Montréal la curieuse

Paru aux éditions JonGlez, le guide Montréal insolite et secrète est le résultat d'une recherche de longue haleine menée par Philippe Renault. D'un temple coadaïste aux surfeurs du Saint-Laurent, le photographe et rédacteur a fouiné débusqué dans sa ville d'adoption des dizaines de curiosités en forme de pépites. Un florilège de lieux surprenants et de petites histoires inattendues dont il nous livre quelques morceaux choisis.

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Surfer sur le Saint-Laurent

Entre les îles Sainte-Hélène et Notre-Dame

Qui pourrait imaginer qu'en pleine Cité du Havre, face au port de Montréal, on pouvait faire du surf ? En fait, il s'agit de surf de rivière, un sport relativement nouveau mais en pleine expansion. Comme en surf de mer, on rame avec les mains jusqu'à la vague et ensuite on se lève sur la planche. La différence : en rivière, on peut surfer aussi longtemps qu'on veut…ou qu'on le peut ! Le "spot" montréalais se situe derrière Habitat 67, l'ensemble d'habitations avant-gardiste de l'architecte Moshe Safdie sur l'île Sainte-Hélène. Cette vague permanente est due à une fosse creusée durant les travaux de construction de l'île Notre-Dame pour Expo 67 : les ouvriers manquaient de terre de remblai et une digue fut construite afin d'aller en chercher dans le fond du fleuve. On détruisit la digue, mais le trou creusé resta, créant la fameuse vague. A certaines périodes de l'année, la vague est plus imposante et attire de nombreux adeptes qui se rassemblent sur les berges. Il faut alors parfois attendre son tour de longues minutes.

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http://www.habitat67.com/home_fr.html

Toutes les infos sur KSF : http://ksf.ca/surf/

Rendre hommage à l'homme le plus fort du monde

Monument Louis-Cyr, square des Hommes-Forts

Curieuse évocation que cette statue imposante en bronze du quartier Saint-Henri. Par ses formes rondes et le grossissement volontaire du personnage, elle n'est pas sans rappeler le travail de l'artiste colombien Fernando Botero, même si elle est plus simplement l'œuvre du sculpteur Robert Pelletier, et fut érigée en 1970. Louis Cyr, né en 1863 dans un petit village de Montérégie, était ni plus ni moins l'homme le plus fort du monde et peut-être même de tous les temps. A la fin du XIXème siècle, les concours de force, ancêtres de l'haltérophilie, sont des spectacles très populaires. Le Samson canadien, comme on le surnommait à l'époque, déplace les foules. En 1892, à 29 ans, il est proclamé lors d'une compétition à Londres "l'homme le plus fort du monde". En 23 ans de carrière, il parcourt les Etats-Unis, le Canada, l'Angleterre et le pays de Galles, donnant près de 2.500 représentations de tours de force et participant à plus de mille spectacles de cirque. Certains de ses records sont encore invaincus aujourd'hui, comme celui de retenir pendant 55 secondes deux paires de chevaux pesant au total plus de deux tonnes, ou le fait de soulever lors de sept épreuves un total de 7 tonnes et demie en moins de deux heures !

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Céline Cyr, « Louis Cyr »

Notice

patrimoine-culturel.gouv.qc.ca

Avoir une dent contre le musée

Musée Eudore-Dubeau de médecine dentaire

Le musée Eudore-Dubeau de médecine dentaire est probablement le musée le plus hétéroclite et l'un des plus divertissants de Montréal. Il se cache dans le pavillon de médecine dentaire de l'université de Montréal. Faute de moyens, il n'a pas d'horaires fixes, mais son directeur le Docteur Denys Ruel ou un de ses assistants se feront une joie de vous y accueillir pour une visite guidée. La visite de ce petit local encombré de près de 3.000 objets se révèle passionnante. De l'authentique fauteuil d'arracheur de dents à un très rare exemplaire d'un Traité des dents publié en 1728 en passant par une collection d'instruments, crachoirs et autres appareils à anesthésie et radiographie dont certains vous feront frissonner…

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http://www.expo.umontreal.ca/collections/dentaire.htm

Adresse civique : Musée Eudore-Dubeau 
Faculté de médecine dentaire Université de Montréal Pavillon principal 
2900, Édouard-Montpetit Porte B-1 Montréal (Québec)
H3C 3J7 

Numéro de téléphone : Dr. Denis Ruel, directeur du musée 343-6111 poste 2877
Indications pour se rendre au Musée : En voiture, prendre la montée d'accès au coin des rues Édouard-Montpetit et Jean-Brillant. 
Le stationnement est gratuit le dimanche. En métro, prendre la ligne bleue jusqu'à la station Université-de-Montréal et monter jusqu'au pavillon principal. Le Musée sera accessible par l'entrée principale.

