Les bisons

Le bison d'Amérique du Nord est l'une des deux espèces de bison encore vivantes, l'autre étant le bison d'Europe. Le bison des plaines, une de ses deux sous-espèces, est caractéristique des grandes prairies du Midwest en Amérique du Nord. Le bison des plaines était un animal essentiel pour de nombreuses cultures amérindiennes. L'économie des Indiens des Grandes Plaines était largement fondée sur la chasse de cet animal, qui vivait en immenses troupeaux itinérants. Avant l'arrivée des Européens en Amérique, on comptait encore 50 à 70 millions de bisons d'Amérique du Nord, vivant et migrant sur les plaines herbeuses du Mexique au Canada. Ces troupeaux ont été décimés à la fin du xixe siècle au point de menacer quasiment la survie de l'espèce.

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Il existe deux sous-espèces de bison en Amérique du Nord, le bison des plaines et le bison des bois. Cette dernière sous-espèce, qui a toujours été moins abondante, habite le Canada (environ 3.000 têtes dans les années 1990) et est majoritairement composée d'animaux vivant en liberté. La sous-espèce des plaines n'est pas protégée par la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction), tandis que la sous-espèce des forêts est classée en annexe II. Certains scientifiques (Reynolds, 1982) estiment qu'il n'y a pas lieu de différencier deux sous-espèces, tant elles se ressemblent :

Bison des plaines (Bison bison bison)

Bison des bois (Bison bison athabascae (Rhoads, 1897))

Sous-espèces éteintes

Bison de l'Oregon (Bison bison oregonus)

Bison de Pennsylvanie (Bison bison pennsylvanicus)

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Le bison possède un manteau d'hiver aux longs poils brun foncé et un pelage d'été plus léger, d’un brun plus clair. La taille du bison peut atteindre 2 mètres de hauteur au garrot, 3,60 mètres en longueur ; il pèse en moyenne entre 450 kg et 900 kg. Les plus grands spécimens peuvent dépasser 1 000 kg. La tête et le train avant sont énormes, et les femelles comme les mâles sont dotés de deux cornes courtes et incurvées, qu'ils utilisent dans leur lutte pour obtenir un meilleur rang à l'intérieur du troupeau et pour la défense. Le bison s’accouple en août et septembre et un seul veau de couleur rouge-brun naît au printemps suivant. Sa mère l'allaitera pendant un an. Les bisons sont adultes à l'âge de trois ans et ont une espérance de vie de 18 à 22 ans, ou de 35 à 40 ans en captivité.

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Le bison blanc est un phénomène rare lié à un gène récessif, se manifestant chez un animal né avec une fourrure brun-rougeâtre qui devient blanche à l’âge adulte. L'animal n'est pas un véritable albinos, car la couleur de l'œil est normale, comme c’est le cas pour l’ours.

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Morphologie :

  • longueur du corps : 2 à 3,5 m
  • longueur des cornes : latérales, 40 cm
  • hauteur au garrot : 1,5 à 2 m
  • poids adulte : 500-600 kg pour les femelles, 800-1 100 kg pour les mâles.

Bison femelle et petit.

  • maturité sexuelle : 2 ans 1/2
  • gestation : 9 mois
  • nombre de jeunes par portée : un, très rarement deux (la mère délaisse alors le plus faible, généralement condamné)
  • nombre de portées par an : une, période de rut en juillet-août, mises-bas en avril-mai
  • longévité
  • libre  : 18 à 22 ans
  • captif : 25 à 30 ans voire plus de 30 ans.

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Les bisons d'Amérique sont polygames : les mâles dominants règnent sur un harem de femelles avec lesquelles ils s'accouplent. Les mâles solitaires courtisent les femelles jusqu’à ce qu’elles leur permettent de s'accoupler, les suivant et les surveillant pour chasser les mâles concurrents.

Lors des parades nuptiales, les mâles se livrent des combats avant lesquels ils se roulent dans leur urine pour s’imprégner de leur odeur hormonale et grattent la terre pour intimider leurs rivaux. Ces combats de quelques secondes pour la plupart peuvent conduire à une mise à mort portée par un coup de corne fatal.

Des comportements homosexuels allant jusqu’au simulacre d’accouplement sont fréquents chez les bisons. La cérémonie de l’Okipa chez les Indiens Mandans se termine par un rituel mettant en scène ce comportement, pour « assurer le retour du bison au cours de la saison à venir. » Des pratiques sexuelles peuvent également se rencontrer chez les bisons.

Les Lakotas se réfèrent à eux comme étant des pte winkte — pte signifiant « bison » et winkte signifiant « deux-esprits » - et établissent donc un parallèle explicite entre individus transgenre chez les animaux et les hommes

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Le bison est un herbivore qui consomme diverses herbacées, dont le panic érigé, l'Indiangrass (Sorghastrum nutans), l'East Gamagrass (Tripsacum dactyloides), la grande et petite Bluestem (respectivement Andropogon gerardii et Schizachyrium scoparium) et d'autres graminées de prairie ou de jeunes plants de végétaux ligneux.

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Outre l'homme, les prédateurs du bison d'Amérique sont le puma, le loup et le grizzli.

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La chasse au bison (en anglais : buffalo hunting), a été une activité fondamentale pour les tribus des Indiens des Plaines en Amérique du Nord, adoptée plus tard par des chasseurs professionnels américains, conduisant l'espèce au bord de l'extinction.

Le bison d'Amérique du Nord, originaire d'Eurasie, a migré par le détroit de Béring (comme les humains), et a remplacé, il y a 10.000 ans, le bison des steppes, une espèce plus grande à longues cornes, aujourd'hui disparue. On pense que cette espèce de bison s'est éteinte en raison d'un changement de l'écosystème et de la pression de la chasse à l'époque préhistorique, correspondant à l'amélioration des techniques à l'époque du site Clovis. Durant cette même période, la mégafaune américaine a disparu, et de nombreux animaux ont été remplacés dans une certaine mesure par d'autres, originaires d'Eurasie et mieux adaptés aux hommes prédateurs. Le bison d'Amérique était un de ces animaux.

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Le bison était ce que l'on appelle une espèce clé de voûte, c'est-à-dire dont l'empreinte sur l'environnement est disproportionné. Le pâturage des bisons a façonné l'écologie des Grandes Plaines aussi fortement que les feux de prairie périodiques. Il est largement admis que les bisons étaient au centre du mode de vie des Indiens des Plaines. Cependant, il y a aujourd'hui une certaine controverse scientifique sur cette interaction ou symbiose.

