivée au camp au coucher du soleil et le souper. Une soupe, un bouillon, un thé, une tisane, une boisson au gingembre ou de l'eau chaude avec du poivre de Cayenne réchaufferont et aideront à calmer la faim des voyageurs.

1-231.jpg

En été aussi, boissons chaudes et soupes sont toujours bienvenues les jours de pluie et les journées fraîches ou fatigantes.

Certains préfèrent s'abstenir de boire beaucoup le soir pour ne pas avoir à se lever la nuit... ceux-là doivent compenser en consommant plus de liquide le matin.

2-213.jpg

Pour cuisiner dehors avec plaisir, il faut se créer un certain confort, s'orienter par rapport au feu et surtout au vent, prévoir de l'eau à proximité et des torchons propres pour s'essuyer les mains et pour déposer ustensiles, ingrédients, contenants d'assaisonnements. Une bâche est indispensable pour abriter le "coin cuisine" de la pluie. Un tapis isolant pour s'agenouiller face à la planche à découper ou près du feu est à la base même du confort.

Et il ne faut pas hésiter à demander de l'aide !

Astuce : Un souper copieux le premier soir à un effet rassurant sur les voyageurs. Quand l'appétit va, tout va !

"J'vous l'ai dit, j'faisais la cookerie ni plus ni moins que dan sl'sable là, rien qu'dans un feu pis du sable. Et puis j'vas vous dire (...) c'qu'y m'a arrivé qu'j'ai été obligé d'faire. On drave, le bois s'en va dans rivière, un moent ça arrête, un barrage qui s'fait d'billots. Ca a pris huit jours avec la quantité d'billots qui s'en v'naient, on a été huit jours là. Boulanger, être obligé d'boulanger dans les camps d'toile, pis d'faire cuire dans l'sable, c'est difficile ça pis y faut être là. Le matin, j'me levais pour faire du pain, j'disais à Monsieur Lafleur, c'était mon boss, y s'appelait Albert pis ont était pas gêné nous autres, j'y dit : "Albert, c'est tu correct, aujourd'hui j'boulange là." J'boulangeais à peu près tous les deux ou trois jours. "Ah ! Y dit, y a pas d'soin, ça passe pas ces jours cit. "J'ai mis ma pâte en marche, partir ça. A deux heures de l'après‑midi, y dit : "On mouve, on s'en va d'icit le bois est parti." Mon pain était prêt à cuire, y était dans les chaudrons là. C'était une place, à tous les ans y avait des quarts de lard qui étaient vides, qui traînaient; y ramassent pas ça, y les laissent là. "Au ras les gars là, au ras les gars, coupez les quarts, coupez les quarts en deux." On les défonçait sur l'même bout, pis on faisait un tas, pour charrier, pour mettre ça dans un boat de drave. Pour mettre d'la cendre, ça faisait deux hauteurs de chaudrons, la moitié du quart; On mettait un chaudron dans l'fond, pis mettre d'la cendre dessus, pis mettre un aut'chaudron par-dessus. On est descendu six milles. Pis y dit : "Y est t'y l'heure d'étirer l'pain ?" Fa qu'là j'ai regardé l'heure, ça m'prenait une heure, une heure et quart, cuit dans l'sable qui était chaud. On a décrocéh le chaudron, pis l'pain était cuit. On a descendu pareil. Ca j'ai fait ça moi, faire cuire mon pain sus l'eau." 

Une aventure d'un cook sur la drave tirée de Récits de forestiers, une publication dirigée par Robert-Lionel Séguin. 

3-187.jpg

Ce récit est celui de Lionel Charron de Saint-André-Avellin dans le comté d'Argenteuil, alors qu'il avait 80 ans. Il a commencé à travailler dans les chantiers forestiers à l'âge de 13 ans pour la compagnie Ridan, qui est devenue la C.O.P. Quelques années plus tard, en 1919, il est employé comme cuisinier pour 80 à 100 hommes, sept jours sur sept pendant les cinq à six mois d'hiver que durent ces chantiers. Il a travaillé ainsi penant 37 ans au Témiscamingue, sur la "grand'Rouge" qui se déverse au pied des villages de l'Annonciation, Labelle, Saint-Jovite, la Conception. Comme lui, un nombre important d'hommes en milieu rural allaient travailler dans les camps forestiers de façon saisonnière, parfois en alternance avec l'exploitation de leurs terres agricoles.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

×