La chasse aux sorcières aux USA en 1947

Joseph McCarthy, sénateur républicain du Wisconsin, mène une véritable chasse aux sorcières, contre les communistes. Une guerre ouverte qui fait rage de 1950 à 1954, aux Etats-Unis. Il domine la vie politique américaine, jusqu’au jour où il s’en prend à l’armée. Un faux pas, qui précipite la fin de sa carrière politique.

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McCarthy est né le 14 novembre 1908 dans une famille pauvre du Wisconsin, catholique et d’origine irlandaise. A quatorze ans, Joe quitte l’école pour élever des poulets, mais son entreprise fait faillite et le jeune homme devient gérant d’épicerie. Ambitieux, il reprend ses études et obtient en 1935 le diplôme d’avocat. Le barreau lui rapporte pourtant moins que le poker. Ce qui l’attire plus que tout, c’est la politique.

Ambiguïté

Sous-lieutenant mobilisé dans un îlot perdu du Pacifique durant la guerre, il n’a pratiquement pas combattu. Il s’invente pourtant après coup des exploits dans la guerre aérienne et n’a aucun scrupule à recevoir des décorations prestigieuses. Démobilisé, il retourne à la vie politique et obtient, en 1946, l’un des deux sièges de Sénateur de l’Etat du Wisconsin. Politicien roublard, il accuse déjà son adversaire démocrate de tendance communiste. Son parcours politique ne manque pas d’ambiguïté. Démocrate, indépendant, puis républicain, il aurait même reçu l’appui des communistes pour sa candidature de 1946.

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Démagogue

Personnage haut en couleurs, jovial, bagarreur, bon vivant, l’homme est d’un abord sympathique. Il aime qu’on l’aime. Sa culture politique est fort limitée : le peuple, la liberté, l’Amérique, une idéologie populiste qui a animé le Middle West depuis un demi-siècle. C’est un démagogue, prêt à tout, capable de mentir et d’affabuler pour accroître sa notoriété.

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Le maccarthysme à l'oeuvre

Le 9 février 1950, dans une petite ville de Virginie-Occidentale, le sénateur Joseph McCarthy brandit une liste de fonctionnaires du département d'État (le ministère des Affaires étrangères) qu'il accuse d'être des «communistes notoires» coupables de collusion avec l'Union soviétique et les agents de Staline.

Ce sénateur républicain du Wisconsin, un alcoolique de 42 ans inconnu du grand public, a la surprise de voir son propos repris par la presse nationale.

Il est dès lors entraîné dans une campagne hystérique qui va bouleverser l'Amérique triomphante de l'après-guerre.

Le président démocrate Harry Truman lui répond rapidement. Il assure qu'il a lui-même déjà écarté de la haute administration toutes les personnes suspectes de collusion avec l'URSS. Il met en garde aussi les Américains contre le risque d'une atteinte à la démocratie : «N'instaurons pas un totalitarisme de droite sous prétexte de lutter contre un totalitarisme de gauche», dit-il en substance.

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Infiltrations communistes

Il est vrai que, dès avant la Seconde Guerre mondiale, le service d'espionnage soviétique a infiltré les milieux scientifiques américains et recruté des savants comme Julius Rosenberg. En 1938, la menace est jugée assez sérieuse pour que la Chambre des représentants institue une commission des activités anti-américaines (House Un-American Activities Committee, HUAC). Elle s'en prend aux menées nazies et communistes.

En plein conflit mondial, pendant la conférence de Yalta, il apparaît que des conseillers du président Roosevelt ont transmis des secrets à Staline afin de favoriser ses desseins.

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Après la victoire sur le nazisme, le parti communiste américain et ses syndicats, bien que forts d'un maximum de 70.000 membres, ont préparé la guerre qu'ils jugeaient inévitable entre le camp capitaliste et le camp socialiste. Dans un but de propagande, ils ont tenté de s'imposer dans la cité du cinéma en déclenchant de grandes grèves.

En 1947, dans le contexte de la guerre froide et de la course à l'arme thermonucléaire, tandis que les communistes étendent leur emprise à la Chine communiste, le président Truman institue des commissions, les «loyalty boards», pour repérer et écarter les fonctionnaires fédéraux coupables de collusion avec l'Union soviétique. Ces commissions envoient quelques fonctionnaires devant un tribunal mais sans résultat spectaculaire.

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«Chasse aux sorcières»

La campagne du sénateur McCarthy relance les soupçons, d'autant qu'elle survient au moment de l'arrestation par la police fédérale, le FBI, des époux Rosenberg, accusés d'avoir livré à l'URSS des secrets atomiques.

Arrêté pour espionnage, David Greenglass nie d'abord les faits puis, après huit mois d'hésitations, charge les Rosenberg en échange de la liberté pour sa femme et de la vie sauve pour lui-même.

Il accuse Ethel de l'avoir aidé à retranscrire des documents sur la bombe atomique. Son témoignage emporte la conviction du jury.

Dans la prison de Sing-Sing, près de New York, les époux Rosenberg nient jusqu'au bout leur culpabilité... alors que des aveux peuvent les sauver de la chaise électrique !

Leur condamnation à mort le 29 mars 1951 laisse l'opinion publique indifférente mais elle fait les choux gras du sénateur Joseph McCarthy et relance sa«chasse aux sorcières».

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Après l'élection du général Dwight Eisenhower à la présidence et surtout le triomphe du parti républicain au Sénat, en 1952, McCarthy accède à la présidence d'un sous-comité sénatorial d'enquête permanent. Désormais, un fonctionnaire peut être soumis à une enquête policière et révoqué sur un simple soupçon de sympathie avec l'Union soviétique de Staline.

Voyant un espion communiste derrière chaque personnalité du pays, hauts fonctionnaires, journalistes, cinéastes d'Hollywood et intellectuels de la côte Est, le sénateur se lance dans une délirante «chasse aux sorcières».

D'éminentes personnalités en sont victimes, comme le général George Marshall, auteur du plan éponyme et ancien secrétaire d'État à la Défense, le savant atomiste Robert Oppenheimer ou encore Charlie Chaplin. Déjà épinglé en 1947 par la commission des activités anti-américaines en raison de ses options de gauche, «Charlot» est privé d'un visa de retour lors d'un voyage en Europe en 1952 !

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Mais d'autres cinéastes comme Walt Disney et Elia Kazan s'associent à la campagne anticommuniste en désignant des confrères suspects de sympathies pro-soviétiques.

Elia Kazan évoque la façon dont il avait donné des noms pendant le maccarthysme et fait cet aveu : «J'ai pris conscience du caractère terrible de mon acte pas l'aspect politique, car c'était sans doute une attitude correcte à adopter; enfin cela n'a plus d'importance maintenant que ce soit correct ou non; seul le côté humain comptait. Je me suis dit: tu as encore blessé un être humain, un de tes amis, et sa famille et l'aspect politique, tu peux te le mettre au cul.»

Le 24 octobre Walt Disney témoigne devant la Commission et dénonce trois de ses anciens collaborateurs - Herbert K. Sorrell, David Hilberman et William Pomerance - qu’il estime être des sympathisants communistes. L'homme d'affaires Walt Disney ternit quelque peu son image en participant à cette «chasse aux sorcières».

