Histoire (3)

Malgré la légende qui veut que ce soit des Hollandais les premiers acquéreurs de l'île de Manhattan, c'est bien un belge qui a acheté pour 60 florins (24 dollars) le coeur de New York.

C'est en 1609 qu'un marin anglais du nom d'Henri Hudson découvre l'île de Manhattan. C'est en son souvenir que la rivière bordant la côte ouest de New York porte son nom. Quelques années plus tard, en 1626, une poignée de Hollandais et de Wallons partiront acheter Manhattan aux indiens pour 60 florins, l'équivalant de 24 dollars. Une broutille donc.

Sur les trente familles faisant partie de l'expédition, huit d'entre elles vont bâtir un fort au sud de l'île. Toujours debout, le fort est situé dans Battery Park et sert de point de départ pour les Ferry vers la statue de la liberté et Ellis Island. Un monument a été érigé en leur souvenir à cet endroit.

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Parmi les Wallons présents dans l'expédition, Jessé de Forest et Pierre Minuit se sont illustrés dans l'histoire de la naissance de Manhattan. Originaire du Hainaut, Jessé de Forest n'a pourtant jamais mis les pieds à New York. Mais sans lui, les Hollandais non plus. En effet, aidé de Willem Usselinx, Jessé obtient, après dix ans d'efforts, l'autorisation officielle d'émigrer.

Jessé de Forest faisait partie de ces Wallons ayant fui les persécutions religieuses. Né à Avesnes en Hainaut en 1576, il quitte sa terre natale en 1615 et part s'installer à Leyde en Hollande. Il va y remuer ciel et terre pour obtenir le droit d'émigrer avec les siens et d'autres familles wallonnes vers le Nouveau Monde. Il y côtoiera aussi des Puritains anglais, futurs passagers du Mayflower.

Le 5 février 1621, Jessé de Forest adresse une pétition, rédigée en français, à Sir Dudley Carleton, ambassadeur de Sa Majesté le roi d'Angleterre à La Haye. Jessé y demande, au nom d'une cinquantaine de familles wallonnes et françaises, l'autorisation de s'établir en Virginie, sollicitant pour ces dernières un territoire de huit milles anglais à la ronde. Connu sous le nom de Round Robin, ce document est aujourd'hui conservé au British Public Record Office.

Le 11 août 1621, la Virginia Company répond par un accord de principe, assorti de certaines restrictions, dont la plus grave interdit aux familles wallonnes de se rassembler en une seule colonie autonome. Jessé de Forest décline l'offre.

La naissance de la Compagnie des Indes occidentales fait alors germer un plan des plus astucieux dans l'esprit du Wallon.

Proposant ses services et ceux de ses compatriotes à la Compagnie hollandaise, Jessé lui apprend aussi qu'un groupe de familles, pratiquant tous les métiers, a l'occasion d'émigrer sous peu pour le compte des Anglais. Arguant que ces colons préféreraient partir pour la Compagnie des Indes occidentales, il souhaite une réponse rapide, précisant en outre que l'offre est à prendre ou à laisser.

Les États de Hollande, conscients de l'importance d'une telle ouverture pour d'éventuelles futures entreprises de colonisation, consultent le jour même les Bewindhebbers (directeurs) de la Compagnie, alors réunis à La Haye.

Le 27 août 1622, après les années d'efforts fournis par Willem Usselinx et Jessé de Forest, ce dernier obtient enfin l'autorisation officielle d'émigrer avec les familles candidates aux Indes occidentales.

Parti en reconnaissance sur les côtes de Guyane en 1623, Jessé de Forest meurt au bord de l'Oyapok (aujourd'hui frontière entre le Brésil et la Guyane française), le 22 octobre 1624.

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Le 20 mai 1924, à l'occasion du tricentenaire de la fondation de New York, un monument commémoratif est érigé en l'honneur des colons wallons, sur le site de Battery Park, à la pointe sud de Manhattan.

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Une pièce de monnaie en argent, de 50 cents, commémorant le tricentenaire de l'arrivée des Wallons est également mise en circulation à la même époque.

