Le melting-pot

Melting pot est à l'origine une expression anglo-américaine désignant un creuset (utilisé pour fondre un métal par exemple). C'est devenu une métaphore utilisée pour désigner un phénomène d'assimilation de populations immigrées de diverses origines en une société homogène. Toutes les différences initiales (de culture, de religion…) s'effacent pour ne plus former qu'un seul et même ensemble. Ce terme fut en particulier utilisé pour décrire la tentative de politique d'assimilation de millions d'immigrés d'origines diverses aux États-Unis.

Ce terme provient de la pièce de théâtre d'Israel Zangwill (1864-1926) The Melting Pot, dont le message était que tous les immigrants arrivés aux États-Unis pouvaient devenir américains, un peuple formé dans un creuset de démocratie, de liberté et de responsabilité civique.

1 374

Cette photo a été prise par F.P.Sargent, le commissaire général à l'immigration. C'est lui qui a instauré une aire de jeux sur l'un des toits d'Ellis Island, afin que ces futurs Américains puissent s'amuser. 

2 337

3 291

Un air de Sicile en plein Brooklyn, 1983. Gino Pollari a fait venir sa famille de Palerme dans les années 1970, pour vivre avec sa mère et ses cinq frères.

Fondés sur un afflux incessant de migrants notamment venus d'Europe, les Etats-Unis connaissent aujourd'hui une profonde mutation. Mixité croissante, minorités en voie de devenir majoritaires… le fameux melting-pot américain changerait-il de visage ?

Ce qui frappe l'œil d'un touriste venu flâner le long de l'Hudson River, à New York, c'est l'incroyable diversité des individus qui profitent des pelouses des parcs : Latinos, Asiatiques, Blancs, Noirs… tous pique-niquent, se reposent et jouent en famille. Une Amérique pluriethnique mais qui ne serait, selon les esprits critiques, qu'une juxtaposition de communautés qui se respectent, mais qui ne se parlent pas ni même se connaissent…

"Une attaque qui ne résiste pas à l'analyse de l'Amérique récente", estime François Durpaire, spécialiste des Etats-Unis à l'université de Cergy-Pontoise (auteur de Histoire des Etats-Unis, "Que sais-je", Puf, janvier 2013), qui pointe l'existence d'un mestizo melting pot – expression empruntée à l'historien américain Gregory Rodriguez, et qui décrit un nouveau type de melting-pot, "réel cette fois, car fondé sur la mixité".

4 249

L'afflux d'immigrants, en particulier asiatiques et hispaniques, est en train de changer la physionomie des Etats-Unis. Ici, des étudiants d'un lycée de Virginie, qui se rendent au bal de leur école.

Dans les années 1970, près d'un Américain sur deux revendique sa double origine.

Une diversité qu'a toujours connue ce pays-continent, dont l'histoire commence bien avant l'arrivée des Anglais : les premiers colons furent espagnols, français, hollandais. Avant d'être rejoints par des Ecossais, Irlandais, Allemands, Italiens, Russes, Polonais, Scandinaves, Chinois…

Entre 1870 et 1920, environ 20 millions d'Européens émigrent aux Etats-Unis : les Juifs d'Europe centrale fuient l'antisémitisme et les pogroms (le mot pogrom (d'origine russe : погром) signifie détruire, piller. Il est utilisé spécifiquement dans plusieurs langues pour décrire les attaques accompagnées de pillage et d'effusion de sang contre les juifs en Russie, perpétrées par la majorité chrétienne, sans réaction des autorités ou avec leur assentiment, entre 1881 et 1921), les Italiens et les Slaves tournent le dos à la misère, espérant reconstruire leur vie.

Puis l'immigration se diversifie, et n'est plus majoritairement composée d'Anglo-Saxons. "Comment faire "un à partir de plusieurs" (en référence à la première devise américaine E pluribus unum) et intégrer ces nouveaux immigrants ?", s'interroge François Durpaire. Grâce au melting-pot, expression tirée d'une pièce de théâtre (The Melting Pot, d'Israel Zangwill( 1864-1926), jouée à New York en 1909) – dans laquelle un jeune Slave juif veut se fondre dans la société américaine -, et passée depuis à la postérité. Même si, très vite, des voix s'élèvent contre cette idéologie jugée non démocratique – puisque "effaçant" les différences religieuses, culturelles… -, elles sont minoritaires.

