Pour les nouveaux new-yorkais, le rêve reste intact (1990)

L'immigration aujourd'hui

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Seconde minorité du pays après les Hispaniques, en 2008, c'est à New York que vivraient la majorité des Africains-Américains. Mais au Mississippi, 38 % de la population de l'Etat est noire. Ici, à Bentonia, le confort d'une Juke House, où l'on peut boire un verre en écoutant du blues, forme musicale née dans les champs de coton. La musique est l'un des apports majeurs de la communauté noire à la culture américaine. 

Le soleil qui entre à flots dans le hall d'arrivée de l'aéroport international John-F.-Kennedy me rappelle le bureau d'enregistrement baigné de lumière d'Ellis Island, par où transitaient les étrangers débarquant à New York. A John-F.-Kennedy aussi les nouveaux arrivants, exténués, leurs papiers à la main, font la queue pour être contrôlés par le service de l'immigration et de la naturalisation américaine (INS). (…) Mais pour l'immigrant d'aujourd'hui, les formalités à accomplir sont simplifiés. Une carte de résident permanent conçue par ordinateur, rose bordée de bleu et anti-contrefaçon est imprimée. Souvent appelée "carte verte", ce permis de travail est la preuve que l'entrée sur le territoire est légale, et autorise son titulaire à résider de façon permanente aux Etats-Unis; s'il le souhaite, celui-ci pourra demander la citoyenneté cinq ans après. (…)

Les illégaux deux fois plus nombreux ?

Jusqu'à 2.500 immigrants arrivent à l'aéroport Kennedy chaque semaine. (…) Et ce pour les mêmes raisons qu'avant : échapper à l'oppression, avoir une vie meilleure… Mais ils viennent d'autres régions du monde et ont des origines ethniques et culturelles différentes. Ils viennent souvent d'Asie, des Caraïbes et d'Amérique latine, alors qu'Ellis Island accueillait surtout des Européens. (…)

Bien sûr, beaucoup de candidats à la nationalité américaine entrent sans autorisation aux Etats-Unis. Ils seraient jusqu'à deux fois pus nombreux que les immigrants légaux. Personne ne le sait avec certitude. Mais j'ai découvert des immigrés clandestins intégrés dans des réseaux bien organisés dans tout New York. Leopoldo, par exemple. Je l'ai rencontré dans une rue du quartier de Washington Heights. Vêtu d'un sweat-shirt par un après-midi glacial de janvier, il vendait des churros pour 35 dollars par jour. A Mexico, il était mécanicien de moteurs Diesel, mais à New York, sans carte verte, il n'a pu trouver qu'un emploi de vendeur.

Leopoldo était arrivé par le biais d'une filière bien établie, utilisée non seulement par des Latino-Américains, mais également par des Asiatiques et des Africains. Il avait emprunté 700 dollars pour payer un "coyote" – passeur clandestins. Ce dernier devait lui faire franchir la frontière près de Tijuana, le conduire jusqu'à Los Angeles et le mettre dans un avion pour New York. (…)

En 1986, pour freiner cette migration illégale, le Congrès a voté une loi contre les employeurs embauchant sciemment des clandestins. (…) La ville d New York ne signale pas les étrangers sans papiers et ne fait pas de discrimination à leur encontre dans les services publics comme les commissariats de police, les hôpiteaux… Verne Jervis, porte-parole de l'INS à Washington, hausse les épaules : "L'application des lois sur l'immigration est un cauchemar." (…)

La loi proposait l'amnistie aux clandestins pouvant prouver qu'ils résidaient aux Etat-Unis avant 1982. Un conseiller à l'immigration du compté de Queens m'a dit : "J'ai traité 3.000 dossiers. Je n'ai jamais vu autant de livrets d'épargne. L'accusation selon laquelle les immigrés demandent l'aide sociale n'est pas fondée." (…) Quel que soit leur statut légal ou leur pays d'origine, les New-Yorkais de fraîche date ont un parcours classique. Ils acceptent des emplois modestes dédaignés par les autochtones, achètent, avec le temps, de petits commerces, réhabilitent de vieux bâtiments, rénovent des quartiers qui se dégradent… Après les cinq années requises, la plupart sont naturalisés américains.

C'est Wenny Cui, une jeune fille de 15 ans originaire de Canton (Chine), qui m'a aidée à comprendre les nouveaux immigrés. Cinq ans plus tôt, Wenny, sa sœur jenny et leurs parents ont été repris en charge par les grands-parents, qui avaient fait venir aux Etats-Unis les douze oncles et tantes de Wenny avec leurs épouses et leurs enfants – un exemple classique de ce qu'on appelle une "chaîne migratoire".

"Quand on est arrivés, je n'arrêtais pas de pleurer. Mon père pleurait avec moi, se souvent Wenny. On ne parlait pas l'anglais. On ne connaissait même pas l'alphabet." (…)

La famille Cui est en bonne voie pour profiter des occasions offertes aux immigrants. Les parents travaillent dans des restaurants chinois; les filles parlent bien l'anglais, ont de bons résultats scolaires. Mais des problèmes demeurent. Des projets de loi qui accorderaient des dizaines de milliers de visas supplémentaires à des personnes dotées de diplômes d'études supérieures, de compétences recherchées ou d'argent à investir font actuellement l'objet de débats.

Les législateurs soutiennent que la préférence accordée aux familles fait obstacle aux candidatures intéressantes mais dépourvues de ces liens familiaux. On recherche toujours la formule la plus équitable… mais l'Amérique reste une terre de promesses pour des millions d'étrangers.

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