Les nababs d'Hollywood, dans la crainte que le public ne boude un acteur mal-pensant, prennent les devants en publiant une «liste noire» de tous ceux qu'il serait risqué d'engager. Au demeurant, la campagne n'empêche pas le réalisateur Donald Trumbo, ouvertement à gauche, de remporter plusieurs Oscars...

Scènes de chasse à Hollywood : les listes noires

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 Manifestation du Comité du premier amendement avec Lauren Bacall et humphrey bogart 1947

Mai 1947 : la HUAC (House Un-American Activities Committee), dirigée par J. Parnell Thomas, décide de lancer une vaste opération "anti-rouges" sur Hollywood et le cinéma."Hollywood était un moyen facile pour la Commission de faire les gros titres des journaux, avant de se tourner vers les milieux politiques, industriels et militaires" Nean Graber, historien.

Dès 1938 la Chambre des représentants met en place une commission sur les Activités non-américaines (House Un-American Activities Committee, HUAC) pour combattre les influences nazies, fascistes et communistes aux États-Unis. En 1940 l'Alien Registration Act ou Smith act oblige tout étranger désirant entrer sur le sol américain à répondre à la question : "Etes-vous ou avez-vous été membre du Parti Communiste ou d'une organisation qui lui est affiliée ?". La HUAC ne reculant devant aucun ridicule interrogera Shirley Temple en 1938, suspectée d’être communiste à dix ans !.

En 1945, le Président Harry Truman. met sur pied une commission chargée d’enquêter sur la loyauté des fonctionnaires fédéraux, le "loyalty order" oblige les administrations à interroger leurs employés et à renvoyer ceux qui présenteraient un risque pour la sécurité des Etats unis par leurs activités ou même leurs opinions. De 1947 à 1953, 26 000 employés de l'administration fédérale font l'objet d'une enquête du FBI ; 16 000 sont déclarés innocents ; 7 000 démissionnent et 739 sont révoqués, soit parce qu'ils appartiennent à une des organisations classées subversives, soit pour immoralité sexuelle ou homosexualité, ou pour usage de drogue.

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Le président de l'HUAC Parnell Thomas (plus tard condamné pour corruption) devant la presse, à la tribune Richard Nixon - 1947

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Gary Cooper témoigne à l'HUAC 1947 - Robert Stripling et Richard Nixon (membrede l'HUAC) examinent des documents cités

C'est dans ce contexte que les auditions de la HUAC sur Hollywood commencent le 20 octobre 1947, avec vingt-quatre témoins "amicaux", parmi lesquels Walt Disney, Jack Warner, Adolphe Menjou, Louis B. Mayer, Robert Montgomery, Gary Cooper, Ronald Reagan ou Robert Taylor. Le 24 octobre Walt Disney témoigne devant la Commission et dénonce trois de ses anciens collaborateurs - Herbert K. Sorrell, David Hilberman et William Pomerance - qu’il estime être des sympathisants communistes. Reagan était à l'époque le président du Screen Actors Guild, et il a utilisé son poste de président pour fournir des informations sur tous les acteurs qu’il soupçonnait ou savait être communistes ou sympathisants.

Le 27 octobre ont lieu les auditions des témoins "inamicaux", scénaristes, techniciens, réalisateurs et acteurs soupçonnés d'être membre du Parti communiste ou d'avoir des relations avec lui. Ils refusent de répondre aux questions de la commission, même les plus banales, comme leur appartenance ou non à la Guilde des scénaristes, en invoquant le premier amendement de la constitution garantissant la liberté de penséee et d'expression. Le 30 octobre, la Commission se ridiculisant , et n’arrivant à rien, les auditions sont suspendues. Seuls dix des dix-neuf témoins "inamicaux" ont été entendus. Les "Dix" ( Herbert Biberman, Lester Cole, Albert Maltz, Adrian Scott, Samuel Ortiz, Dalton Trumbo, Edward Dmytrick, Ring Lardner , John Edward Lawson, Alvah Bessie), seront, suite à cela, en novembre 1947, inculpés d'outrage au Congrès et condamnés à des peines de prison en 1950.

Ils reçurent le soutien de vedettes du métier comme Humphrey Bogart, Lauren Bacall, Groucho Marx, Frank Sinatra, Katherine Hepburn qui fondent un Comité pour le premier amendement et contestent à la commission le droit d'interroger quiconque sur son appartenance politique.

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Donald Trumbo, un des "dix", refuse de témoigner et déclare "c'est le début des camps de concentration américains" - 1947

La première "liste noire" sera le fait de cinquante dirigeants de studios hollywoodiens (y compris Louis Mayer, Jack Warner, Samuel Goldwyn), qui réunis au Waldorf Astoria adoptent une résolution par laquelle ils décident "qu'aucun communiste ou subversif ne serait employé sciemment à Hollywood". Dans les jours qui suivent, les "dix d’Hollywood" sont licenciés, et une "liste noire" de tous ceux qui refusent de témoigner ou sont suspectés de sympathies communistes est établie.

En gage de bonne conduite les studios se mettent à produire de films des propagande anti-communistes et anti-soviétiques, comme "Big Jim McLain", "Guilty of Treason", "The Red Menace", "The Red Danube", "I Married a Communist", "Red Planet Mars" ...

Au début des années cinquante la chasse aux sorcières se généralisera, sous la direction du sénateur McCarthy, à partir de 1951 la délation devient la règle, des listes noires circulent avec les noms de ceux qu'il faut écarter. Au final les listes noires concerneront plus de tois cents acteurs, scénaristes et metteurs en scène qui devront s’exiler ou se servir d'un prête-nom pour travailler. Charlie Chaplin, Bertold Brecht, Jules Dassin quitteront les Etats-Unis. Donald Trumbo "obtiendra" un Oscar pour le scénario de "Vacances Romaines" sous un "pête-nom" (celui de son ami Ian McLellan Hunter).

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Les "dix" au fond : Lardner, Dmytryk, Scott; rangée du milieu :Trumbo, Lawson, Bessie, Ornitz; premier rang Biberman, lawyers Martin Popper and Robert W Kenny, Maltz and Cole - Manifestation contre la HUAC - 1947

"A cette époque, parmi vos amis, parmi les gens que vous admiriez, se levaient soudain des agents provocateurs clamant : "les communistes arrivent ils vont tout détruire" (...) quiconque exerçait une activité le mettant en relation avec le public devait signer un document écrit par lequel il jurait n'avoir jamais appartenu ni jamais eu l'intention d'appartenir, de quelque manière que ce soit, au Parti communiste ou à tout autre organisation "subersive".(...) Quand gagner sa vie dépend d'une signature on en arrive au totalitarisme, très exactement à ce que combat et venait de combattre l'Amérique..." Joseph Mankiewicz, réalisateur. En avril 1951, Dmytrik, un des "dix", nécessité alimentaire faisant, livre les noms de vingt-six communistes de Hollywood. Elia Kazan, qui milita au parti communiste de 1934 à 1936, dit à la HUAC en 1952 ce qu'ilpense savoir sur l'emprise communiste dans le cinéma, il dénonce de nombreux acteurs ce qui lui a vaut d’être surnommé "le Rat".En forme d'autojustification il tournera "Sur les quais", apologie de l'indic, qui brise la loi du silence pour faire triompher la justice.