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Le gouvernement des Etats-Unis rend encore hommage aux premiers colons en procédant à l'émission de timbres-poste de 1, 2 et 5 cents.

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En ce qui concerne Jessé de Forest :

  • Le 22 août 1924 à Avesnes-sur-Helpe, est érigé un monument rendant hommage à Jesse, il porte l'inscription suivante : A Jessé De Forest sa famille et ses vaillants compagnons du pays wallon, qui cherchaient un nouveau monde où ils pourraient en paix affirmer leurs croyances et pratiquer la religion réformée ont contribué puissamment à la fondation de New-York, la plus grande ville d'Amérique, où les enfants de Jessé De Forest : Isaac, Henri et Rachel s'établirent en 1637.
  • À Battery Park, à l’extrême sud de la pointe de Manhattan se trouve un monument érigé en 1924 offert pour le 300ème anniversaire de la fondation de la ville par une poignée de familles d’origine wallonne par la province de Hainaut.
  • Une série de 3 timbres sort aux États-Unis pour le 300ème anniversaire (voir ci-dessus).
  • Le lycee d'Avesnes-sur-Helpe porte son nom. 

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Monument in Battery Park New York to Jesse De forest  It's called the Walloon Settlers Monument

A ce propos, je vous conseil de lire le livre "De Québec à l'Amérique française. Histoire et mémoire" :

Vous le trouverez sur le site http://www.pulaval.com/catalogue/quebec-amerique-francaise-histoire-memoire-8990.html

Textes choisis du deuxième colloque de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs

Depuis quelque temps, la portée continentale de l’histoire des francophones en Amérique connaît un regain d’intérêt, de part et d’autre de l’Atlantique. Regroupant des travaux choisis et remaniés d’un colloque tenu à Québec en septembre 2003, ce volume privilégie deux Amériques du Nord francophones. La première est la Nouvelle-France. La seconde est l’Amérique qu’on pourrait qualifier de canadienne-française, celle qui connaît son essor à partir de1860, à la faveur des grandes migrations de Québécois et d’Acadiens vers d’autres parties du continent. Certaines des études réunies ici survolent ces déplacements dans l’espace. Mais c’est surtout à un voyage dans le temps que ce recueil convie ses lecteurs. Des contributions couvrant successivement plus de trois siècles examinent dans quelles circonstances on a façonné l’image de la Nouvelle-France et plus récemment, celle de l’Amérique (canadienne-) française. Une dernière section consacrée au domaine muséologique et commémoratif évoque quelques autres traces de ces Amériques francophones d’autrefois.

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Un roman historique ou une histoire véritable ?

On peut se poser la question en feuilletant différents ouvrages, dont :

De Québec à l'Amérique Française" (voir extraits et couverture du livre ci-dessus). Vous pouvez consulter d'autres extraits en cliquant sur le lien suivant :

http://books.google.com/books?id=LQdgCygk13gC&pg=PA190&dq=jesse+de+forest+avesnes+sur+helpe&hl=fr&ei=c0LNTMejGcOVOqjm5JgB&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CCwQ6AEwAA#v=onepage&q=jesse%20de%20forest%20avesnes%20sur%20helpe&f=false

A noter également l'ouvrage "Vers le Nouveau Monde, Histoire d'une Colonie française à New York au XVIIe siècle" de Luce Stiers (qui habite Rousies). Harmattan, 218 pages, 21,50 €. Consultable également en partie sur le lien ci-après :

http://books.google.com/books?id=-VTrLfTFCxUC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

Quant à Pierre Minuit, il est l'auteur de la transaction avec les Indiens. La baie de Gowanus, à l'ouest de Brooklyn, est une trace de ce brabançon. Transformé en Gowanus, le nom originel est Owanus, nom latin de Ohain.

En 1626, Pierre Minuit, gouverneur de la Nouvelle-Belgique, se rend célèbre en achetant l'île de Manhattan aux Indiens Manhattes, en échange de verroterie et autres colifichets, pour l'équivalent de 60 florins (24 dollars).