Le journaliste scientifique américain Charles C. Mann a écrit, dans 1491 : New Revelations of the Americas Before Columbus (2005) :

« L'expédition de Hernando de Soto, qui s'est étalée sur quatre ans dans le Sud-Est américain a vu des foules de gens, mais n'a manifestement pas vu le moindre bison. »

Mann remet en cause l'idée que les Amérindiens ont non seulement créé, par l'usage sélectif du feu, de larges espace de prairies qui ont procuré aux bisons un habitat idéal, mais ont aussi précautionneusement régulé la population de bisons. Selon sa théorie, ce n'est que lorsque la population amérindienne a été dévastée par des vagues successives d'épidémies provoquées par les Européens à partir du xvie siècle, que les troupeaux de bisons ont prospéré démesurément. En suivant ce point de vue, les « mers » de bisons, décrites par des voyageurs européens, qui s'étendait jusqu'à l'horizon, seraient le symptôme d'une écologie déséquilibrée, rendue possible seulement par de précipitations bien plus dense que la moyenne.

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Ce qui n'est pas contesté, en revanche, c'est que, avant l'introduction des chevaux par les Européens, des groupes de chasseurs amérindiens parvenaient à diriger des troupeaux de bisons dans des goulets d'étranglement fabriqués avec des roches et des branches, débouchant sur des falaises, d'où les bisons en pleine course se tuaient en sautant. Plusieurs lieux de ce type, appelés buffalo jumps (« sauts de bison ») se trouvent aux États-Unis et au Canada, tel le précipice à bisons de Head Smashed-In dans l'Alberta. Les grandes quantités de viande ainsi obtenues permettaient aux chasseurs de disposer d'excédents, dont ils se servaient dans des échanges commerciaux. Une méthode de chasse similaire aboutissait à conduire des troupeaux dans des enclos naturels.

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Pour optimiser la ressource qu'était le bison, les Amérindiens pratiquaient une méthode spécifique de dépeçage, identifiée sur le site archéologique d'Olsen-Chubbock dans le Colorado. Cette méthode consiste à écorcher le dos afin d'obtenir la viande tendre juste sous la surface. Ensuite, les pattes avant sont coupées ainsi que les omoplates. Cela expose la viande située dans la bosse du bison, la viande des côtes et les organes internes. Après que tout a été exposé, la colonne vertébrale est alors coupée, et les jambes postérieures et le bassin enlevés. Enfin, le cou et la tête sont séparés du corps en un seul morceau. Cette méthode permettait de sécher la viande dure pour en faire du pemmican.

Plus tard, lorsque les Indiens des Plaines ont obtenu des chevaux, il s'est avéré qu'un bon cavalier pouvait abattre facilement suffisamment de bisons pour nourrir sa famille et sa tribu, aussi longtemps que le troupeau se trouvait à proximité. Le bison fournissait la viande, le cuir, les tendons pour les arcs, la graisse, les bouses séchées pour faire du feu, et même les sabots, transformés en colle après avoir été bouillis. Quand les temps étaient durs, les bisons étaient consommés jusqu'au dernier fragment de moelle.

Les langues amérindiennes ont divers noms pour cet animal, entre autres tatanka en lakota.

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Les premières voies de circulation d'Amérique du Nord, à l’exception des chemins ancestraux des mastodontes ou des bœufs musqués et les itinéraires des Mound Builders, ont été tracées par les bisons et les cerfs au cours de leurs migrations saisonnières à la recherche de pâturages et de dépôts de sel. Beaucoup de ces voies, piétinées par d'innombrables sabots suivant instinctivement les bassins versants et le chemin des crêtes pour éviter les basses terres inondées pendant l'été et soumises aux congères pendant l’hiver, ont été suivies par les Indiens qui les ont utilisées comme terrain de chasse et sentiers de guerre. Elles ont été très utiles aux explorateurs et ont été empruntées par les pionniers.

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Les voies de bisons sont typiquement orientées nord-sud, mais leur principale piste est-ouest — à travers la passe de Cumberland, le long du point critique de l’État de New York, du Potomac à la bifurcation de l’Allegheny vers les sources de l’Ohio, à travers les Blue Ridge Mountains vers le cours supérieur du Kentucky — préfigure le tracé du chemin de fer. Selon une phrase du sénateur Thomas Benton saluant ces sagaces traceurs de routes, le bison a tracé la voie du chemin de fer vers le Pacifique.

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Les bisons ont été chassés jusqu'à leur quasi-disparition au xixe siècle, réduits à quelques centaines d'individus au milieu des années 1880. Les Européens les ont chassés pour leur peau, laissant le plus souvent la carcasse de l'animal pourrir sur place. Quand le processus de pourrissement était achevé, les os étaient récupérés et expédiés à l'Est en grandes quantités.

L'armée américaine a activement approuvé le massacre des troupeaux de bisons. Le gouvernement fédéral des États-Unis a promu la chasse au bison pour diverses raisons : pour assurer aux éleveurs des pâturages pour leur bétail sans la concurrence d'autres bovins, et surtout affaiblir la population amérindienne en lui retirant sa principale source de nourriture et la contraindre à s'établir dans des réserves. Sans bison, les Indiens des Plaines n'avaient pas d'autre choix que de quitter leur terre ou de mourir de faim. Les attaques des Comanches en réaction aux incursions, sur leur territoire, des chasseurs de bisons, sont l'une des causes de la Guerre de la Red River, menée en 1874 par le gouvernement américain contre plusieurs tribus indiennes.

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Selon l'historien Pekka Hämäläinen, les Amérindiens ont aussi contribué à l'effondrement de la population des bisons. Dans les années 1830 les Comanches et leurs alliés dans les plaines du Sud auraient tué environ 280 000 bisons par an, ce qui était proche du seuil de renouvellement dans cette région. L'introduction des armes à feu et des chevaux, cumulé à une demande et une exportation croissante de peaux et de viandes de bison, ont eu pour conséquence l'abattage d'un nombre toujours plus élevé de bisons chaque année. Par ailleurs, une longue et intense sécheresse a frappé les plaines du Sud de 1845 jusqu'aux années 1860, aggravant la diminution générale des troupeaux de bisons. Dans les années 1860, avec le retour des pluies, les troupeaux de bisons ont de nouveau augmenté.