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Manifestation de soutien à la HUAC du Parti nationel socialiste américain - 1960

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Jerry Rubin - 1968

C'est le 17 juin 1957 que la cour Suprême mettra fin à la chasse aux sorcières. Quant à la HUAC elle sombrera dans le ridicule à la fin des années 60 en s'attaquant à Jerry Rubin et Abbie Hoffman, activistes et fondateurs du mouvement Yippie. Ne respectant ni ne craignant cette commission ils s'emploient à la ridiculiser publiquement. Jerry Rubin raconte : "Je me suis rendu à l'audition de l' HUAC avec une cartouchière garnie de vraies balles et un faux M-16 sur l'épaule. (...) Les porcs m'ont arreté à la porte. Ils se sont emparés du fusil et de la cartouchière. (...) La presse et les yippies nous entouraient étroitement. Les flics m'emmenèrent trois volées de marches plus bas, enlevèrent les balles, me laissèrent le fusil, le pyjama Viet Cong , les badges d' Eldridge Cleaver le béret des Black Panthers, les peintures de guerre, les boucles d'oreilles, la cartouchière et les clochettes qui sonnaient à chaque mouvement que je faisais. Mon costume portait un message non verbal: “Nous devons tous devenir des guérilleros défoncés ” (...) Dans la salle d'audience de l'HUAC Abbie Hoffman sauta sur ses pieds et cria , “Puis-je aller aux toilettes ?” (...)J'ai porté un déguisement de Père Noël à l' HUAC deux mois plus tard pour atteindre le cœur de chaque enfant du pays."

La chute

Dans son délire, le sénateur McCarthy en vient à attaquer l'armée elle-même. C'en est trop. Le président Eisenhower, qui le déteste, joint ses efforts à ceux des militaires pour le faire tomber.

Le 2 décembre 1954, par un blâme officiel, le Sénat américain met enfin un terme aux entreprises calomniatrices du sénateur. Celui-ci, alcoolique, va mourir dans l'indifférence trois ans plus tard.

La «chasse aux sorcières» se solde par plusieurs milliers d'enquêtes sur des citoyens et fonctionnaires, environ 7.000 démissions d'agents fédéraux, 700 révocations et un grand nombre de drames individuels.

Cet épisode peu reluisant de la guerre froide entre les États-Unis et l'URSS ne s'achève pas immédiatement après la révocation de McCarthy. Jusqu'en 1957, des citoyens américains continuent d'être l'objet de poursuites pour raisons politiques.

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High noon, un film contre la lâcheté

En 1952, le film High noon (Le train sifflera trois fois) dénonce sous une forme allégorique la «chasse aux sorcières» du sénateur McCarthy. Le réalisateur en est Fred Zinnemann, un cinéaste d'origine autrichienne qui a fui le nazisme.

Sous la forme d'un western (avec Gary Cooper et Grace Kelly, dont c'est le premier grand rôle), ce chef d'oeuvre du cinéma est une tragédie classique et de portée universelle.

Il montre une communauté qui se dérobe à l'arrivée d'une bande de gangsters et laisse le sheriff leur faire face tout seul (notons que l'action se déroule en à peine plus d'une heure et demie, soit la durée du film !).

On dit que le président Bill Clinton a vu ce film-culte une vingtaine de fois. Quant à George W. Bush, il n'a pas craint de s'y référer lorsque les Européens lui ont tourné le dos dans sa guerre contre Saddam Hussein ! «To be high noon» est devenu en Amérique une expression signifiant que l'on doit affronter seul une situation périlleuse.

En 1953, le dramaturge Arthur Miller fait jouer de son côté la pièce The Crucible (Les sorcières de Salem). Cette référence à une vague d'intolérance dans le Massachusetts du XVIIe siècle est aussi une allusion transparente aux délires du maccarthysme.

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Il convient tout d'abord de souligner que High Noon est un western populaire.  Quelque 20.000 westerns ont été réalisés : il figure parmi les plus connus et les plus appréciés.  Il est même étudié dans les universités américaines comme modèle cinématographique.  Il est également l'un des rares westerns à avoir été « nominé » en tant que meilleur film et quatre nominés figurent au générique : Fred Zinnemann, Carl Foreman, Dimitri Tiomkin et Gary Cooper.  Tiomkin sera récompensé ainsi que Gary Cooper qui recevra son deuxième oscar, onze années après celui qui lui avait été attribué pour son rôle dans Sergeant York.  Cette popularité a également assuré le succès commercial du film dans un contexte qui n'était pas a priori favorable au propos qu'il développait.

High Noon fait partie du « paysage politique » de l'Amérique du début des années 50.  On y a souvent vu une parabole de la lâcheté de Hollywood devant l'inquisition orchestrée par le sénateur Joseph McCarthy.  A ce titre, High Noon est en phase avec son époque mais son succès commercial se situe à contre-courant de la pensée politique dominante.  Le décalage historique imposé par le genre lui a assuré une certaine impunité en masquant son propos et en glorifiant des valeurs qui, elles-mêmes, étaient bafouées.  Parce que le film est écrit sous le signe de l'épure, il a su trouver sa place et faire vibrer une Amérique en quête d'idéaux, tout en proposant une esthétique à la fois moderne et classique.

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Il y a bien sûr des variantes possibles à l'intérieur de ce schéma et certaines fonctions peuvent être omises selon le film mais la structure sera toujours organisée autour de trois pôles : a) le ou les héros. b) les « méchants », c) la société.  Ces trois pôles fonctionnent sur des modes d'opposition qui mettent en jeu le bien et le mal, la civilisation et la vie « sauvage », le contraste entre ce et ceux que la société accepte et rejette.

High Noon est dans une certaine mesure conforme au schéma classique puisqu'on y retrouve les trois pôles cités précédemment.  Toutefois, le traitement et le poids accordés à ces domaines spécifiques est différent.  L'opposition entre le héros et les « méchants » relève de l'anecdotique.  Le thème de la vengeance est un leurre, un McGuffin westernien.  La réelle opposition se situe entre le héros et la société, entre le héros et la ville.  La ville constitue une véritable menace pour le héros et s'il finit par abattre le « méchant », c'est pour faire triompher ses principes face à une société qui l'a abandonné.

Le héros

Le héros n'apparaît pas d'emblée dans le film selon une formule qui veut que l'on retarde l'arrivée de la star.  Cela permet également de mettre en place le mécanisme de la menace et de l'attente en privilégiant l'arrivée des trois «méchants ». 