Pierre Minuit, est né à Wesel (Rhénanie). Son père, Jehan, natif de Tournai, dut fuir la répression sanguinaire du duc d’Albe. L’oncle de Jehan, Salomon Minuit, fut exécuté comme hérétique en place de Tournai vers 1570. C’était un marchand renommé ayant des comptoirs un peu partout, y compris en Orient. Jehan suivit ses traces. Après avoir fui Tournai, il resta pendant environ 10 ans à Anvers où il s’initia sans doute au commerce. Il quitta la cité scaldienne pour s’installer à Wesel vers 1581 et y poursuivit son négoce. 

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Soucieux de défendre les intérêts des colons, il se distinguera aussi par le respect de ceux des Indiens, partant du principe qu'il y a plus à retirer du mélange et de l'intégration harmonieuse de deux cultures - même opposées en apparence - que dans le rejet pur et simple de la plus faible ou soi-disant moins " civilisée ".

La tolérance n'est d'ailleurs pas le point fort de la Compagnie des Indes occidentales. Organisation féodale, celle-ci impose à tous les colons désireux d'émigrer en Nouvelle-Belgique une série  de règles strictes : outre l'exercice de la religion réformée, les colons doivent faire usage exclusif du bas-allemand - langue à l'origine du flamand et du néerlandais actuels -, dans tous les actes publics rendus à la colonie.

De nombreux patronymes sont " néerlandisés ", comme Rapalje pour Rapaille ou Minnewit pour Minuit. D'autres colons sont tout simplement désignés par le nom de la ville hollandaise qu'ils viennent de quitter. L'historien américain Charles W. Baird, dans son livre History of the Huguenot Emigration to America, a qualifié ce genre d'abus de Batavian disguise (camouflage à la Batave).

Il est également défendu aux colons de tisser de la laine ou de la toile, ainsi que de fabriquer du drap ou tout autre tissu, sous peine d'être bannis ou punis comme parjures. Le but caché est ici de garantir un monopole aux importations en provenance de Hollande.

L'attitude bienveillante et protectrice de Pierre Minuit à l'égard des colons, ainsi que la convoitise d'un directeur de la Compagnie hollandaise voulant imposer son neveu en tant que gouverneur, font qu'il est rappelé en 1632.

Les traces des Wallons et des Flamands à New York sont nombreuses et souvent ignorées : la baie de Gowanus par exemple, à l'ouest de Brooklyn tire son nom d'Owanus, traduction latine de Ohain, village natal de Pierre Minuit. La baie de Wallabout, au nord de Brooklyn est une déformation du néerlandais Waal bocht (baie wallonne).

Le nom de Hoboken, quartier bien connu  de New York, provient d'une commune de l'agglomération d'Anvers en Flandre. Communipaw, à Jersey City, est la contraction de Community of Pauw. Michel De Pauw, originaire de Gand en Flandre, avait aussi acheté Staten Island aux Indiens en 1630.

Quant à Peter Stuyvesant, à qui certains veulent absolument attribuer la paternité de la fondation de New York, il n'est arrivé qu'en 1647, soit vingt-trois ans après le débarquement des premiers colons

D'autres endroits célèbres portent les noms de cette histoire bien belge. La baie de Wallabout, au nord de Brooklyn vient du néerlandais Waal bocht (baie wallonne). La célèbre rue Broadway vient également de notre petit pays. Broadway est la déformation anglaise de Brede Weg (la route de Brede). Quant au quartier Hoboken, il porte le nom d'une agglomération d'Anvers.

Donc, c'est en mai 1624 que le Nieu Nederlandt, un navire affrété par la Compagnie des Indes occidentales arrive en vue de l'île de Manhattan. Le bâtiment transporte une trentaine de familles belges : la plupart sont des Wallons auxquels sont venus se joindre quelques Flamands.

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Les passagers vont bientôt être dispersés : après avoir été débarqués sur l’île aux Noix (aujourd’hui Governor’s Island), huit colons vont rapidement construire un fort au sud de l'île de Manhattan - sur le site actuel de Battery Park.

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Plan de Governors Island

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Les autres se répartissent comme suit : quatre couples et huit marins vont gagner la rivière Delaware et bâtir le Fort Nassau (à proximité de la ville de Gloucester dans le New Jersey).