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Les dirigeants des sociétés de chemins de fer ont également souhaité l'élimination des troupeaux de bisons, susceptibles, en traversant les voies, d'endommager les locomotives si le train ne s'arrêtait pas à temps. Dans les montagnes et les collines où les conditions hivernales sont rigoureuses, les troupeaux trouvaient souvent refuge, à l'abri des vents, dans les tranchées artificielles formées par le tracé du chemin de fer. Ainsi, les troupeaux pouvaient retarder un train pendant plusieurs jours.

Toutefois, la raison principale de l'effondrement des populations de bisons, est la chasse commerciale par les Américains d'origine européenne, sans commune mesure avec les précédentes formes de chasse, de la même façon qu'en fut victime le pigeon migrateur, espèce nord-américaine très abondante avant de disparaitre totalement au xixe siècle.

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Cette carte montre la disparition progressive du bison et sa situation en 1889 selon les recherches du naturaliste américain William Hornaday.

Les peaux de bison ont été utilisées pour fabriquer des courroies de machines industrielles, des vêtements, et des tapis. Il y avait à l'époque une exportation massive de peaux à destination de l'Europe. On vendait aussi des amendements agricoles riches en calcium et oligo-éléments (phosphore, potassium, etc.) produits en brûlant des squelettes de bisons tués par les chasseurs et abandonnés dans la prairie.

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Dans le Far West, la chasse au bison a très souvent été une grande entreprise commerciale, impliquant des équipes bien organisées d'un ou deux chasseurs professionnels, soutenus par une équipe de dépeceurs, d'hommes chargés de nettoyer les fusils ou remplir les étuis à munition, de cuisiniers, de palefreniers, de forgerons, de gardes pour la sécurité, de conducteurs de chariots, et de nombreux chevaux et véhicules.

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Des hommes ont même été employés pour récupérer les balles de plomb dans les carcasses et de les refondre.

Beaucoup de ces chasseurs professionnels, tels que William Cody (plus tard connu comme Buffalo Bill), étaient capable de tuer plus d'une centaine de bêtes à partir d'une seule position, et plusieurs milliers dans leur carrière. Un de ces chasseurs professionnels a prétendu avoir tué plus de20 000 bisons. Une belle peau pouvait rapporter 3 $ à Dodge City, Kansas, et une très belle peau (idéale pour un manteau d'hiver lourd) pouvait se vendre 50 $, à une époque où un ouvrier gagnait au mieux un dollar par jour.

Les chasseurs localisaient généralement le troupeau tôt le matin, et se positionnait à un peu moins de 100 mètres, tirant en touchant le flanc des animaux au niveau des poumons. Ils préféraient ne pas viser la tête, car les balles en plomb avaient tendance à s'aplatir en touchant le crâne qu'elles ne parvenaient pas à transpercer, surtout si l'animal s'était roulé dans la boue et en avait gardé une croute asséchée sur la tête. L'animal touché agonisait lentement et discrètement jusqu'à ce que, soit ses congénères sentent le danger, soit l'animal blessé en attaque un autre, causant dans les deux cas la dispersion du troupeau. Si le chasseur s'y prenait habilement, il pouvait abattre un grand nombre de bisons en une seule fois. Les écorcheurs suivaient, et enlevaient la peau de la carcasse en se servant de la force d'un attelage de chevaux. Les peaux étaient préparées et empilées dans les chariots par d'autres membres de l'équipe.

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Pendant une décennie, à partir de 1873, il y avait plusieurs centaines, peut-être plus d'un millier, de ces équipes de « moissonneurs » de peaux chassant au même moment, exaspérant les Amérindiens ou les chasseurs de viande individuels. Les prélèvements commerciaux de bisons ont sans doute été, sur l'ensemble du territoire américain, de 2 000 à 100 000 animaux par jour selon la saison, mais il n'existe aucune statistique précise. Il se disait que les chasseurs tiraient à une telle fréquence (avec des cartouches spéciales pour bison de type .50-90 Sharps), qu'ils avaient besoin d'au moins deux fusils, pour laisser le canon de l'un refroidir, parfois en le trempant dans la neige, tandis qu'ils continuaient à tirer avec l'autre. À la gare de Dodge City, des wagons entiers étaient remplis de peaux et envoyés vers l'est.

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Outre Buffalo Bill, d'autres personnages du Far West, célèbres pour d'autres raisons, ont été des chasseurs de bisons, notamment Wyatt Earp, Bat Masterson ou Pat Garrett.

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Un immense tas de crânes de bisons dans les années 1870.

La construction des premières liaisons transcontinentales ferroviaires entre l'Est et l'Ouest, dans les années 1860 et 1870, divisa la population de bisons en deux parties, le troupeau du Sud et le troupeau du Nord. Le troupeau du Sud trouva un dernier refuge dans le Texas Panhandle.

Comme la population des grands troupeaux déclinait, voyant que la pression sur l'espèce était trop grande, des propositions pour protéger les bisons furent discutées. Les premières propositions ne firent pas long feu, car les autorités considéraient que les Indiens des Plaines, fréquemment en guerre avec les États-Unis, dépendaient du bison pour leur mode de vie. En 1874, le président Ulysses S. Grant mit son veto à un projet de loi fédérale pour protéger les bisons, et en 1875, le général Philip Sheridan plaida devant le Congrès en faveur de l'abattage des troupeaux, pour priver les Indiens de leur source de nourriture.

Au milieu des années 1880, le bison d'Amérique était au bord de l'extinction. Dans les années 1890, il n'en restait plus que 800.

Le troupeau de bison de l'éleveur James "Scotty" Philip (en), dans le Dakota du Sud a été l'une des premières réintroductions de bisons en Amérique du Nord. En 1899, James Phillip, connu depuis comme « l'homme qui a sauvé les bisons », acheta un petit troupeau de 74 bisons à Dug Carlin, beau-frère de Pete Dupree. Le fils de Dupree, Fred, avait capturé au lasso cinq veaux lors de la dernière grande chasse au bison le long de la Grand River en 1881, et les avait installés dans son ranch près de la Cheyenne River. En 1889, ces cinq jeunes bisons rescapés étaient devenus un troupeau de 74 têtes. L'objectif de James Philip était de sauver l'animal de l'extinction. À sa mort en 1911, à l'âge de 53 ans, le troupeau de Philip avait augmenté jusqu'à environ 1 000 ou 1 200 têtes. D'autres troupeaux privés ont également été créés, à partir de cette population.