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Le spectateur découvre donc le héros lors de la séquence du mariage en contrepoint de l'arrivée des trois «méchants ». Le couple est heureux, entouré d'amis, une vie nouvelle s'offre à lui.  Mais en fait ce mariage s'inscrit déjà dans la logique du récit.  Il marque la présence forte de l'institution : le juge et le drapeau sont des marqueurs importants.  Mais ces référents soulignent une absence, celle de l'Église.  Rares sont les mariages civils dans les westerns et ce couple est déjà dans une situation de rupture par rapport à la société.  Comme le shérif l'expliquera plus tard, son épouse étant quaker, la cérémonie ne peut pas avoir lieu dans une église.  En épousant Amy Fowler, Will Kane fait un choix de vie et tourne résolument la page.  Il abandonne son étoile pour mener une vie paisible et se met donc volontairement à l'écart de la société, ce qui en fait un héros atypique.  Il est certes reconnu pour avoir un talent exceptionnel.  Grâce à lui, la ville est calme et civilisée, mais elle est déjà prête à se passer de ses services puisqu'un nouveau shérif est annoncé.  Le film exploite avec habileté ce no man's land temporel durant lequel la loi sera sinon bafouée du moins mise à mal.

D'autre part, la séquence du mariage souligne la différence d'âge entre les deux époux.  Will Kane a le visage creusé d'un homme qui a vécu et souffert ; Amy est rayonnante de fraîcheur et de jeunesse.  Ce contraste n'est pas un artifice dans la mesure où il renvoie le spectateur au passé de Kane qui resurgit dès l'annonce de la libération de Frank Miller.  Le poids du passé pèsera sur la tension dramatique non seulement à travers le traitement du thème de la vengeance, mais également par le biais du passé amoureux de Kane: Helen Ramirez, la brune sulfureuse, a été la maîtresse de Kane et de Frank Miller.  La masse pesante de ce passé donne une qualité toute particulière à la dilatation du présent.

Enfin, la cérémonie du mariage permet de nommer les personnages et à ce titre le choix du nom du shérif est signifiant.  Dans Will on reconnaîtra la notion de volonté, de détermination qui est la marque du personnage et celle de l'acteur.  Le visage, la gestuelle, l'occupation de l'espace sont autant de marqueurs de cette volonté qui frôle parfois l'autodestruction.  Quant au choix de Kane, on peut se livrer à diverses interprétations : il est tentant de faire le rapprochement avec le film de Welles. Kane  suggère Citizen Kane et High Noonexplore les tensions entre la société et le seul citoyen digne de ce nom.  Personnage exemplaire et solitaire, il incarne sa vérité.  Par ailleurs, Kane peut être rapproché du modal « can » et de ce fait il renforce l'idée de volonté en lui ajoutant la notion de capacité.  Enfin la sonorité particulière de ce nom lui donne une densité appropriée.

Lors de cette séquence initiale, Kane porte un costume sombre de jeune marié, à moins qu'il ne faille y voir déjà une référence au costume des quakers.  De toute évidence, il est en civil.  Son visage grave est éclairé d'un flash de bonheur lorsqu'il réclame un baiser de la jeune épousée.  Jamais plus ses traits ne seront détendus.

Plus tard, en décidant de porter à nouveau son étoile et son revolver, il quitte sa veste et assume derechef son rôle au sein de la communauté.  Il reprend les gestes du professionnel qu'il était mais, au lieu de représenter l'autorité dans la ville, il en est banni moralement, socialement et physiquement.  Sa longue silhouette, sa démarche lente et mesurée, le contraste entre sa chemise et son gilet font de lui une image emblématique de l'exclu.  Même l'étoile qu'il arbore sur sa poitrine le met au ban de la société.  Il est en quelque sorte crucifié et, d'humiliation en humiliation, il lui faudra aller au terme de son parcours.  Confronté à la lâcheté de ses concitoyens, il accumule à chaque fois plus de tension et ne se laisse aller à la violence qu'à deux reprises.  Tout d'abord, il frappe le barman du saloon qui n'est pas armé et qui le lui fait remarquer.  D'un geste qui souligne son impuissance, Kane lui propose sa main pour l'aider à se relever mais le mal est fait.  Non seulement son autorité n'est plus reconnue mais son intégrité est atteinte.  La confrontation avec Harvey Pell dans l'écurie se situe à un niveau supérieur de l'escalade de la violence.  Il s'agit d'un règlement de comptes privé où Kane n'a pas à défendre publiquement son autorité.  Il lui faut rassembler toutes ses forces pour triompher d'un homme plus jeune.  Le jeu de Gary Cooper, travaillé au corps par la maladie, parvient à restituer cette énergie sans cesse contenue.  Il ne s'agit pas pour Kane de se tromper d'objectif, il lui faut garder ses forces pour affronter Miller.  De ce combat, seul corps à corps du film, la ville ne verra que les ecchymoses sur le visage de Kane et la poussière sur ses vêtements.

Lors de la séquence finale, Kane, meurtri physiquement et moralement, retrouve les gestes du professionnel.  Il tire avantage de sa connaissance des lieux, évite les balles, se mêle au groupe de chevaux affolés pour fuir l'écurie en feu et parvient à sauver la vie de sa jeune femme en abattant Miller.  Le montage affûté restitue la rapidité de ces différentes actions pour mieux isoler le geste ultime de Kane.  Lorsque tout est terminé et que les habitants sortent de l'ombre, il laisse tomber son étoile dans la poussière.  Ce n'est plus qu'une étoile en fer blanc à quelques centimètres de sa botte.  Kane peut maintenant quitter la ville.  Ce départ est totalement différent du premier ; il ne fuit pas, il a su faire triompher ses principes, il se désolidarise d'une communauté qu'il méprise en lui restituant un insigne dont elle n'est pas digne.

Les femmes

Le traitement de la femme dans High Noon s'inscrit dans la tradition du western classique, tout en donnant une perspective nouvelle aux personnages.  La première femme qui apparaît à l'écran est une femme brune, vraisemblablement mexicaine, qui porte une croix autour du cou et qui se signe lorsque les trois tueurs passent devant elle.  Il s'agit là d'un stéréotype, d'un héritage du western classique destiné à marquer l'histoire du sceau de la malédiction.  L'effet est appuyé mais il donne une dimension tragique indéniable : la femme est spectatrice du combat des hommes, elle porte en elle la mémoire de la mort.

 

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Les deux héroïnes du film, respectivement, Amy Fowler et Helen Ramirez, sont des stéréotypes à maints égards.  Il est facile d'opposer la candeur de l'une à l'expérience de l'autre, de voir en Amy le symbole de la pureté et de souligner chez Helen une parenté avec la femme écarlate.  Mais la conduite de la narration et le eu des actrices nous invitent à plus de circonspection.

Amy

C'est lors de la cérémonie du mariage que le spectateur découvre Amy pour la première fois.  Cela lui donne un avantage à l'image par rapport à Helen Ramirez et signifie sa plus grande importance par rapport au récit.  Amy n'est pas seulement aimable (amiable en anglais), elle est quaker, à savoir membre de la Société des Amis.  Sa foi religieuse constitue sa force et lui donne une stabilité que le spectateur accepte d'emblée.  Sa fragilité n'est qu'apparente car elle a su imposer à Kane sa volonté de changer de style de vie et lorsqu'il décidera de reprendre sa charge, elle aura pour lui des mots sévères : « N'essaie pas de te comporter comme un héros, tu n'as pas besoin d'être un héros, pas pour moi ». Sa détermination est comparable à celle de Kane et c'est pourquoi elle ne craint pas de faire face à la vérité.  C'est elle qui demande au réceptionniste qui est Helen Ramirez et c'est en toute connaissance de cause qu'elle se rend dans la chambre d'Helen et qu'elle part avec elle en direction de la gare.