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Le Fort Nassau était un fort néerlandais construit en 1614 sur une île de la Noortrivier (le fleuve Hudson) sur le territoire de l'actuelle ville d'Albany. En raison d'inondations récurrentes tous les étés, les Néerlandais abandonnèrent le fort en 1617 ou 1618. Ce fortin en bois a servi surtout pour l'échange de pelleteries avec quelques navires néerlandais durant ces quatre ou cinq années.

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En 1624, un nouveau fort fut construit sur la rive ouest du fleuve, et ce pour le compte de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, ce fut Fort Orange. L'arrivée de colons cette année-là marquait l'occupation officielle de la Nouvelle-Néerlande.

Deux familles et six hommes remontent la rivière Fresche (Connecticut) et vont y construire un fortin à l'emplacement actuel de la ville de Hartford.

Environ dix-huit familles restent à bord du Nieu Nederlandt et remontent la rivière Hudson. Elles vont débarquer à l'emplacement actuel de la ville d'Albany (capitale de l'État de New York).

Ces premiers pas dans la colonisation de ce territoire ne constituent en fait que la suite d'un processus entamé un siècle plus tôt.

En effet, c'est en 1524 que l'expédition française dirigée par le Florentin Giovanni Da Verrazzano découvre pour la première fois la baie de New York.

Giovanni da Verrazzano est né aux environs de 1485 probablement au sud de Florence en Toscane. Fils d'une riche famille florentine, il bénéficia sans doute d’une solide formation il se destina à une carrière maritime alors qu'un de ses frères était banquier. Jeune homme, il passa plusieurs années au Caire comme agent commercial, et c’est sans doute en Méditerranée orientale qu’il apprit la navigation. Il effectua plusieurs voyages en Méditerranée orientale et il est moins sûr qu'il reconnut Terre-Neuve en 1508 avec Thomas Aubert.

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Premier voyage

Le souverain, pressé par un groupe d'hommes d'affaires puissants, des Dieppois comme l'armateur Jean Ango, des Rouennais ou des Lyonnais, ambitionne d'ouvrir au négoce de son pays des voies vers les épices et les soieries d'Orient, qui ne soient pas placées sous le monopole de fait des Portugais ou des Espagnols. Des marchands italiens de Lyon servirent d’intermédiaires pour la venue de Verrazzano auprès de François Ier. La ville est admirablement située sur les chemins du grand commerce entre le bassin de la Méditerranée et les plaines du nord ouest. Giovanni da Verrazzano se mit au service du roi de France François Ier sans doute vers 1522.

Quatre navires furent donc mis en chantier et, en quelques mois, vers le milieu de 1523, la petite armada était prête à prendre la mer. Giovanni de Verrazzano organise le premier voyage en Amérique sous le patronage officiel de la France, afin d'y "découvrir de nouvelles terres" ainsi que "d'atteindre le Cathay" ( accès donnant sur l'océan Pacifique), au travers du continent nouvellement découvert, l'Amérique du Nord. Parti de Dieppe, en France, vers la fin de 1523, il longea la côte hispano-portugaise, et après des avaries survenues sur trois bateaux, Verrazzano traversa l'Atlantique à bord de la petite caravelle "La Dauphine", en compagnie d'une cinquantaine d'hommes. Il accosta dans une zone correspondant à la Caroline du Nord actuelle, près de "Cape Fear" le 7 mars 1524 et après un bref arrêt, l’expédition descendit d’abord vers le sud, mais, prudent, Verrazzano décida de faire demi-tour et de se diriger vers le nord pour éviter d’éventuelles mauvaises rencontres avec les Espagnols qui s’étaient installés dans la Floride actuelle.

Un peu plus au Nord, dans ce qui est actuellement la Caroline du Nord, il crut apercevoir l'océan Pacifique derrière une étroite bande de terre. Il ne s'agissait en réalité que du lagon de "Pamlico Sound", long de cent trente kilomètres et dont la largeur atteint par endroits quarante huit kilomètres, séparé de l'Atlantique par les "Outer Banks", une barrière d'îles sablonneuses.