Parallèlement, deux éleveurs du Montana, Michel Pablo et Charles Allard, ont passé plus de 20 ans à assembler l'un des plus grands troupeau de bisons de race pure sur le continent (à la mort d'Allard en 1896, le troupeau comptait 300 têtes). En 1907, après que les autorités américaines eurent refusé d'acheter le troupeau, Pablo conclut un accord avec le gouvernement canadien et expédia la plupart de ses bisons vers le nord pour peupler le parc national d'Elk Island en cours de création.

Un troupeau de bisons isolé sur Antelope Island, au milieu du Grand Lac Salé dans l'Utah a aussi été utilisé pour améliorer la diversité génétique des bisons américains.

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Des bisons broutant près d'une source d'eau chaude dans le parc national de Yellowstone.

La population américaine actuelle de bisons a connu une croissance rapide et est estimée à 350 000 têtes aujourd'hui, alors qu'elle était d'environ 60 à 100 millions au milieu du xixe siècle. La plupart des troupeaux actuels, cependant, sont génétiquement pollués ou partiellement croisés avec des bovins. Aujourd'hui, il n'existe que quatre troupeaux non-génétiquement mélangés, et un seul qui est également immunisé contre une épizootie bovine, la brucellose : celui du parc national de Wind Cave dans le Dakota du Sud. Une population de 16 animaux provenant de ce troupeau a été introduite dans le nord-est du Montana en 2005 par une ONG, l'American Prairie Foundation (Fondation américaine des Prairies). Ce dernier troupeau compte à présent près de 100 têtes, et erre dans une étendue de prairies de 5 700 hectares faisant partie du projet privé American Prairie Reserve.

La seule population de bisons sauvages en continu aux États-Unis réside dans le parc national de Yellowstone (créé en 1872). Estimé entre 3 000 et3 500 individus, ce troupeau est issu d'une population résiduelle de 23 bisons des montagnes qui ont survécu aux massacres de masse du xixe siècle en se réfugiant dans Pelican Valley à l'intérieur du parc de Yellowstone. En 1902, un troupeau élevé en captivité de 21 bisons a été introduit dans Lamar Valley et géré comme du bétail jusqu'en 1960, quand une politique de régulation naturelle a été adoptée par le parc.

La fin de la période d'élevage du bison et le recours à la régulation naturelle a conduit les bisons de Yellowstone à migrer vers des zones de moindre altitude hors du parc à la recherche de pâturages d'hiver. La présence de bisons sauvages dans le Montana est perçue comme une menace par de nombreux éleveurs de bétail, qui craignent que le faible pourcentage de bisons porteurs de la brucellose n'infecte le bétail et les vaches. Cependant, aucun cas documenté de brucellose transmise à du bétail par des bisons sauvages n'a été prouvé. La controverse sur la gestion des troupeaux qui a débuté au début des années 1980 se poursuit à ce jour. Des groupes de défense du bison sauvage font valoir que le troupeau de Yellowstone devrait être protégé comme un segment de population distinct au nom de l'Endangered Species Act de 1973.

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La chasse du bison sauvage est légale dans certains États américains et provinces canadiennes, où les troupeaux nécessitent un abattage pour maintenir une population stable. En Alberta, où existe l'un des deux seuls troupeaux de bisons sauvages depuis toujours en Amérique du Nord, au parc national Wood Buffalo, les bisons sont chassés pour protéger les bisons sans maladie réintroduits ou des troupeaux privés.

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Dans le Montana, la chasse a été rétablie en 2005, avec 50 permis délivrés. La commission de la Pêche, de la Faune et des Parcs du Montana, a augmenté en 2006 le nombre de prises autorisées à 140 pour la saison 2006/2007. Les groupes de défense du bison sauvage affirment qu'il est prématuré de rétablir la chasse, étant donné le manque d'habitat pour le bison dans le Montana.

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Des bisons ont également été réintroduits en Alaska en 1928, et des troupeaux à la fois domestiques et sauvages subsistent dans quelques parties de l'État. L'État accorde des permis limités pour chasser le bison sauvage chaque année.

Le bison est un des rares gros gibiers nord-américains pouvant être chassés toute l'année.

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Répartition primitive du bison des plaines et du bison des bois en Amérique du Nord. Le bison de l'Holocène (Bison occidentalis) est une forme primitive à l'origine du bison des plaines et du bison des bois.

Bison de l'Holocène - Bison des bois - Bison des plaines

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Carte du déclin de la population et de la répartition du bison jusqu'en 1889 d'après le travail de William Hornaday.

 

Répartition précoloniale - Répartition en 1870 - Répartition en 1889

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Répartition des troupeaux de bisons des plaines sur les terres publiques et des troupeaux de bisons des bois captifs ou en liberté en Amérique du Nord en 2003.

Il n’existait plus que 750 bisons en 1890. Le Bronx Zoo a conservé un troupeau en captivité, dont une partie a été transportée au début du xxe siècleau Parc national de Yellowstone afin de compenser la faiblesse des troupeaux autochtones (que le braconnage avait réduit à quelques dizaines d'animaux), en complément d’animaux transplantés d'autres réserves d’animaux sauvages. Certains de ces derniers provenaient du ranch de Charles Goodnight au Texas.

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Un certain nombre de troupeaux de propriétaires privés ont également été reconstitués, à partir de cette population. La population de bisons américains a connu une croissance rapide et est estimée actuellement à 350 000 individus, mais ce chiffre est à comparer à une population estimée à 60-100 millions au cours du deuxième quart du xixe siècle. Les troupeaux actuels, néanmoins, sont presque tous partiellement issus de croisement avec d'autres bovins. Aujourd'hui, il existe seulement quatre troupeaux génétiquement distincts, et un seul qui soit également indemne de brucellose : il se trouve au Parc national de Wind Cave. Une population issue du troupeau de Wind Cave a été récemment établie au Montana par le WWF.

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Au Canada, la population de bison des bois, espèce protégée, est actuellement estimée à 11 433 individus, dont plus de la moitié dans des troupeaux sauvages touchés soit par la tuberculose soit par la brucellose. Le plus grand troupeau vit dans les Territoires du Nord-Ouest, au sanctuaire du bison de Mackenzie.

Toujours au Canada, l'élevage qui ne concerne que le bison des plaines porte environ sur 250 000 animaux possédés par 2 000 éleveurs.

La chasse est autorisée actuellement à petite échelle dans certaines zones. Au Montana, les éleveurs de bétail sont préoccupés par la propagation chez leurs bovins de la brucellose transmise par des bisons infectés qui errent en dehors des limites du Parc national de Yellowstone. En 2005, une chasse publique au bison limitée à 50 licences a été établie, puis suspendue, et rétablie par l'État.