Bien sûr, le personnage doit sa crédibilité au jeu subtil de Grace Kelly qui sait distiller fermeté et vulnérabilité pour mieux faire accepter le refus de l'héroïne de prendre le train et son retour auprès de son époux.  Par amour, elle ira à l'encontre de ses principes religieux mais cela lui permettra également de triompher du poids de son passé et d'envisager l'avenir.  En tuant le troisième « méchant », elle sauve la vie de son mari et assume la mort de ses proches.  Alors que Will Kane doit tuer Miller pour faire triompher ses principes, Amy doit remettre en question ses convictions pour sauver celui qu'elle aime et c'est au prix de cet équilibre que leur amour pourra s'édifier.  L'exécution de Miller alors qu'il se sert d'Amy comme bouclier relève du western classique mais c'est la vitalité de la jeune femme qui permet au héros de tuer le « méchant » et non pas ses capacités exceptionnelles de tireur.  Dans cet ultime corps à corps, elle est plus proche du danger et de la réalité que ne l'est Kane.  D'ailleurs, Kane semble reconnaître le nouveau rôle assigné à sa femme puisqu'il lui confie les rênes tandis qu'ils quittent la ville pour toujours.

Enfin, il convient de rappeler que Grace Kelly n'a pas le statut de star dans le film.  La star, c'est Gary Cooper comme l'indique clairement le générique.  L'effacement de Grace Kelly correspond à la fois à son rôle et à son statut.  Le film fonctionnant sur le mode de l'épure et de la retenue, elle y trouve sa place naturellement.  Toutefois, il est impossible de voir le film de nos jours sans conférer à l'actrice le statut de star qu'elle a obtenu par la suite.  En conséquence, le personnage d'Amy gagne en densité puisqu'on lui attribue une charge émotionnelle supplémentaire.

Helen

Helen Ramirez est le prototype de la femme exotique ; mélange de femme fatale et de prostituée reconvertie dans les affaires.  Tout l'oppose à Amy.  Elle ne porte pas de coiffe et laisse ses cheveux libres ; elle est lourdement maquillée ; elle montre sa peau et porte un vêtement noir aux transparences suggestives.  Objet érotique, elle se laisse embrasser « quand cela lui chante » et peut se montrer d'une grande rudesse en paroles et en gestes.  Elle passe le plus clair de son temps dans sa chambre d'hôtel car elle est au ban de la société.  Sa présence au sein de la communauté n'est attestée que par le panneau figurant au-dessus du saloon : « Ramirez Saloon ». En outre, de par son identité, elle se situe entre deux mondes, à mi-chemin entre la sonorité anglo-saxonne de son prénom et la musicalité mexicaine de son nom.

On devine quelle a pu être son activité professionnelle passée et le choix du mobilier de sa chambre est une indication discrète.  Elle est aussi un lien érotique entre Frank Miller, Will Kane et Harvey Pell, et son jugement sur les hommes établit une hiérarchie intéressante.  Lorsqu'elle congédie Pell, elle l'accuse de ne pas être un homme de la trempe de Kane et elle affirme par ailleurs ne pas avoir peur de Miller, reconnaissant en lui une force digne de la sienne.  Le combat final pourra donc avoir lieu entre deux hommes véritables et le «jeunot » sera tout simplement corrigé.  Il y a bien sûr du dépit amoureux dans sa décision de ne pas vouloir « lever le moindre petit doigt » pour sauver Kane et elle assume sa solitude avec courage : elle quitte la ville parce qu'elle est persuadée que Kane va mourir et que la ville mourra avec lui.  Mais pour que la femme pure rencontre la femme impure, il faut que celle-ci soit sur la voie de la rédemption.  C'est ce qui justifie la scène entre Helen et M. Webster lors de la négociation de la vente du saloon.  Helen est une femme d'affaires et Webster salue son intégrité alors qu'il vient lui rendre visite en cachette.

C'est Amy qui se rend chez Helen et leur conversation aboutit à une reconnaissance mutuelle.  Amy révèle son passé marqué par la mort de son frère de 19 ans et justifie sa décision de devenir quaker.  Helen encourage Amy à réagir et à défendre l'homme qu'elle aime.  C'est donc la force de conviction d'Helen qui sauvera Kane par l'intermédiaire d'Amy.  Les deux femmes se rendent ensemble à la gare et Amy ne porte plus de coiffe comme pour signifier un pacte.

L'ultime regard qu'Helen échange avec Miller au moment où elle s'apprête à monter dans le train vient parachever le portrait de cette femme forte et indépendante.  Elle assume son passé et permet ainsi à Amy de vivre son amour en toute quiétude.  D'une certaine manière, elle se sacrifie et achève sa rédemption aux yeux du spectateur.  Katy Jurado parvient à donner à son jeu une force contenue tout à fait appropriée au rôle et maintient de la sorte un équilibre du point de vue de la distribution qui assure une rigueur parfaite à la conduite de la narration.

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Les méchants

Dans la mesure où ils constituent un leurre, leur existence relève d'une vision assez schématique.  Ils apparaissent l'un après l'autre durant le générique mais ne constituent une réelle menace que dans la mesure où ils signifient l'arrivée imminente du véritable méchant : Frank Miller.  Leur première incursion dans la ville est destinée à imposer leur impunité, à suggérer la faiblesse de la ville et à nommer l'ennemi, à savoir, le shérif : le cheval de l'un des tueurs se cabre devant le bureau du marshal.  La deuxième incursion a lieu lorsque Ben Miller, le frère de Frank, se rend au saloon et croise Kane.  Mais, hormis ces deux moments cruciaux, les trois malfaiteurs se gardent de se trouver en ville et attendent Frank Miller à la gare.  Lee Van Cleef fait une composition intéressante en bandit pressé mais cela reste très limité.  En fait, ces trois personnages n'existent que pour incarner la menace et l'attente.

Frank Miller n'apparaît physiquement que lors de la séquence finale mais il est présent dès le début du film par les réactions qu'il suscite.  Ses hommes de main se réjouissent à l'idée d'en finir avec Kane, les habitants de la ville tremblent à sa venue ou regrettent le bon vieux temps où « il se passait quelque chose ». Il est également présent lors de la conversation entre Kane et le juge où son désir de vengeance est représenté par un fauteuil vide.  Le même plan sera repris à l'issue de l'entretien entre Kane et l'ancien shérif Mart.  Le procédé est efficace et parvient à faire monter la tension.