Aller au catch à l'heure des vêpres

Eglise Saint-Charles

Au cœur du quartier Pointe-Saint-Charles, le sous-sol de l'église Saint-Charles accueille tous les samedis soirs ou presque une étonnante activité pour une église catholique : des combats de catch ! Une dizaine de combats de lutte spectacle de la WTA (Wrestling Titan Association) se succèdent ainsi pendant deux heures, faisant s'affronter trente adultes professionnels de ce sport, mais aussi des jeunes du quartier. A l'initiative de Michel Piché, qui parvint, en 1994, à convaincre le curé de l'époque, la lutte américaine est devenue ici un outil de réinsertion sociale permettant aux jeunes de contrer les dures réalités du quartier. Manteau de cuir, tatouages sur le corps et Mohawk sur la tête, Michel Piré, alias The Scorpion Killer, estime que ce sport a aidé beaucoup de jeunes en difficulté. Pour la discipline, il est inflexible : pas de bons résultats à l'école, pas de lutte.

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Église Saint-Charles, 2111, rue Centre Montréal (Québec) H3K 1J5, Montréal, Canada.

Découvrir le petit cœur d'Auschwitz

Centre commémoratif de l'Holocauste

C'est l'histoire d'un tout petit cœur qui bat au sein d'un lieu dédié à la mémoire de l'holocauste juif de la Seconde Guerre mondiale. A peine plus gros qu'un caillou, l'objet ressemble à un petit livre dont la couverture en tissu est brodée de la lettre "F". L'intérieur se déplie à la manière d'un origami et une dizaine de pages apparaissent… Le 12 décembre 1944, c'est l'anniversaire de Fania Feinr (née Landau) : elle a 20 ans et est prisonnière en Pologne du sinistre camp d'Auschwitz. Dans sa fabrique de munitions où elle travaille, son amie Zlatka Pitluk (née Schneiderhaus) veut lui offrir un cadeau. Elle réussit à force d'ingéniosité et de persévérance à trouver le papier, le tissu et les outils pour confectionner ce petit cœur qu'elle fera signer par la plupart de la vingtaine des femmes qui travaillent comme elle avec Fania. Elles y inscriront des messages d'amitié et d'espoir écrits dans leur langue respective : polonais, allemand, français, hébreu. Le préféré de Fania ? "Liberté, Liberté, Liberté".

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http://www.mhmc.ca/

Rima Elkouri, Le cœur de Fania, dans Cyberpresse,10 novembre 2010

Entrevue de Christiane Charette à Radio-Canada le 12 novembre 2010

Site web de Yad Vashem

Mémorial et Musée d'Auschwitz-Birkenau

Croiser Mussolini à cheval dans la Petite Italie

Eglise Notre-Dame-de-la-Défense

De Boston à Vancouver, l'artiste Guido Nincheri a décoré plusieurs églises, dont celle de Notre-Dame-de-la-Défense, dans le quartier typique de la Petite Italie au nord du boulevard Saint-Laurent. Aux côtés des anges et des saints se trouve une figure inattendue : celle du Duce, Benito Mussolini, en grand apparat juché sur son cheval. L'histoire de cette fresque est intimement liée à celle de l'immigration italienne à Montréal. Entre 1901 et 1911, le nombre d'immigrants italiens passa de 1630 à 7013. Dès 1910, ces nouveaux arrivants, très croyants, créaient la paroisse Notre-Dame-de-la-Défense, puis inauguraient l'église du même nom en 1919. A partir de 1925, le consulat italien, sous la tutelle de l'Italie fasciste, décida d'orchestrer des opérations de propagande afin de faire grimper la popularité de Mussolini auprès de la communauté italienne outre-Atlantique. Le régime autoritaire voulait gagner de nombreux adeptes au Canada et exacerber leur patriotisme. C'est dans ce contexte qu'ont été peintes certaines des fresques de l'église Notre-Dame-de-la-Défense.