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Viande de bison en vente aux USA. 

Les bisons sont maintenant élevés pour la viande et la peau. Plus de la moitié des 800 000 bisons restants sont élevés pour la consommation humaine. La viande de bison a une teneur plus faible en graisse et en cholestérol que la viande bovine ce qui a conduit au développement du Beefalo, un hybride fertile du bison et du bœuf domestique. En 2005, environ 35 000 bisons ont été abattus pour leur viande aux États-Unis, avec le National Bison Association et le Ministère de l'Agriculture des États-Unis (United States Department of Agriculture ou USDA), qui développe un programme de « Certified American Buffalo » avec une traçabilité de la naissance au consommateur par un suivi du bison par puces RFID auriculaires. Le plus important éleveur de bison est Ted Turner qui, avec ses 14 ranchs, posséderait environ 50 000 têtes.

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Au Canada, on estimait que les abattages concernaient 23 000 animaux en 2009, pour un élevage portant sur environ 180 000 animaux. L'hybridation n'a pas été courante au Canada comme aux États-Unis.

Des études génétiques récentes sur les troupeaux de bisons de propriétaires privés montrent que beaucoup d'entre eux sont des animaux possédant des gènes de bœuf, il existerait seulement 12 000 à 15 000 bisons de race pure dans le monde. Les chiffres sont incertains parce que les tests utilisés jusqu'à présent sont fondés sur l’analyse de l’ADN mitochondrial et, par conséquent, ne décèlent pas les gènes hérités des bovins provenant de la lignée mâle. La plupart des hybrides sont d’apparence exactement identique à celle des bisons de race pure.

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Un buffalo nickel, ou Indian Head nickel, de 1935. Il fut produit de 1913 à 1938.

Le bison américain a été représenté sur la face arrière des buffalo nickel, une pièce de monnaie des États-Unis de 5 cents en circulation de 1913 à 1938. En 2005, la United States Mint a édité une nouvelle pièce de 5 cents en alliage de nickel avec une représentation du bison dans le cadre de sa série Westward Journey, ainsi que le quarter (25 cents) de l'État du Kansas dans le cadre de sa série 50 State Quarters. Le Kansas State Quarter ne représente que le bison et ne possède aucune inscription chiffrée.

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Le bison est un symbole du Manitoba, de la Police montée du Canada, de l'université Bucknell, de l’université du Colorado, l'université Lipscomb, l'université Marshall, le Parti de l'indépendance du Minnesota et Université d'État du Dakota du Nord. Il est aussi couramment utilisé comme un symbole de la ville de Buffalo, dans l’État de New York, bien que le nom de cette ville ne vienne pas de l'animal. Le bison est également l’animal symbolique de l'État du Wyoming.

Custer State Park dans le Dakota du Sud héberge 1.500 bisons, l'un des plus grands troupeaux publics du monde.

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Un projet connu sous le nom de Buffalo Commons a été élaboré par une poignée d'universitaires et de décideurs politiques pour restaurer une grande partie de la portion sèche des Grandes Plaines pour reconstituer les prairies originelles où paissaient des bisons. Les promoteurs du projet soutiennent que l'utilisation agricole des prairies à herbe courte n’est pas écologiquement durable, en rappelant les catastrophes survenant périodiquement telles que le Dust Bowl et la diminution significative de la population au cours des 60 dernières années. Toutefois, ce plan est rejeté pratiquement par tous ceux qui vivent dans cette région et n'a jamais avancé au-delà des études préliminaires.

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Pâturage au Parc national de Yellowstone.

Les bisons font partie des animaux dont la rencontre est la plus dangereuse pour les visiteurs des différents parcs nationaux américains, notamment le Parc national de Yellowstone. Même s'ils ne sont pas carnivores, ils peuvent attaquer les humains, en cas de provocation ou de sentiment de danger. Apparemment lents, compte tenu de leurs mouvements plutôt léthargiques, ils sont effectivement tout à fait capables de surclasser les humains en vitesse — on les a vus courir à des vitesses allant jusqu’à 50 km/h en moyenne avec des pointes à 73 km/h. Leur comportement grégaire les fait rapidement passer de la marche à la course. Ils doivent généralement être considérés comme aussi dangereux que les ours. Des gens ont été piétinés et blessés par les bisons dans les parcs nationaux. De façon inattendue compte tenu de leur taille et de leur morphologie, les bisons ont également la capacité de sauter haut.

Le bison d’Amérique du Nord… De retour, chez lui, dans les pâturages

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L’histoire du bison dépasse, et de beaucoup, la légende qui l’entoure. C’est l’histoire de ce continent et de son étonnante capacité à nourrir et à entourer de soins l’un de ses enfants, jusqu’à ce que ce rejeton devienne l’animal le plus largement répandu sur Terre… et le plus convoité.

À peine deux cents ans se sont écoulés depuis le moment où les hordes de ce bovidé à bosse d’origine américaine, massif et poilu, surpassaient en nombre leurs adversaires humains dans des proportions démesurées; 75 millions de bêtes faisaient face à seulement quatre millions d’êtres humains. Pourtant, l’espèce la moins nombreuse a rapidement pris le dessus, au cours de ce que l’on considère aujourd’hui comme la plus grande et la plus insensée tuerie d’animaux sauvages que le monde ait jamais connue.

Par la seule force de son immense population, le bison d’Amérique du Nord aurait dû s’avérer invincible. Lewis et Clark ont croisé un troupeau de bisons qui s’étendait « à perte de vue ». En 1860, des colons sur le front pionnier de l’Ouest ont aperçu un « nombre incalculable de bisons » et des troupeaux immenses regroupant des centaines de milliers de bêtes.

En 1868, un convoi ferroviaire du Kansas Pacific Railroad a côtoyé sans interruption, sur une distance de cent vingt milles, une seule et unique horde. Au Kansas, un autre train est demeuré immobilisé sur la voie ferrée, durant huit heures, pour laisser passer un troupeau sans fin.

À une certaine époque, le territoire du bison d’Amérique du Nord, que les premières personnes, l’ayant aperçu dans toute sa splendeur animale, ont désigné à tort sous le nom de buffle, couvrait la plus grande partie du continent située à l’est des montagnes Rocheuses, à partir du Mexique et s’étendant aussi loin au Nord que le Grand lac des Esclaves au Canada. Les premiers colons implantés sur la côte Est font état de récits de personnes, ayant séjourné un peu plus loin à l’intérieur des terres, au sujet d’une étrange et nouvelle espèce de bovidé arborant une bosse, des cornes et une barbiche.