Le serment d'allégeance (le matin, les enfants des écoles, les immigrants, les élus jurent fidélité au drapeau), mis en place en 1892, et le Flag Day ("le Jour du drapeau), officialisé par le président Wilson en 1916, symbolisent cette volonté d'"américanisation", qui soude le pays autour de valeurs communes.

5 222

Célébré le 14 juin, le Flag Day commémore l'adoption du drapeau des États-Unis qui s'est déroulée à cette date suite à une résolution du Second Congrès continental en 1777.

Pendant la guerre de Sécession, en 1861, l'Union décide d'un jour consacré à la célébration du drapeau. Le président Wilson officialise ce Flag Dayen 1916. En août 1949, le National Flag Day est établi par un acte du Congrès. Ce jour n'est pas un jour férié fédéral aux États-Unis mais l'État de Pennsylvanie (et seul état à ce jour) en a fait un jour férié d'État.

6 183

A la sauce chinoise, 1998. Dans Chinatown, à New York, un cuistot chinois transporte deux cochons qu'il servira avec une sauce à l'ail, ou rôtis et accompagnés de brocolis. Mais ne dites pas qu'il s'agit de cuisine chinoise, terme inapproprié. Cette communauté préfère parler de spécialités régionales (cantonaise, sichuanaise…) ou américaines.

Une belle communion qui vole en éclats dans les années 1960 avec les mouvements de contestation noirs, essentiellement. L'unité est alors perçue comme un carcan, voire le résultat d'une oppression, la communauté noire étant toujours exclue de l'intégration prônée en théorie. Il y aurait désormais plusieurs façons d'être américain. Le terme "ethnique" se charge de valeurs positives.

"Dans les années 1970, un Américain sur deux revendique une histoire qui le rattache à un pays étranger", affirme François Durpaire, et donc sa double origine.

Celle-ci est symbolisée par un trait d'union (hyphen), autrefois mal connoté (au début du siècle, il est utilisé pour suspecter la loyauté des nouveaux immigrants : W.Wilson l'emploie pour les German-American, par exemple) : désormais, les minorités souhaitent être reconnues sous les noms de Native-American, Hispanic-American, African-American…

"C'est d'ailleurs généralement cette Amérique-là que l'on connaît en France, souligne l'historien, les manuels scolaires ne faisant plus référence à la notion de melting-pot dans les années 1960."

Le début du XXIème siècle voit naître un bouleversement culturel et démographique qui va changer de façon fondamentale le visage de la future Amérique : les minorités passent de 30,9 % de la population en 2000 à 36,3 % en 2010. La majorité blanche (non hispanique) est en passe de devenir minoritaire, sans doute d'ici 2042. Le phénomène de majority-minority est déjà observé dans quatre Etats (Texas, Hawaï, Nouveau-Mexique, Californie), ainsi qu'à Washingthon DC. En 2011, les naissances de bébés "caucasiens" sont pour la première fois inférieures à celles d'enfants issus des minorités. Des minorités pionnières car davantage marquées par la mixité : on observe 30 % de mariages mixtes chez les Latinos et les Asiatiques, et seulement 17 % chez les Noirs; et parmi ceux qui sont nés aux Etats-Unis, le pourcentage atteindrait 52 % pour les Latinos et 72 % pour les Asiatiques ! Comment s'explique le fait que ce taux de mixité est plus faible chez les Noirs ? "Si pour les Latinos et les Asiatiques l'immigration s'est effectuée dans la douleur – ils ont subi les lois migratoires -, ces peuples partagent cette histoire avec tous les Américains", souligne François Durpaire. Par contre, celle des Noirs est celle de l'esclavage.

L'élection d'un président noir dans un pays longtemps marqué par la ségrégation témoigne d'une évolution très forte des mentalités. Tout comme sa réélection en 2012, où il n'est plus fait allusion à sa couleur de peau. "Son ascendance mixte lui a permis de tenir un discours au-delà du Noir et du Blanc", précise l'historien.

Un premier pas vers l'avenir dans une Amérique post-radicale apaisée ?

Il y a 30 % de mariages mixtes chez les Latinos et les Asiatiques, seulement 17 % chez les Noirs.

7 162

Little Mexico (Texas), 1980. Dans le quartier mexicain de Houston, San Juana de los Reyes coupe les cheveux de son petit-fils. On est en 1980. L'existence de liens familiaux forts joue alors un rôle crucial dans l'émergence politique de cette communauté.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

×