Lorsqu'il descend du train, il apparaît de dos et porte une veste.  Son premier geste est de quitter son vêtement et d'attacher son ceinturon. Ce n'est que lors du champ/contre-champ avec Helen que le spectateur finira par découvrir son visage à la peau marquée et barrée d'une cicatrice.  C'est également le plus soigné des quatre, trait qui marque son autorité.  La confrontation avec Kane rassemble tout d'abord les « méchants » qui marchent de front dans la rue principale et, bien sûr, Kane est seul.  Le bandit pressé s'empare d'une coiffe dans la boutique d'une modiste et fragilise le groupe.  La mort du premier « méchant », corps anonyme dans la poussière, provoque l'arrivée précipitée d'Amy.  Le règlement de comptes privilégie le point de vue de Kane mais la menace vient surtout de Frank Miller : c'est lui qui jette la lampe à pétrole dans l'écurie.  Le «jeu » consiste à piéger Kane, à réduire son espace pour le pousser à se découvrir.  Kane réussira à se sortir d'affaire une première fois en se mêlant aux chevaux de l'écurie puis sera sauvé par Amy.  On ne voit pas Amy s'emparer du revolver mais le montage a anticipé sur l'action puisque J'arme accrochée dans le bureau de Kane a été l'objet de nombreux gros plans au préalable.  Elle tue Ben Miller d'une balle dans le dos depuis le bureau de Kane.  Elle assume donc le rôle d'assistant du shérif refusé par les habitants de la ville.  Logiquement, Frank Miller sera tué en dernier au terme d'un face-à-face rapide où Amy joue à nouveau un rôle décisif.

Frank Miller sort très rapidement du champ de l'image pour laisser la place à l'attroupement des habitants.  Le véritable affrontement se situe entre Kane et la ville ; l'exécution des tueurs n'était qu'un prétexte.

La société

Il s'agit en fait de la communauté constituée par les habitants de la cité de Hadleyville.  Le spectateur découvre ce nom sur un panneau apposé sur la façade du dépôt ferroviaire.  On peut y voir une référence à une nouvelle de Mark Twain intitulée, The Man who Corrupted Hadleyburg, qui relate la vengeance d'un homme ayant subi une offense sur une ville fière de sa probité.  Le propos est différent mais il s'agit de l'itinéraire d'un homme seul, déterminé à démasquer la lâcheté d'une ville.

Hadleyville est une petite bourgade au passé agité et c'est grâce à Will Kane qu'elle a acquis une certaine respectabilité.  On peut donc y voir des notables qui reconnaissent le travail de Kane mais ne veulent pas d'une tuerie dans leur ville.  L'argument est développé par Jonas Henderson, l'ami de Kane et « leader » de la ville, lors d'un discours à l'intérieur de l’église.  On attend des investissements grâce à l'aide politique du nord.  Et c'est pour cette raison que ce même Henderson réduit le problème à un affrontement personnel entre Kane et Miller.  Mais il y a également des nostalgiques du passé qui reprochent à Kane d'avoir nettoyé la ville.  Le réceptionniste dit sa haine pour Kane car les affaires ont périclité depuis l'arrestation de Miller.  De même, le barman du saloon salue comme il se doit l'arrivée de Ben Miller dans son établissement.  Enfin, Helen Ramirez quitte la ville parce qu'elle ne peut plus y gagner d'argent.  Seul le barbier se réjouit à l'idée de fabriquer quelques cercueils.  La ville est habitée d'un silence pesant que vient renforcer le vide des lieux.  L'essentiel des habitants est à l'église, les hommes plus frustres sont au saloon et les rues sont désertes : c'est un dimanche matin lourd et accablé de chaleur.

Les principales institutions sont représentées.  C'est la justice en la personne du juge que l'on découvre lors de la cérémonie du mariage.  Ce même juge sera l'un des premiers à quitter la ville par couardise et il encouragera Kane à faire de même : « Ce n'est qu'un petit trou paumé au milieu de nulle part.  Rien de ce qui se passe ici n'a vraiment d'importance.  Alors, tire-toi ».La loi est symbolisée par les ouvrages que le juge emporte et par le drapeau.  Mais sa présence est surtout assurée par l'étoile en fer blanc.  Elle est rendue, portée à nouveau, jetée à terre, presque piétinée par Kane.  Elle est l'insigne de l'autorité mais elle est méprisée aussi bien par le barman du saloon que par l'ancien shérif, Mart : « C'est une vie fantastique. Vous risquez votre peau pour arrêter des tueurs et puis les jurés les libèrent de sorte qu'ils reviennent pour vous tirer dessus.  Si vous êtes honnête, vous restez pauvre toute votre vie.  Et puis vous crevez tout seul dans une impasse. Pour quoi ? Pour rien, pour une étoile enfer blanc ». Parce que la loi et les principes moraux n'ont plus leur place, l'étoile perd toute valeur.  Portée par Kane, elle a une signification, mais dans la mesure où Kane la refuse au nom de ses propres principes, elle pose la question de la survie d'une société qui ne saurait se respecter puisqu'elle bafoue ses lois fondamentales.  Le message est clair dans le contexte de l'Amérique du début des années 50.

Harvey Pell n'hésite pas à se débarrasser de son étoile par dépit et il faut voir dans l'absence de l'insigne sur sa chemise la marque de son incapacité, de son manque de maturité, voire de son impuissance.  La rivalité entre Pell et Kane se joue sur ce plan-là ainsi que l'exprime Helen Ramirez.  L'église n'offre pas de réponse à Kane et le pasteur admet son impuissance.  Il sait où se trouvent le bien et le mal mais il est incapable de dire aux habitants de la ville comment il leur faut se comporter.  En laissant la parole à Jonas Henderson, il démissionne de son rôle de guide, de berger et assiste aux débats sans intervenir.  Dans cet univers masculin, la voix d'une femme s'élève : « J'en ai assez entendu.  Qu'est-ce qui vous arrive ? Vous ne vous souvenez pas du temps où une honnête femme ne pouvait marcher dans la rue en plein jour ? Vous ne vous souvenez pas du temps où on ne pouvait imaginer élever un enfant dans cette ville ? Comment pouvez-vous rester là, assis à parler, parler et encore parler ! » Cette femme est la conscience de la ville, elle exprime en paroles ce qui est suggéré par le regard de cette autre femme aux yeux clairs dont le mari refuse d'aider Kane.

La société est finalement sauvée par Kane mais ses fondements sont fragiles.  Le film ne propose pas un discours lénifiant et le départ de Kane est un rejet qui prend une dimension tragique.  Pourtant il incarne les valeurs américaines du refus et la foi en l'individualisme et cela explique pourquoi l'Amérique de 1952 a pu se reconnaître dans le personnage de Kane.

Une nouvelle esthétique

High Noon est adapté d'une nouvelle de John W. Cunningham, The Tin Star.  Le texte privilégie donc l'insigne en fer blanc et fonctionne sur un mode ironique quant à la symbolique attachée à l'étoile.  L'adaptation cinématographique déplace l'intérêt de la narration vers le moment crucial, à savoir « midi » et impose un traitement du temps particulier puisque le temps de projection correspond à peu près au temps diégétique.  Frank Miller descendra donc du train à « midi pile » et cela coïncidera avec le paroxysme de l'action.  L'adjectif « high » indique la position du soleil à son zénith, c'est donc le moment le plus chaud, le plus intense et le plus dramatique.  La chaleur habite Hadleyville et vient renforcer l'impression d'étouffement.  Elle explique également l'absence des habitants, réfugiés à l'intérieur des maisons, spectateurs apeurés du règlement de comptes en pleine lumière et dans la poussière.  Ce moment privilégié qui correspond à la fois au titre et à la phase finale du film affirme une mise en scène spécifique au Western : Il s'agit d'un spectacle de mort en pleine lumière.

