Montagnes de Gaspésie : Caribou, y es-tu ?

Confronté à d'importantes modifications de son habitat naturel, le caribou montagnard de la Gaspésie est aujourd'hui en voie de disparition. Rencontre avec une espèce en danger et regard sur sa conservation par le biologiste Benjamin Dy.

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Composé de jeunes forêts (sapinière à bouleau jaune), le paysage des vallées entourant le parc national de la Gaspésie a poussé les caribous à se confiner sur les sommets des monts Albert, Logan, McGerrigle et Jacques-Cartier. Ci-dessus à droite : un ours noir sur un versant des Appalaches gaspésiennes. Depuis quelques décennies, le caribou montagnard de la Gaspésie connaît un prédateur supplémentaire : le coyote. 

Parmi ses trésors naturels, la péninsule de la Gaspésie compte la seule population de caribous vivant au sud du Saint-Laurent. Jadis présent en abondance sur ces montagnes, le caribou a payé un lourd tribut au XXème siècle des chasseurs et des exploitants forestiers. Aujourd'hui, on estime que sa population ne dépasse pas la centaine d'individus…

Un peu d'histoire

En 1928, Louis Germain Gastonguay, arpenteur au solde de la couronne, se trouvait dans les vallées gaspésiennes situées entre le mont Albert et Jacques-Cartier, le long de la rivière Sainte-Anne. Ses observations de terrains précisent : "Les essences forestières sont partout les mêmes, elles consistent en épinettes et sapins d'un diamètre moyen de 8 à 14 pouces". Charles Errol Lemoine, arpenteur en 1916 dans les basses terres de la rivière Cap Chat notait : "On y trouve des épinettes de 12 à 40 pouces, des cèdres de 20 à 60 pouces, des merisiers de 20 à 40 pouces et des pins pouvant atteindre 6 pieds de diamètre". Georges Leclerc écrivait lors de son exploration de la rivière Madelaine en 1917, "On y rencontre le caribou en immense quantité", en stipulant quelques lignes plus loin qu'il y constatait "un carnage épouvantable de ces animaux". La chasse excessive de cette époque, combinée à la coupe de cette forêt primaire, amorça un brutal déclin démographique du caribou. Aucune évaluation quantitative de leur nombre dans la péninsule Gaspésienne au début du XXème siècle n'est disponible, mais de nombreux témoignages suggèrent que le Caribou (Rangifer tarandus) était très abondant.

Une dynamique écologique négative pour l'espèce

L'ouverture du paysage forestier gaspésien a favorisé l'implantation d'un nouveau prédateur pour le caribou, le coyote (Canis latrans), qui a colonisé la péninsule au milieu des années 1970. Il s'attaque aux faons durant leur premier été d'existence. Cette nouvelle forme de prédation s'ajoute à celle déjà exercée par l'ours noir (Ursus americanus) qui fréquente occasionnellement la toundra alpine. Comme souvent pour les grands mammifères, la survie de la population de caribous de la Gaspésie est principalement liée à la survie de ses jeunes. Par conséquent, une prédation importante des nouveau-nés provoque un rapide déclin démographique de la population. Bien qu'ils n'occupent pas les mêmes habitats, la démographie d'autres cervidés tels que l'orignal (Alces alces) et le cerf de virginie (Odocoileus virginianus) a rapidement augmenté suite au rajeunissement des forêts et la production accrue de jeunes pousses de feuillus ainsi que de sapin baumier. Ces nouvelles densités d'ongulés tendent à favoriser l'augmentation du nombre de coyotes et d'ours noir qui trouvent une nouvelle ressource alimentaire chez les nouveaux-nés et les carcasses d'animaux morts. De la même façon, la disponibilité accrue des petits fruits dans les coupes forestières en régénération favorise la croissance du nombre d'ours noirs. Un phénomène équivalent se reproduit avec le coyote qui trouve une plus grande densité de lièvre d'Amérique dans ces milieux. Cette démultiplication du nombre de prédateurs dans le paysage naturel gaspésien, qui ne connaissent pas de limites spatiales et se déplacent librement à travers l'ensemble de la péninsule, a pour conséquence d'augmenter le niveau de prédation sur les jeunes caribous. Ainsi, certaines années, le coyote et l'ours noir pourraient occasionner la perte de 75 % des faons dans le parc national de la Gaspésie.

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Caribous au sommet du Mont-Albert pendant la période de rut

Conservation mode d'emploi

Actuellement, la survie du caribou montagnard de la Gaspésie dépend des opérations de contrôle des prédateurs mis en place dans l'enceinte du parc national depuis 1990. Sans cette mesure de régulation du coyote et de l'ours noir dans les principales zones d'habitats du caribou, l'espèce est à très haut risque d'extinction à moyen terme. Même si les limites du parc permettent de penser que les conditions de l'habitat vont s'améliorer par vieillissement, les forêts ceinturant le parc national de la Gaspésie sont encore aujourd'hui exploitées, là où les caribous vivent à peu près 20 % de l'année.

La connectivité entre les différents habitats et groupes de caribous isolés en maintenant des corridors de foret les plus âgés possible, de façon continue et non fragmentée dans le paysage, pourrait être la clé de la conservation du caribou de la Gaspésie. En ce qui concerne l'avenir, la survie indépendante de l'espèce dépend donc largement d'une stratégie d'aménagement forestier permettant d'éviter le rajeunissement des massifs à long terme, à l'échelle de l'ensemble de la péninsule Gaspésienne. Par conséquent, cela implique des décisions aux retombées sociales, économiques et écologiques importantes qui nécessitent une forte volonté populaire et politique de conserver ce patrimoine naturel.

Mieux connaître le caribou de Gaspésie

Ecotype : montagnard

Habitat : zones d'altitude. Forêts conifériennes matures. Toundra alpine.

Régime alimentaire estival : lichens et herbacées de la toundra alpine.

Régime alimentaire hivernal : lichens terricoles et arboricoles des forêts subalpines.

Période de rut : septembre-octobre, zones alpines dégagées.

Accouplement : mi-octobre.

Gestation : 7 à 8 mois.

Mise bas : mi-mai à mi-juin de façon isolée, un petit par portée.

Activités d'observations avec des gardes naturalistes du parc national : tous les jours du 24 juin au 1er septembre au sommet du mont Albert et mont Jacques-Cartier.

Plus d'informations : www.sepaq.com/pq/gas

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