Le pariotisme américain

Il y a des drapeaux américains qui flottent un peu partout. Devant certaines maisons, dans les stations de métro, on voit souvent ces petits étendards  Faut dire qu’il a la classe ce drapeau…

Si l’on se réfère au Larousse, le patriotisme se définit comme « un attachement sentimental à sa patrie se manifestant par la volonté de la promouvoir et de la défendre ». Une telle mentalité aux États-Unis peut se retrouver au sein de toutes les couches de la population. Ces patriotes estiment, à haute voix ou à voix basse, que leur pays est le meilleur pays du monde, et se déclarent prêts à faire ce qu’il faut pour le préserver, ainsi que ce qu’il incarne. Comment expliquer une telle foi en ce pays jeune, né en plein Siècles des Lumières, remarquablement en avance sur son temps, tel un prélude aux changements qui allaient bientôt secouer l’Europe ?

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Il ne faut pas oublier qu’à l’origine, les premiers colons américains étaient des immigrants fuyant les persécutions religieuses, les répressions politiques, etc. De même figuraient dans le lot des criminels exilés, des miséreux condamnés pour dettes… Toutes sortes de gens qui globalement voyaient les colonies comme une deuxième chance, une terre sur laquelle tout était possible, y compris tout recommencer à zéro. Ils étaient, pour la plupart d’entre eux, tournés vers un futur qu’ils entrevoyaient avec optimisme.

Les contrats sociaux virent rapidement le jour pour assurer ce renouveau. Par exemple, le Mayflower Compact, déjà rédigé à bord du Mayflower avant même que celui-ci ne touche les côtes du futur territoire des Massachussetts, responsabilisa les colons par un serment axé sur la survie et le bien de la colonie, via le travail et les actes vertueux. Un siècle et demi plus tard, le passage à l’indépendance et la mise en place de la Constitution – inspirée d’ailleurs du Mayflower Compact – conserva ce principe de dévouement envers le pays, celui-ci étant intrinsèque à ses citoyens.

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De même, l’aspect religieux propre aux premières colonies joua. La liberté de religion constitua l’une des bases de la fondation du pays. La colonisation même prit déjà un visage très religieux, les premiers colons se considérant « élus de Dieu », « bénéficiaires de la Providence ». De nos jours, plus que jamais dans cette société résolument laïque, où Église et État demeurent séparés, les décisions – y compris politiques – trouvent leur justification dans la religion. La foi en Dieu va de pair avec la foi dans la patrie et son destin.

Le patriotisme américain repose pour une bonne part sur les deux textes fondamentaux que sont la Déclaration d’Indépendance de 1776 et la Constitution.

Avant la Guerre d’Indépendance (1775-1783), les colons qui peuplaient les Treize Colonies, en tant que sujets de la Couronne britannique étaient pétris d’une tradition politique de gouvernement limité, ni absolu ni arbitraire. La Grande-Bretagne de l’époque, via le Parlement bicaméral et le Bill of Rights de 1689, se voulait préservée de l’absolutisme d’autrefois. De plus, ils étaient bénéficiaires de droits politiques et juridiques individuels, garantis à tous les sujets britanniques sans exception. Enfin, le droit britannique (le common law, aussi bien en matière civile que criminelle) prévalait. Et avec lui s’imposaient des principes fondamentaux tels que la présomption d’innocence et le jugement par un jury formés de citoyens.

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Ainsi, les grandes idées du libéralisme, les droits humains, la séparation des pouvoirs, la conception de l’État comme gardien et protecteur de ces droits, le consentement des gouvernés comme source de la légitimité du pouvoir des gouvernants, etc. menèrent à terme à la Déclaration d’Indépendance et à la Constitution. Ces deux textes, précieusement conservés, figurent toujours parmi les bases de l’enseignement scolaire à travers tous les États-Unis. Chaque Américain se voit inculquer dès l’enfance la croyance qu’il vit dans un pays dont la fondation même repose sur le respect de principes libéraux ayant une valeur universelle, promouvant les droits inaliénables à chaque être humain.

Ces valeurs constituent le pilier du patriotisme américain, car c’est sur elles qu’il repose plutôt que sur l’appartenance à une ethnie ou à une terre. Elles sont le moteur ayant permis d’unir une multitude de gens d’origines diverses et aux intérêts variés, voire divergents.

Suite à leur indépendance, les États-Unis se sont ensuite graduellement élevés vers une position puissante et influente, malgré – ou peut-être à cause – des luttes et des difficultés. Les premières guerres qui suivirent l’indépendance – comme la guerre de 1812, la guerre contre le Mexique en 1848, … – amenèrent faits d’armes et nouveaux territoires, confortant le peuple américain dans la croyance en une providence divine dans leur expansion sur le nouveau continent, bien que la possession de colonie étrangère lointaine ait été évitée la plupart du temps.

Moins flatteuse, la Guerre de Sécession (1861-1865), si elle laissa des marques durables sur les relations entre les États du Nord et du Sud, n’empêcha cependant pas un pays exsangue de reprendre le dessus et d’encore se diversifier. Durant les six décennies qui suivirent, son essor fut prodigieux ; rien ne semblait pouvoir arrêter les États-Unis où tout paraissait accessible à tous. La Crise de 29, bien que durement ressentie, n’empêcha pas la relance qui se concrétisa lors de la Seconde Guerre Mondiale. Et là, outre les retombées économiques, le pays s’auréolera d’une image d’arsenal des démocraties et de meneur dans la conduite de la guerre. Il conserva cette aura de rempart contre le mal durant la Guerre Froide, et la retrempa après les attentats du 11 septembre 2001, se faisant le défenseur du mode de vie occidental contre des ennemis rétrogrades et inhumains.

Tout au long de leur jeune histoire, les États-Unis se sont forgés une image de garants des libertés dans le monde. Le patriotisme américain s’en imprègne abondamment. Si des voix s’élèvent pour les accuser d’arrogance, d’insolence voire de cruauté, il est indéniable qu’ils aient toujours cherché à inscrire leurs actions dans le cadre d’une morale ; celle-ci peut être jugée hypocrite ou fausse, mais elle n’en existe pas moins. La fidélité aux principes des Pères Fondateur et les succès de l’histoire entraîne une confiance dans l’avenir, une confiance qui à son tour engendre fierté et sentiment protecteur vis-à-vis de ce pays.

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Ainsi, la fierté nationale des États-Unis s’appuie sur le sentiment d’avoir établi la façon de vivre par excellence, une façon de vivre que ses citoyens sont toujours parvenus défendre et sur laquelle d’autres peuples se sont calqués depuis, avec ou sans intervention américaine. La stabilité politique du pays démontre ce succès, de même que sa position au premier rang de bien des domaines, tels que la technologie, l’art, la musique… Mais ce patriotisme pourrait bien fragiliser ce pays à terme, de par une stagnation trop prolongée. L’éloignement des dirigeants, une bureaucratie trop lourde, des revers répétés… Lorsque les puissants semblent avoir perdu leur chemin, les plus humbles ont tendance à vouloir se charger de les ramener à l’ordre.

 

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