Cette erreur conduisit les dessinateurs de cartes et mappemondes, à commencer par le Vicomte de Maggiolo en 1527 et le frère de Giovanni, Girolamo da Verrazano, en 1529, à représenter l'Amérique du Nord quasiment coupée en deux parties reliées par un isthme. Cette interprétation erronée mit un siècle à être corrigée.

Verrazzano fut également à l'origine du mot Arcadia (Arcadie) que Giovanni donna au Maryland et à la Virginie. Il écrivit avoir donné le nom d'Arcadia "en raison de la beauté de ses arbres". Sans doute voulait-il faire allusion à cette Arcadie mythique de la Grèce antique dont les poètes avaient chanté le charme et le bonheur (Sannazaro en 1504). 80 ans plus tard, de Champlain en fixa l’orthographe actuelle en laissant tomber le "r" le nom Arcadia (Acadie) de Verrazano, s’était déplacé au Nord, pour finalement désigner la Nouvelle Écosse.

Plus loin, au nord, Verrazano découvrit l'estuaire de l'Hudson, la baie de l'actuelle New York. De nos jours, le pont Verrazano rappelle cette visite. Le navigateur baptise cet endroit Terre d'Angoulême en l'honneur du roi de France François 1er, ex-duc d'Angoulême. Il prolongea son voyage en direction du Maine, puis de Terre-Neuve, donna à cette région le nom de Nouvelle-Gaulle (c'est à dire Nouvelle-France) et rentra en France par la route des pêcheurs bretons et normands où il était de retour le 8 juillet 1524.

Dès la fin de l'année 1524, Verrazano avait quasiment réuni les fonds nécessaires pour repartir à la belle saison suivante. Mais la conjoncture politique change brutalement. La France essuie des défaites militaires telles que l'exploration du monde est, désormais, reléguée à l'arrière-plan des priorités du souverain. On réquisitionna les navires et les équipages de Verrazzano.

Il reste probable que le navigateur ne fit que deux voyages en Amérique.

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Second voyage (1526-1528)

Le dernier voyage, toujours sous le patronage du roi, fut conçu en 1526, ainsi qu’en fait foi un contrat conclu cette année-là par Chabot, l’amiral de France, avec Verrazzano et d’autres spéculateurs pour la mise en disponibilité de trois vaisseaux. Outre le commerce, le voyage avait aussi pour but la recherche de l’introuvable passage vers l’Asie, mais cette fois au sud de la région explorée lors du premier voyage. Sans motif apparent, le départ de ce voyage fut retardé de près de deux ans.

Verrazano partira néanmoins au printemps 1528 pour la Floride, les Lucayes (îles Bahamas) et les Petites Antilles. Dans une de ces îles probablement la Guadeloupe, Verrazano part en reconnaissance sur un rivage, il est fait prisonnier par les Caraïbes, qui le massacrent et le mangent sur la plage, face à son navire au mouillage... sous les yeux de son équipage. Gerolamo aurait assisté à la mort atroce de son frère.

Le navire de Verrazzano "La Flamengue" revint en 1530, des documents font part du déchargement, à Fécamp, d'une cargaison de bois du Brésil qui se trouvait à bord du navire du navigateur, que Verrazano avait peut-être visité alors qu'il était encore en vie.

Quant à François 1er, empêtré dans ses guerres contre l'empereur Charles Quint, il se détournera des explorations pendant 10 ans avant de reporter ses espoirs sur Jacques Cartier.

Le roi François 1er étant alors en guerre avec l'Espagne, l'information est envoyée aux archives. Pendant plusieurs dizaines d'années, ce sont surtout les Espagnols qui vont manifester de l'intérêt pour le Nouveau Monde et en exploiter les richesses.

Willem Usselinx

En 1555, l'abdication de Charles Quint en faveur de son fils Philippe II va précipiter les Pays-Bas dans le chaos. Le duc d'Albe, envoyé par le roi d'Espagne, y impose une répression impitoyable contre les protestants, en révolte contre les abus de l'Église catholique.