Les estimations relatives aux populations de bisons, ayant réellement arpenté la prairie américaine et canadienne avant d’être massivement abattues jusqu’au point de presque disparaître, atteignent des chiffres aussi élevés que 125 millions. Cependant, c’est à Ernest Thompson Seton, un naturaliste, artiste et écrivain bien connu (Wild Animals I Have Known), que l’on attribue l’effort le plus méthodique de dénombrement de la population réelle de bisons ayant erré sur le continent à un moment donné.

Seton a soutenu que les pâturages d’origine du bison étaient fort probablement en mesure de soutenir une population de bisons au moins égale à celle du bétail et des chevaux qui, plus tard, les remplacèrent. En se servant des chiffres du recensement américain de 1900, relatifs au nombre de chevaux et de têtes de bétail présents sur le territoire connu du bison, et en ajustant ensuite à la baisse ces données pour tenir compte de facteurs inconnus, Seton en est quand même arrivé à une estimation crédible, selon laquelle 75 millions de bisons ont, à une certaine époque, parcouru les immensités américaines et canadiennes.

Peu importe l’endroit où ils se trouvaient, les bisons étaient presque toujours abattus, à cause de la valeur plus qu’évidente de leur viande et de leur peau pour quiconque s’efforçait de survivre à même les ressources locales.

N’eut été du fait qu’une poignée à peine de ces puissants animaux ait échappé au carnage, ce continent aurait à tout jamais perdu un des animaux sauvages les plus étonnamment utiles et magnifiques à avoir jamais habité les plaines et les prairies de cette planète.

Quand bison rimait avec horreur

Le premier massacre connu d’une grande quantité de bisons est survenu en Pennsylvanie. Un des premiers colons a confessé avoir abattu 2 000 bisons pour mettre la main sur leur toison qui, à cette époque, se négociait 25 shillings pièce. Et, en Pennsylvanie, dans l’Union County, après qu’un bison ait pénétré dans la cabane d’un colon, y détruisant tout et tuant toutes les personnes qui s’y trouvaient, un père affolé, rejoint par tous les autres hommes des environs, a poursuivi le troupeau jusqu’à ce que presque toutes les bêtes qui le composaient soient abattues.

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Pour les Indiens des plaines, le bison constituait une source de nourriture et il fournissait le cuir avec lequel ils se vêtaient et recouvraient leurs huttes, les tendons qu’ils utilisaient comme cordes pour leurs arcs et les os avec lesquels ils fabriquaient des outils pour tout le reste. Même en hiver, leurs huttes étaient chauffées par la combustion de bouses de bison séchées. Ils abattaient les vieux mâles pour obtenir le cuir de leur cou, dont l’épaisseur pouvait atteindre deux pouces. Après avoir été séché et étiré au maximum, on s’en servait pour fabriquer des boucliers qui protégeaient des flèches et qui, selon une source fiable, permettaient de faire dévier les balles provenant de tirs latéraux.

Ce n’est donc pas par pure sensiblerie que les Indiens des plaines attribuaient des pouvoirs sacrés au bison. L’apparition, chaque année, de hordes innombrables de ces créatures ne pouvait que constituer un cadeau du Grand Esprit.

La quantité de bisons que prélevaient les Indiens, à même les vastes troupeaux, était négligeable et considérablement moindre que l’augmentation des effectifs issus de la reproduction naturelle de l’animal. Alors qu’un chasseur blanc demandait à un Indien pourquoi celui-ci se contentait de ne tuer que deux bisons par jour, alors qu’il lui aurait été facile d’en abattre beaucoup plus, ce dernier lui répondit que sa femme n’était pas en mesure, en une journée, d’en dépecer et d’en découper plus de deux. Mais, lorsqu’ils chassaient en bandes, les Indiens savaient comment « rassembler en entonnoir » les bisons jusqu’à un endroit où nombre d’entre eux pouvaient être soit piégés et abattus à l’aide de lances et de flèches, soit lancés dans une course folle jusqu’à une falaise où ils trouvaient la mort en s’élançant dans le vide.

Mais rien de ce qu’ont fait les Indiens ne se compare à ce qui s’est produit, vers le milieu des années 1850, lorsque des milliers de chasseurs, convoitant la peau et le cuir de l’animal, se sont lancés à sa poursuite. Cachés sous le vent, les chasseurs abattaient souvent les bêtes en si grand nombre et si rapidement qu’ils devaient utiliser une deuxième carabine pour laisser à la première arme le temps de refroidir.

Le trophée de calibre 0,50

Avec les puissants fusils Springfield se chargeant par la culasse et les carabines Sharp munies de lentilles, on pouvait faire mordre la poussière à un bison à une distance de 600 verges. Les chasseurs sportifs ajoutèrent au carnage, en abattant de grandes quantités de bisons pour à peine plus que la sensation forte ressentie lors d’une chasse facile. De nombreux bisons furent abattus à partir de trains en mouvement, sans même que l’on ne se préoccupe de récupérer les peaux.

Les toisons de bison, épaisses et pelucheuses, trouvaient facilement preneurs sur la Côte Est et en Europe. Elles n’avaient pas leur égal, lorsqu’elles étaient utilisées comme couvertures dans les voitures ou pour la fabrication de houppelandes. Bien avant que le chauffage central ne fasse son apparition, plus d’un enfant se sera endormi à poings fermés durant les longues et froides nuits d’hiver, au chaud et pelotonné sous une couverture de fourrure de bison.

Dans son ouvrage de recherche le plus fouillé sur le bison, publié sous le titre de The Buffalo Book, David Dary évoque une tannerie à Dodge City au Kansas qui, vers le milieu des années 1870, pouvait traiter simultanément jusqu’à 80 000 peaux de bison. Il cite aussi un journal du Kansas qui, en 1872, rapportait que seulement dans la portion ouest du Kansas, près de 2 000 chasseurs de peaux étaient à l’œuvre et que chacun abattait quotidiennement environ 15 bisons.

Même si « Wild » Bill Hickok et « Buffalo Bill » Cody étaient tous deux d’authentiques et habiles chasseurs de bisons, selon toute vraisemblance, ni l’un ni l’autre n’a jamais abattu un nombre de bêtes comparable à celui que se sont permis les « trafiquants de bisons » beaucoup moins hauts en couleur, qui vendaient les peaux pour un dollar ou deux mais qui n’ont jamais été récupérés par l’industrie du spectacle.