La tension dramatique est également rendue par un quadrillage très serré des lieux qui emprisonne les personnages et force leur destin.  L'alternance syncopée entre le dépôt et la ville crée un effet de simultanéité propice à l'adhésion du spectateur.  La réitération des plans s'inscrit dans une construction dramatique.  Ainsi la progression de Kane en plan rapproché vient en complément de plans plus généraux où se découpe sa silhouette contrastée.  Le montage est signifiant : il commente l'action, il isole les personnages et restitue les tensions internes, il permet d'intégrer la progression du temps grâce aux différents plans sur les horloges, il crée une attente.  La récurrence du plan des rails pris dans l'axe fige l'attente dans une sorte d'abstraction que vient déchirer le sifflement du train lors de son arrivée.  La répétition du plan du revolver accroché dans le bureau de Kane fonctionne comme un leurre et ne trouve sa justification qu'à la fin du film.  Les monteurs du film, Elmo Williams et Harry Gerstad obtinrent d'ailleurs un oscar mérité pour leur travail.

Le choix du noir et blanc donne un aspect documentaire à ce film de fiction.  Floyd Crosby, directeur de la photographie, s'est inspiré du style des photos prises lors de la guerre de Sécession afin de restituer le grain et la lumière de ces témoignages.  L'éclairage très contrasté avec un arrière-plan presque surexposé participe à l'impression générale d'étouffement.  Il n'y a aucun effet carte postale et la chanson, pourtant sirupeuse, s'inscrit dans la thématique de l'abandon.  Cette chanson, chantée par Tex Ritter, sera l'un des atouts du film et fera partie de ce que l'on pourrait maintenant appeler le « packaging ».

Enfin, la distribution et la direction des acteurs sont sans faille.  Gregory Peck avait été sollicité pour jouer le rôle de Kane mais l'avait refusé car il ressemblait trop à celui qu'il avait tenu dans The Gunfighter (La cible humaine ).  Le choix de Zinnemann s'est donc porté sur Gary Cooper souffrant alors d'un ulcère et d'une hanche.  La souffrance et la fatigue se lisent sur le visage de l'acteur et même ses coups sont plus lourds.  Cela donne d'autant plus de crédibilité au personnage de Kane.  Certains critiques ont accusé Gary Cooper d'avoir un jeu limité à deux expressions : une expression sévère et parfois une expression moins sévère.  Mais d'autres ont vu un travail d'acteur proche de l'Actor's Studio : Cooper est Kane tout en restant Cooper.  Il reste la star du film et fonctionne dans un registre d'une extrême retenue.  Il incarne le refus d'une société qui ne sait plus reconnaître les principes sur lesquels elle a été édifiée et s'impose comme le garant des vertus de l'Amérique.  Les deux héroïnes, les personnages secondaires et les tueurs ont une authenticité qui les rapproche des personnages imaginés par Stephen Crane dans The Bride Comes to Yellow Sky et The Blue Hotel .

La rigueur de l'écriture cinématographique qui sait explorer la richesse des acteurs et mener une narration au cordeau par un montage incisif assure à High Noon pérennité et modernité.  Le film de Zinnemann fera référence et participera au renouvellement du genre.  Il sera même difficile à des réalisateurs tels que Delmer Daves et John Sturges de se démarquer de High Noon tant ce film a marqué son époque.  De nos jours, on lui reproche parfois son excès de classicisme et certains mouvements de caméra, notamment le lent travelling arrière qui isole Kane juste avant le règlement de comptes, ne sont plus perçus comme novateurs tant ils ont été réutilisés dans d'autres films.  Mais la cohésion du propos et de l'esthétique subsistent et sont source de plaisir cinématographique.  La présence de stars devenues maintenant mythiques confèrent au film une dimension nostalgique qui n'altère en rien l'authenticité d'une œuvre majeure. 

Chronologie

1945 : L’HUAC –House Un-American Activities Committee-, devient une commission permanente de la Chambre des représentants, chargée des enquêtes de sécurité.

Février : Conférence de Yalta entre les Trois grands, Staline, Churchill et Roosevelt.

Avril : Conférence de San Francisco et charte des Nations Unies.

1946 : Discours de Churchill à Fulton (Missouri) ; le terme de « rideau de fer » est un des temps forts.

Novembre : Elections législatives qui donnent une majorité républicaine dans les deux Chambres du Congrès (chambre des représentants et Sénat).

25 novembre : Harry Truman, président démocrate des Etats-Unis (depuis avril 1945), héritier de Roosevelt, met sur pied une commission temporaire chargée d’enquêter sur la loyauté (c’est vague) des fonctionnaires fédéraux. Sont considérés comme déloyaux, les partisans du totalitarisme, du fascisme, du communisme, et tous ceux qui prêchent la subversion du régime.

1947 :

12 mars : Proclamation de la Doctrine Truman sur la protection des peuples libres.

22 mars : Les administrations reçoivent la consigne, appelée le « loyalty order »,
d’interroger leurs employés et de renvoyer éventuellement les security risks, c’est-à-dire ceux qui par leurs opinions sinon par leurs activités, menacent la sécurité des Etats-Unis. Parallèlement, la liste sur les organisations subversives du Garde des sceaux est rétablie. 3 millions de fonctionnaires seront examinés de 1947 à 1951.

Mai : Loi Taft-Hartley instaure un contrôle plus strict des syndicats.

5 juin : Annonce du plan Marshall à l’université de Harvard.

Octobre-Novembre : L’HUAC décide d’entreprendre une vaste enquête sur les milieux du cinéma. Edward Dmytryk, Lester Cole, Dalton Trumbo, Ring Lardner comptent parmi la quinzaine de suspects.

1948

Février : Coup de Prague

3 avril : Le Congrès adopte le plan Marshall.

Avril : Les Dix d’Hollywood sont condamnés pour outrage au Congrès.

24 juin : Début du blocus de Berlin.

Juillet : Inculpation des principaux dirigeants du PC.

Août : L’affaire Alger Hiss trouble profondément l’opinion américaine. Whittaker Chambers, accuse cet ancien étudiant brillant de Harvard, devenu un éminent diplomate sous Roosevelt, d’avoir été membre du parti communiste dans les années trente et d’être devenu un espion soviétique. Richard M. Nixon, anticommuniste viscéral (futur président des Etats-Unis) mène l’enquête. Il est condamné pour faux témoignage en janvier 1950. A-t-il été victime d’une machination, comme il n’a pas cessé de le démontrer à sa libération, après près de trois ans de détention ?

Novembre : Truman réélu Président au grand dam des Républicains, qui vont chercher un nouveau thème d’opposition.

1949

Octobre : Procès des dirigeants du PC américain, que le jury déclare coupables.

4 avril : Création de l’OTAN

23 septembre : Truman annonce que l’Union Soviétique a fait exploser sa première bombe atomique.

1er octobre : Création de la République populaire de Chine avec Mao Zedong, ce qui entraîne une violente réaction. Si les communistes ont pris le pouvoir à Pékin, c’est bien que les experts américains ont été des incapables ou des traîtres ?

1950 : Le Président Truman déclare que les Etats-Unis entreprennent la construction de la bombe H.