Les excès de l'Inquisition mèneront à une émigration massive de Wallons et de Flamands vers le nord des Pays-Bas, la Suède, l'Angleterre et l'Allemagne, à la révolte des « Gueux », ainsi qu'à la sécession des Provinces du Nord des Pays-Bas, qui prendront le nom de Provinces-Unies. Les Provinces du Sud continueront à subir le joug espagnol et les affres de la guerre.

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Afin d’éviter toute confusion, il faut savoir qu'à l'époque, les Pays-Bas couvraient une bonne partie du Nord de la France et de la Lorraine, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas actuels. Ses habitants étaient appelés les Belges, et les cartes de l'époque représentaient le pays sous la forme d'un lion : le "Leo Belgicus".

C'est en cette époque troublée que naît un jeune Anversois dénommé Willem Usselinx. Sa famille le destinant au négoce des épices, elle l'envoie faire sa formation en Espagne, au Portugal et aux Açores. À son retour des Açores en 1591, Usselinx décide de quitter Anvers pour la Hollande. Ayant constaté à quel point l'Espagne tirait sa richesse de ses colonies américaines, il n'aura de cesse de convaincre les Hollandais de fonder également des colonies dans le Nouveau Monde, dans le but d'y combattre les Espagnols.

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Près de trente années d'obstination et d'efforts seront nécessaires de la part de Willem Usselinx pour qu'en 1621, la Compagnie des Indes occidentales voie enfin le jour. C'est elle qui affrétera le Nieu Nederlandt... 

Henri Hudson

En 1609, un marin anglais nommé Henri Hudson découvre, par approximativement quarante et un degrés de latitude nord et septante-quatre degrés de longitude ouest, une grande baie dans laquelle se jette un long fleuve surgi des montagnes.

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Hudson avait été chargé par les Flamands Emmanuel Van Meteren, Judocus Hondius et Petrus Plancius de découvrir, pour le compte de la Compagnie des Indes orientales, un nouveau passage vers la Tartarie et la Chine.

Alo
rs qu'il explorait les côtes d'Amérique à bord de son navire, le hasard lui fit trouver, 85 ans après Verrazzano, le fleuve qui allait porter son nom, ainsi que le territoire qui devait devenir la future New York. 

Nouvelle Belgique

A partir de 1615, les territoires compris entre la Virginie et la Nouvelle-Angleterre vont porter indifféremment le nom de Nouvelle-Belgique (Novum Belgium, Novo Belgio, Nova Belgica, Novi Belgii) ou de Nouveaux-Pays-Bas.

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Le terme Belgique fait référence aux anciens Pays-Bas, qui couvraient alors une partie du Nord de la France et de la Lorraine, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas actuels. Ses habitants s'appelaient les Belges.

De nombreuses cartes du XVIe siècle montrent d'ailleurs ce territoire portant le nom de Belgique. Le nom tombera ensuite en désuétude au profit des Pays-Bas, et ne fera sa réapparition qu'en 1789 à l'occasion de la première révolution belge.

Plusieurs sceaux de l'époque rappellent en outre que les territoires entourant la future New York portaient le nom de Nouvelle-Belgique. Un premier sceau datant de 1623, porte l'emblème d'un castor - avant l'arrivée des colons en 1624, c'étaient surtout les trappeurs qui exploitaient la contrée -, et porte la mention " Sigillum Novi Belgii ". Le sceau de la Nouvelle-Amsterdam, datant de 1654, porte quant à lui la  mention " Sigillum Amstellodamensis in Novo Belgio ".

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Oubli belge

On peut se demander pourquoi les circonstances réelles entourant la naissance de New York sont, aujourd'hui encore, pratiquement ignorées dans la Belgique actuelle.

Les manuels scolaires et livres d'histoire sont muets à ce sujet. Récemment, Génies en herbe, un jeu organisé par la RTBF (Radio Télévision belge francophone) et mettant en compétition différentes écoles, demanda aux candidats qui était le fondateur de New York. La prétendue bonne réponse était Peter Stuyvesant... Une réponse qui en dit long sur l'oubli dans lequel sont tombés les ancêtres des participants... et des organisateurs !