Le concours de chasse

Cependant, la remarquable aptitude de Bill Cody à abattre des bisons de son cheval lancé au galop s’avère fondée. Dans son autobiographie, Cody évoque une anecdote au sujet d’un groupe d’officiers d’infanterie, cantonnés sur la frontière du Kansas et qui en étaient à leur première chasse au bison. N’ayant pas reconnu Cody lorsque celui-ci vint à leur rencontre, ils entreprirent de donner à l’étranger une leçon sur le maniement du fusil. Pendant que les officiers d’infanterie poursuivaient une horde de bisons, Cody contourna le troupeau jusqu’à l’animal de tête. Ensuite, il revint sur ses pas dans la direction des officiers et, dans un feu roulant bien en selle sur son cheval, il abattit 11 bêtes de 12 coups de fusil avant même que l’un des officiers n’ait eu le temps de tirer la gâchette.

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Au cours d’un concours de chasse qui l’opposait à « Buffalo Bill » Comstock, un autre chasseur de réputation enviable, la moitié de la population de la ville de Hays au Kansas s’était déplacée pour assister à l’épreuve. Au cours de cette journée, Cody et Comstock se ruèrent à trois reprises, leurs armes crachant le feu, dans un troupeau de bisons. À la fin de la journée, Cody présentait une fiche de 69 bisons abattus contre 46 pour Comstock.

Dans son livre, Dary cite Frank Mayer, un trafiquant de bisons, selon qui « au cours des années 1872 à 1874, le nombre total de bisons abattus à Dodge City (Kansas) et dans les territoires environnants totalisait 3 158 730 têtes » (page 96).

Vers 1870, un événement inattendu est survenu qui a rendu les peaux de bisons plus précieuses que jamais, et a probablement décidé du sort de l’animal pour de bon. L’Argentine, le principal fournisseur de cuir fin consommé en Europe, n’était plus en mesure de livrer la marchandise. Dans la pampa argentine, une multitude de bovidés sauvages, d’origine espagnole, avait fait l’objet d’une chasse intensive pour leur cuir, au point de quasiment disparaître. On opta alors rapidement, en Europe, pour les peaux de bisons comme nouvelle source de cuir fin. Désormais, une peau d’été, alors que l’animal est en mue, possédait une valeur équivalente à une toison hivernale de premier ordre car, pour les Parisiens, du cuir, c’était du cuir.

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L’épopée des plaines

Vers 1880, la disparition du bison était perceptible. Les stupéfiantes et incalculables hordes qui, seulement quelques années auparavant, faisaient trembler le sol, avaient déserté les plaines du Texas au Nebraska. En 1881, il restait environ un million de bisons au Wyoming. Mais la toison exceptionnellement pelucheuse de ces bovidés sauvages endurcis par la vie hivernale, qui rapportait entre quatre et cinq dollars pièce, a contribué à en faire des cibles encore plus prisées.

En 1881 et 1882, les derniers grands troupeaux étaient presque littéralement encerclés par les chasseurs qui, bloquant leurs voies migratoires, les fauchaient à la tonne et ils mouraient comme des mouches. Selon les registres, en 1882, 200 000 peaux de bison ont été expédiées vers l’Est. Ce chiffre chutait à 40 000 en 1883 et, l’année suivante, il atteignait tout juste 300.

En 1884, les bisons avaient disparu. La chasse la plus intensive jamais livrée dans l’histoire du monde à une espèce unique de mammifère s’était révélée trop fructueuse. En 1895, Ernest Thompson Seton, affirmait avoir constaté la présence, pour l’ensemble de l’Amérique du Nord, de seulement 800 bisons.

Là où, à une certaine époque, les immenses hordes s’étendaient à perte de vue, les plaines étaient maintenant parsemées de taches blanchâtres, comme recouvertes d’un gel au sol hors-saison, à cause des os blanchis des bisons morts. On affirmait qu’une personne pouvait marcher sur des os de bison, entre le Texas et le Dakota du Nord, sans que jamais ses pieds foulent le sol.

On fit récolte des os de bison, qui étaient amassés, vendus et finement moulus pour servir d’agent de blanchiment du sucre. Ironiquement, de nombreuses tonnes d’ossements furent moulues pour fabriquer des engrais, afin de faciliter la croissance du maïs et du blé dans la terre même où, à une certaine époque, le bison régnait en roi et maître.

Les pittoresques Indiens des plaines, qui ne pouvaient survivre sans le bison, disparurent eux aussi.

Le bison derrière les barreaux

Au tournant du 20e siècle, sur le plan commercial, les bisons n’étaient pas très populaires, mais il faut reconnaître le rôle joué par des exploitants privés de ranch qui, en en conservant un nombre important, les ont sauvés d’une mort certaine dans leur milieu naturel. Dès 1876, Charles Goodnight, un Texan, capturait de très jeunes bisons qu’il élevait sur son ranch. En 1910, son troupeau comptait 125 têtes et il en avait déjà vendu un certain nombre à des jardins zoologiques et au parc Yellowstone.

Des rejetons de bisons sauvages, capturés dans l’ouest de l’Oklahoma en 1883, ont abouti en 1904 au Jardin zoologique de New York. Trois ans plus tard, certains d’entre eux étaient réexpédiés dans leurs pâturages d’origine en Oklahoma, où ils ont formé le noyau d’origine du troupeau actuel de 600 bisons du Sanctuaire faunique de Wichita Mountains près de Lawton.

Bien que le bison ait effectué un remarquable retour en force, une profonde énigme entoure toujours sa disparition. Les dossiers et les comptes-rendus historiques sont loin de nous amener à comprendre comment il se peut que des chasseurs en soient arrivés à éventuellement abattre jusqu’à 75 millions de bisons. Et qu’en est-il de l’ajout des millions de veaux auxquels, chaque année, ces bêtes auraient dû donner naissance ?

« Chez les bisons, l’instinct de survie prime sur celui de la reproduction », a affirmé David Sverduk, un éleveur de bisons et consultant de Pennsylvanie. Sverduk a observé que les bisonnes, soit lorsqu’elles sont stressées ou qu’elles souffrent d’une carence alimentaire, ne se reproduisent pas. « Elles sont naturellement en bonne santé, mais une femelle ne sera pas en rut à moins que son corps ne soit en excellente condition. Il s’agit d’un mécanisme naturel de protection qui fait défaut au bétail domestique », a-t-il précisé.