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Inventaire des lieux de culte du Québec (bâtis avant 1975)

Visiter les ruines fantômes d'une église disparue

Sainte-Anne de Griffintown

En descendant la rue de la Montagne en direction du fleuve Saint-Laurent, on trouve au croisement de la rue Wellington un petit parc à peine entretenu. En s'approchant, on distingue quelques murs en pierre, et quelques bancs en bois bizarrement orientés dans le même sens. En s'enfonçant dans le sous-bois, on tombe sur une stèle brisée en deux et les restes d'un escalier… Difficile d'imaginer qu'ici battait le cœur du quartier catholique irlandais de Griffintown. Une plaque avec une photo ancienne lève le mystère. Nous sommes sur les ruines de l'église Sainte-Ann, ou Sainte-Anne pour les francophones peu nombreux à l'époque dans ce quartier défavorisé. Dans un contexte de forte immigration de travailleurs pauvres en provenance d'Irlande, l'église Sainte-Anne fut construite en 1854 et devint vite le centre de la vie communautaire du quartier. Après la Seconde Guerre mondiale, la population de Griffintown déclina. Et au début des années 1960, ce quartier résidentiel fut déclaré sans avenir par le maire Jean Drapeau. A grands coups de bulldozers, il se transforma en zone industrielle et on y construisit l'autoroute Bonaventure. Sainte-Anne privée de ses ouailles n'échappa pas à la destruction, en 1970. Longtemps à l'abandon, le terrain vague où s'élevait l'église a été récemment aménagé en espace vert exposant les fondations du monument et plaçant quelques bancs là où se trouvaient à l'époque ceux de l'église.

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Comité pour le sain redéveloppement de Griffintown

Percer enfin le mystère d'Ahuntsic

Parc de l'église de la Visitation

Le mystère reste entier autour du personnage nommé Ahuntsic dont la statue orne le parc devant l'église de la Visitation, non loin de celle du père Nicolas Viel. Ahuntsic est représenté dans la pierre sous la figure d'un Amérindien. Sur la plaque, au pied de la statue, on peut lire : "Ce monument a été érigé le 24 mai 1903 par les paroissiens du Sault-au-Récollet pour perpétuer le souvenir de la mort héroïque du jeune néophyte Ahuntsic précipité par de méchants Hurons avec son père spirituel Nicolas Viel, récollet, au dernier sault de la rivière des Prairies au printemps 1625". Tel est le récit que fait en 1636 le missionnaire jésuite Paul Le Jeune de la mort des soi-disant "deux premiers martyrs canadiens". Une version que l'on retrouve sur une stèle de granit plantée dans l'actuel par Nicolas-Viel, tout proche, mais qui est battue en brèche par le récit que fait, après sa visite sur les lieux en 1749, le naturaliste suédois Peter Kalm. Il identifie bien Ahuntsic comme un Huron, "instruit et baptisé", mais celui-ci n'aurait pas été assassiné et serait mort noyé dans un accident. En 1942, le brave Ahuntsic perdra cette fois son titre d'Indien lorsque le père franciscain Archange Godbout démontra qu'il s'agissait en fait d'un jeune Français et non d'un Huron. Ahuntsic ne serait que le surnom donné par le Hurons au jeune aventurier baptisé "Auhaïtsique", du nom d'un petit poisson vif et rapide. La théorie du meurtre s'étant fissurée au fil du temps, on décida ces dernières années de modifier les symboles témoignant de cette histoire encore mystérieuse. Sur la façade de l'église de la Visitation, la plaque de 1926 fut changée, on y lit désormais : "Ici, au dernier sault de la rivière des Prairies le 25 juin 1625 se sont noyés le récollet Nicolas Viel et son jeune compatriote surnommé Auhaïtsic".

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Présentation du site historique (site touristique officiel du gouvernement du Québec)

Reportage-photo du site historique par Carol Proulx, de l'association Québecurbain

Sonder la mémoire poétique du Québec

Médiathèque littéraire Gaëtan Dostie

Dans ce quartier dédié aux amateurs de hockey – le centre Belle est à deux pas – et aux noctambules de la rue Crescent toute proche, la création d'un musée dédié à la poésie et à la littérature québécoise dans une belle maison aux volets bleus datant de 1845 est pour le moins originale. Son créateur, le poète, éditeur, vidéaste, producteur et collectionneur Gaëtan Dostie l'est d'ailleurs tout autant. "C'est le musée d'un missionnaire de la poésie", déclarait Chloé Sainte-Mrie, la chanteuse et compagne du défunt cinéaste Gilles Carle. Véritable passionné depuis l'âge de 9 ans alors qu'il collectionnait déjà les imprimés littéraires québécois, Gaëtan Dostie a amassé depuis plus de cinq décennies des documents de la francophonie d'Amérique. Plus de 400 œuvres rares de Nelligan, Miron, Borduas et autres artistes du Québec sont exposées sur les murs des dix salons et nombreux corridors de la médiathèque littéraire. Mais la vedette quotidienne de ces lieux reste néanmoins leur maître, qui vous guidera lui-même dans ce temple dédié aux lettres québécoises : impossible de résider à l'érudition et à la passion de Gaëtan Dostie.

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http://www.algi.qc.ca/asso/mlgd/

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