Cet oubli peut s'expliquer de différentes façons. En voici une qui paraît plausible : les fondateurs de New York étant des Wallons et des Flamands protestants, la Belgique étant catholique et l'enseignement ayant très longtemps été influencé par l'Eglise, on peut supposer que celle-ci ait volontairement occulté cette période de notre histoire.

Après trois cent quatre-vingt-cinq ans, les colons wallons et flamands protestants ne semblent donc toujours pas bénéficier du pardon de l'Eglise catholique.

Certaines rancunes sont quelquefois tenaces...

Le rôle des Wallons dans la fondation de New-York sera souligné par le président des États-Unis, Théodore Roosevelt, lui-même d'ascendance wallonne : « On peut dire que la cité de New York fut fondée quand quelques familles de protestants wallons furent envoyées sur les bords de l’Hudson dans le bateau Nieuw Nederland en 1624. »

Un bel exemple de l'influence belge à New York est le nom « Wall Street » qui fait référence au groupe de colons wallons qui participèrent à la fondation de la Nouvelle Amsterdam.

L’histoire de Wall Street remonte au XVIIe siècle, à l’époque où la future ville de New York appartenait à l’empire colonial néerlandais d’Amérique. La ville s’appelait alors « La Nouvelle Amsterdam » (principalement établie sur l'île de Manhattan), et la colonie était baptisée « Nouvelle-Néerlande ». Bien que le nom « Wall street » (signifiant « rue du mur » en anglais) tienne de l’existence d’un seul et même mur, à la place de la rue actuelle, les plans de la Nouvelle Amsterdam montrent deux noms différents pour cette rue. Quoi qu’il en soit, « De Waal Straat » (nom néerlandais) ne se rapporte pas à un mur, mais à un important groupe de colons qui participèrent à la création de la Nouvelle Amsterdam : des Wallons francophones, puisque étymologiquement, en néerlandais, un Wallon se dit « Waal ». En effet, vers 1630, la population totale de Nouvelle-Néerlande était de 300 personnes, dont une grande majorité de Wallons. Environ 270 personnes vivaient autour du Fort Amsterdam chargé de protéger la nouvelle ville, exerçant pour la plupart le métier de fermier.

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S’il nous est permis de terminer par une image sylvestre, nous dirions que ces quelques Wallons furent les pépins jetés dans un sol fertile donnant naissance à des pommiers gigantesques dont les fleurs furent si odorantes qu’elles attirèrent des millions d’abeilles du monde entier qui les fécondèrent pour faire naître une pomme d’une saveur inégalable " BIG APPLE " par ailleurs très résistante aux parasites.

Bibliographie

Description de la Nouvelle Belgique (par Johannes De Laet - 1640)

• Les Belges et la fondation de New York (par Antoine De Smet - conservateur-adjoint à la Bibliothèque royale de Belgique)

• Les Wallons, fondateurs de New York (par Robert Goffin, Institut Jules Destrée)

• Historique de la colonisation de New York par les Belges (par G. Gomme)

The Belgians, first settlers in New York (by Henri G. Bayer)

History of the Huguenot immigration to America (par Charles W. Baird)

• History of the United States of America (par George Bancroft)

• History of the city of New York (par Martha Lamb)

Narratives of New Netherland (par Franklin Jameson)

• History of the State of New York (par Dr. John Romeyn Brodhead)

• Memorial History of the City of New York (par le Général James Grant Wilson)

• La part des Belges dans la fondation de l'Etat de New York (par le Baron de Borchgrave)

• Willem Usselinx (par Michel Huisman, professeur à l'Université libre de Bruxelles)

Belgian Americans (by Jane Stewart Cook)

Liens

Belgian Immigrants in New York State

New York : A Sketch of the City’s Social, Political, and Commercial Progress from the First Dutch Settlement to Recent Times (by Theodore Roosevelt)

New York Urban Life : History

DeFreest Family History

Ohain a perdu New York

Dutch and Belgian history

Rapalye family tree

New York Events

• The New Netherland




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