9 février : Discours de McCarthy à Wheeling (Virginie de l’ouest). Devant le club des femmes républicaines, le sénateur du Wisconsin, encore obscur pour quelques heures, prononce ces quelques phrases, devenues célèbres : « J’ai ici dans ma main (il brandissait une feuille de papier), une liste de 205 noms, communiquée au secrétariat d’Etat, de membres du parti communiste qui malgré tout travaillent encore au département d’Etat et qui façonnent sa politique ». La chasse aux sorcières commençait.

25 juin : L’armée de la Corée du Nord envahit la Corée du Sud en franchissant la ligne de démarcation.

17 juillet : Arrestation de Julius puis d’Ethel Rosenberg, le 11 août.

Septembre : L’Internal Security Act, plus connu sous le nom de McCarran Act, adopté malgré le veto du président Truman, a pour but de lutter contre la « conspiration communiste mondiale » et exige des organisations communistes ou communisantes, qu’elles viennent se déclarer auprès d’un organisme officiel.

1951

Janvier : Déroute américaine en Corée. Création du comité d'enquête du Sénat - Senate Internal Security Subcommittee.

Mars-juillet : Lente reconquête de la Corée du Sud par les troupes américaines sous la direction du général Ridgway.

9 avril : Les Rosenberg sont condamnés à la peine capitale.

28 avril : Le gouvernement fédéral durcit encore le contrôle de la loyauté des fonctionnaires. Plus besoin d’apporter des preuves, de simples doutes peuvent entraîner sa révocation.

Juin : Les dirigeants du Pc rentrent dans la clandestinité.

14 juin : McCarthy s’en prend au général Marshall, un homme unanimement respecté pour ses actions politiques au sein de l’Etat américain. Il l’accuse de pro-communisme pour son rôle pendant la Deuxième guerre mondiale et pour ses décisions sur la politique asiatique des Etats‑Unis.

1952

Novembre : Le général Eisenhower gagne l’élection présidentielle contre le candidat démocrate.

1953

Février : La circulaire du Secrétaire d’Etat John Foster Dulles interdit la présence d’œuvres « communistes » dans les centres culturels américains à l’étranger.

11 février : Eisenhower refuse d’accorder la grâce présidentielle aux Rosenberg.

5 mars : Mort de Staline

27 avril : Il revient aux fonctionnaires eux-mêmes de démontrer qu’ils sont loyaux.

19 juin : Exécution des Rosenberg.

Automne : Début de l’enquête de McCarthy sur l’armée.

1954

11 mars : L’armée met en cause McCarthy pour avoir tenté d’obtenir un traitement préférentiel pour l’un de ses adjoints, appelé à faire son service militaire.

Mars-juin : La confrontation « armée contre McCarthy » dure trente-cinq jours devant le Sénat.

24 août : Communist control Act : le PC n’est pas interdit mais il est déchu des droits et privilèges dont jouissent les associations.

2 décembre : Le Sénat censure McCarthy pour son attitude par un vote de 69 contre 23.

1956 : XXè congrès du PC soviétique qui préconise la déstalinisation et la coexistence pacifique.

Novembre : Réélection d’Eisenhower

1957

2 mai : Mort de McCarthy.

17 juin : Lundi Rouge : quatre décisions de la Cour suprême marquent le début de la fin de la chasse aux sorcières.

LIENS

Ces sites Internet permettent d’en savoir plus sur McCarthy, son itinéraire et sur la période du maccarthysme, qu’il incarne.

Société d’histoire du Comté d’Outagamie (Wisconsin)
Ce site retrace le parcours de McCarthy, intitulé « McCarthy, modern Tragedy ».

Département d’Etat des Etats-Unis
La montée en puissance de McCarthy puis sa chute.

« Wisconsin collection »
Biographie, bibliographie, photographies de McCarthy émanant de la bibliothèque de la ville d’Appleton.

Mini-site de l’exposition « Treasures of Congress » (Trésors du Congrès)
McCarthy condamné par le Sénat en 1954.

Schéma du système institutionnel américain
Utile pour se remettre en mémoire le fonctionnement des institutions, notamment du Congrès dont McCarthy a dirigé le comité d’enquête sénatoriale.

CONSEILS BIBLIOGRAPHIQUES

La plupart des ouvrages sont en anglais. Parmi ceux qui sont un peu anciens, publiés à la fin des années 50 jusque dans les années 70, on peut en trouver heureusement certains, qui ont été depuis réédités. En revanche, les livres en français restent plus rares. La bibliographie, qui suit, reprend certaines références citées par l’historien André Kaspi, dans son article « Le Maccarthysme, la peur américaine » paru dans le magazine Histoire en octobre 1980.

Sur l’homme, ses méthodes et son action au Sénat

Senator Joe MacCarthy
Richard H.Rovere
ISBN: 0520204727
Publisher: University of California Press, 1996 (réédition)
La réédition s’ouvre sur l’avant-propos de Arthur M. Schlesinger Jr, qui replace l’ouvrage dans son contexte historique et fait le lien avec les Etats-Unis aujourd’hui. L’auteur est hostile à McCarthy, précise André Kaspi, mais son étude reste excellente, bien qu’elle soit ancienne (édité en 1959).

The Politics of Fear, Joseph Mac Carthy and the Senate
Robert Griffith
Lexington
The University of Massachusetts Press, 1990 (réédition)
ISBN : 0870235559

Men against Mc Carthy
Richard M. Fried
Columbia University Press, 1976
Très utile pour comprendre les hésitations des adversaires de McCarthy, indique A.Kaspi.

Sur l’anticommunisme aux Etats-Unis et sur le maccarthysme.

La chasse aux sorcières
Marie-France Toinet
Editions Complexe (Complexe Poche ) 1999
ISBN : 2870271182
Le point sur le maccarthysme américain, à travers les témoignages, les procès et les grandes affaires.

L’anticommunisme aux Etats-Unis 1946-1954
Ouvrage collectif
Sorbonne Nouvelle 1996
Frontières
ISBN : 2840500566

The Age of McCarthyism: A Brief History with Documents
Ellen Schrecker
ISBN: 0312294255
Bedford Books 2001 (réédition)

Many are the crimes : McCarthy in America
Elllen Schrecker
ISBN: 0691048703
Princeton University Press, 1999
Le Maccarthysme est mis en perspective dans le contexte de la Guerre froide.

Nightmare in Red: The McCarthy Era in Perspective
Richard M. Fried
ISBN: 0195043618
Oxford University Press, 1991 (réédition)
L’auteur remonte jusqu’aux années 30 et au début de la Guerre froide, sur les traces du maccarthysme.

Sur le rôle du FBI à la période du maccarthysme

Chasing Spies : How the FBI failed in Counterintelligence but promoted the politic of McCarthyism in the Cold War Years.

De l’Amérique maccarthyste à l’Amérique d’aujourd’hui

The Age of Anxiety : McCarthyism to terrorism
Haynes Johnson
Harcourt 2005
ISBN : 0151010625
Afin d’analyser la situation américaine actuelle, l’Amérique de Bush, l’auteur propose d’opérer un rapprochement avec l’Amérique maccarthyste.

Littérature

Les sorcières de Salem
Arthur Miller
Dans cette pièce, Miller utilise le procès des sorcières de Salem (1692) comme une allégorie du maccarthysme. 









 

 

 

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