Cet énoncé peut-il à lui seul, à tout le moins en partie, expliquer pourquoi les immenses hordes de bisons, en mouvement et constamment soumis à la pression associée à la survie, ne se seraient pas suffisamment multipliés pour produire les rejetons qui auraient remplacé les effectifs perdus aux mains des chasseurs de peaux ?

Les parasites constituent le seul problème épineux qu’il ait connu avec les bisons, à titre de bovins en parc d’engraissement. Chaque bison qui fait son entrée dans l’enclos et ce, sans exception, devient porteur de vers à trois reprises à 30 jours d’intervalle. Il soutient qu’il n’est nullement nécessaire que l’administration de médicaments se transforme en épreuve exténuante, même avec un bison au caractère ombrageux. Il n’y a pas très longtemps, il a prouvé ses dires : sous l’œil attentif de sceptiques, il a administré des injections et des médicaments par voie orale à 140 bisons au cours d’une période record de six heures… c’est-à-dire moins de deux minutes et demie par bête.

Selon l’expérience acquise, les bisons en enclos n’ingèrent que les deux tiers de la quantité de nourriture requise par les animaux en pacage, mais ils gagnent du poids plus rapidement. Pour chaque livre gagnée par un bison en pacage, ses bêtes en parc d’engraissement en gagnaient deux ou trois. Les veaux, élevés en prévision d’un abattage au moment où ils atteignent un poids de mille deux cents livres, précise-t-il, engraissent au rythme d’environ deux livres par jour.

Réappropriation par les peuples autochtones

Le bison sauvage d’Amérique du Nord est un ruminant indigène au comportement imprévisible. Il peut sembler de prime abord lent, pas très futé, même paisible, mais les personnes qui tiennent à la vie ne devraient jamais s’aventurer trop près d’un de ces animaux. N’importe quel bison peut soudainement charger sans avertissement. Combattant redoutable, la nature l’a doté de tout ce qu’il faut pour occasionner les blessures les plus graves à un adversaire.

Bravoure et combativité

Même un grizzly se devait d’être attentif lorsqu’il jetait son dévolu sur un bison. Au cours d’un combat entre un bison mâle et un grizzly, dont plusieurs pionniers furent les témoins, le grizzly semblait être sur le point de remporter le combat lorsque dans un brusque mouvement vers l’avant, le bison blessé plongea soudainement ses cornes dans la portion ventrale de l’ours et fit pivoter sa puissante tête dans les chairs tendres. L’ours, mortellement atteint, poussa un horrible rugissement de douleur. Les deux guerriers se retirèrent dans les broussailles et y moururent.

Pour sa taille, le bison possède de courtes jambes et de petits pieds et, malgré l’ampleur de sa musculature au niveau de l’épaule, il fait preuve d’une surprenante agilité tout comme la chèvre. Il est capable de sauter par-dessus des clôtures qui, en temps normal, seraient suffisantes pour enfermer la plupart des bestiaux et, si on le fait sursauter, il peut sauter par-dessus un autre bison pour s’échapper. Sauf s’il est pris en chasse ou affamé, le bison demeurera normalement à l’intérieur de l’enceinte de son enclos. Les bisonnes pèsent entre 900 et 1 200 livres, les taureaux entre 1 500 et 1 800 livres, et certains spécimens dépasseront même facilement les 2 000 livres.

La mise bas se produit généralement tard au printemps et les veaux pèsent entre 40 et 50 livres. Les femelles en bonne santé produiront un veau presque chaque année, et elles peuvent être accouplées jusqu’à l’âge de 30 ans. Il n’est pas si inhabituel que ça de trouver une vache qui, à 40 ans, continue de se reproduire.

Les bisons sont de retour

Aux États-Unis, en 1995, afin d’aider les producteurs industriels, deux organismes ont fusionné leurs activités sous la raison sociale de National Bison Association (NBA). Sam Albrecht, directeur exécutif de l’organisme ayant son siège social à Denver, au Colorado, affirme que la NBA regroupe plus de 2 400 membres répartis dans 50 états américains et 20 pays. Il indique que le secteur d’activités affiche une forte croissance de 15 à 20 % par année. L’Association canadienne du bison, dont les bureaux sont situés à Regina, en Saskatchewan, possède 1 400 membres.

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Chaque année, environ 40 000 bisons sont abattus pour répondre aux besoins de l’industrie des viandes. En comparaison, ce sont environ 125 000 bovins de boucherie qui, aux États-Unis seulement, se retrouvent quotidiennement à l’abattoir pour être mis sur le marché. Selon la base de données du ministère américain de l’Agriculture, la viande de bison surpasse le bœuf, le porc et le poulet pour sa faible teneur en gras et en cholestérol. En comparant des portions de 100 grammes de viande maigre cuite, le bison affichait 2,42 grammes de gras par rapport à plus de sept grammes pour le poulet sans la peau et plus de neuf grammes à la fois pour le bœuf et le porc.

Chaque indice inhérent aux activités de commercialisation du business porte à croire qu’il s’agit d’un secteur d’activités en pleine croissance. Au cours des dernières années, les prix atteints lors des ventes aux enchères d’animaux reproducteurs sur pied de première qualité ont été élevés. En 1999, lors du Gold Trophy Bison Show and Sale annuel de Denver, un taureau de deux ans a changé de mains pour un prix record de 101 000 $.

Bien qu’il soit peu probable que les troupeaux de bison puissent à nouveau un jour rivaliser avec les immenses et écrasantes hordes du passé, de nos jours, on retrouve au moins 250 000 bisons éparpillés en Amérique du Nord.

L’extermination du bison américain 

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Alors que les américains se déplaçaient de plus en plus vers l’ouest des Etats-Unis dans les années 1800 la chasse au bison s’est développé dans des proportions extrêmes, non seulement sa viande et sa fourrure se vendaient pour un bon prix mais le gouvernement encourageait son abattage comme un moyen de déplacer et affamer les indiens qui en dépendaient pour se nourrir.

Les passagers des trains tiraient sur les bisons qu’ils croisaient juste pour s’amuser.

En un siècle la population de bison est passée de centaines de millions à moins de 1.000 animaux.

Il a été sauvé par les efforts de conservation entrepris par Théodore Roosevelt, on estime aujourd’hui leur nombre à 500 000.

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